Ruée vers l'or à Malartic
Mots clés : mine à ciel ouvert, Abitibi, Canadian Malartic, Économie, Québec (province)

D'une part, on jubile devant les emplois créés, les retombées et l'effervescence économiques à venir, de l'autre, on déplore le chantier, le bruit et le déménagement que cela induira. Et surtout, le trou énorme qui sera creusé -- 1,5 km par 750 m; la taille d'un petit lac ou d'un grand centre d'achats --, comme un symbole de la petitesse citoyenne en face de la rentabilité.
C'est plus d'un cinquième du territoire de ce petit boom-town aux allures de Far West qui devra déménager ses pénates. Si tout se passe comme prévu, 187 maisons, une école, une garderie, un HLM, une résidence pour personnes âgées et un bâtiment communautaire seront contraints d'élire domicile dans un quartier tout neuf, aux frais de la compagnie. Osisko, qui s'attend à investir «entre 50 et 70 millions» pour la relocalisation du secteur, a effectivement proposé aux résidants de racheter leur propriété, ou de transporter leur résidence dans le nouveau quartier et de leur verser un dédommagement de 5000 $. Le nouveau développement domiciliaire, qui amputera trois des neuf trous du terrain de golf ainsi que quelques lots du terrain de camping, siégera à l'autre extrémité de la communauté, à l'entrée nord de la ville.
En attendant, arpenteurs, ingénieurs, urbanistes, fonctionnaires et consorts défilent à Malartic. Soit pour confirmer la présence d'un gisement profitable, soit pour commencer les travaux de terrain, là où seront aménagées 13 nouvelles rues.
Il faut dire que les millions d'Osisko arrivent à point. Depuis la fermeture de Domtar et le départ des minières qui ont précédé Osisko, la pression fiscale pesait de plus en plus lourd sur le citoyen malarticois. «Il y a déjà eu 10 000 personnes à Malartic, avance Fernand Carpentier, maire de Malartic. Avec une population de 3800, la facture commençait à être de plus en plus salée pour les citoyens. La coopération avec Osisko permet à la Ville de souffler un peu, d'avoir plus de marge de manoeuvre. Ça fait du bien qu'il y ait quelqu'un sur ce terrain qui coûtait cher à entretenir.»
«La mine, c'est un levier économique dont nous allons [tous] bénéficier, poursuit monsieur Carpentier. Actuellement, il y a déjà 115 personnes qui travaillent localement. Pendant la construction, on parlera de 400 employés et, par la suite, entre 250 et 350 employés pour l'exploitation. C'est un projet de 450 à 475 millions.» Le maire estime les retombées pour la région à plus de 2,2 milliards de dollars sur une dizaine d'années.
Apprivoisés
La confiance en apparence aveugle que voue le maire au projet ne s'est toutefois installée qu'au fil d'une longue campagne d'apprivoisement de la part d'Osisko. En raison des désagréments engendrés par le forage en pleine ville, non seulement les dirigeants ont-ils fourni des climatiseurs pour minimiser le bruit et la poussière dans les maisons, mais ils ont également couvert les frais de scolarité de tous les enfants de la ville.
«On veut [agir en] citoyen corporatif responsable, lance Brian Coates, vice-président aux finances chez Osisko. Avant nos premiers forages en 2005, nous étions allés discuter avec la Ville. [...] Les premières consultations publiques sur la relocalisation ont eu lieu en 2006. [Depuis], le Groupe de consultation de la communauté est chargé d'informer la population des nouveaux développements.»
Le maire peut aussi se fier à un coup de sonde effectué en février dernier auprès de 92 % des résidants touchés par la relocalisation. Plus de 87 % des répondants avaient alors jugé que la relocalisation pourrait être bénéfique pour eux. «Je crois que le projet est sérieux. Nous avons eu la visite du gouvernement canadien; il voulait s'assurer qu'on ne vive pas un deuxième Bre-X», précise M. Carpentier depuis ses bureaux de l'hôtel de ville, où on a dû brancher deux nouvelles lignes téléphoniques pour répondre aux sollicitations des médias, citoyens et autres acteurs concernés.
Un projet d'envergure
Si le projet Canadian Malartic crée beaucoup d'engouement au sein des milieux économiques et scientifiques, c'est que non seulement les forages laissent présager un gisement alléchant -- 8,4 millions d'onces d'or et une durée de vie de 12 à 15 ans --, mais aussi parce qu'il créerait un précédent dans l'historique minier québécois.
Le type d'exploitation projeté -- dit à haut tonnage et à basse teneur --, consistant à traiter le volume maximum de roche pour en extraire les moindres traces d'or, est effectivement peu commun au Québec, où la plupart des mines d'or sont souterraines. Surtout utilisé en Amérique du Sud, le raffermissement du prix actuel des métaux rend le processus rentable ici, surtout si on considère les coûts de l'énergie généralement plus bas qu'ailleurs dans le monde, où le pétrole est la principale source d'énergie du secteur minier.
«Les années 1990 ont été des années de survie, les gens ont surtout exploité la haute teneur de la faille de Cadillac», explique Sean Roosen, président et chef de la direction d'Osisko. Cette faille de quelque 320 kilomètres, qui va de Val-d'Or à Larder Lake en Ontario, est l'une des anomalies géologiques les plus riches en métaux de la planète mais, pour des raisons de coûts, elle ne suffisait pas, à l'époque, à occuper toute la main-d'oeuvre minière. Plusieurs sont donc partis travailler à l'étranger.
«[Il est maintenant temps de] rapatrier l'expertise qu'on avait envoyée ailleurs dans le monde et d'appliquer ce qu'on y a appris, poursuit M. Roosen. C'est un peu ce qu'on a fait pour l'équipe d'Osisko; nous avons tous travaillé à l'international et, maintenant, c'est une joie de pouvoir s'installer ici, près de nos familles.»
L'entreprise, qui a reçu le prix du Prospecteur de l'année des mains de l'Association d'exploration minière du Québec (AEMQ) en 2006 pour ses travaux sur le projet Canadian Malartic, arrive d'ailleurs sur un terrain maintes fois miné. Entre 1935 et 1983, trois producteurs d'or se sont succédés à Malartic pour extraire pas moins de cinq millions d'onces d'or, suivant à chaque fois un filon à concentration élevée.
Mais cette fois, c'est au rythme de 30 000 à 40 000 tonnes par jour que la roche transitera de la fosse à l'usine de traitement si le projet se concrétise. À titre de comparaison, les mines souterraines de l'Abitibi traitent environ 2000 tonnes de minerai chaque jour. «Normalement, ce sont les mines de fer qui sont à ciel ouvert, explique Jean-Pierre Thomassin, directeur général de l'AEMQ. [L'avant-gardisme d'Osisko pourrait] mener à de nouvelles découvertes. Nous savons déjà tous que le long de la faille de Cadillac, il y a d'autres gisements comme ça, à haut tonnage et basse teneur.»
Le projet Canadian Malartic, lui, ira probablement de l'avant si l'étude de faisabilité d'exploitation, qui doit être terminée en 2008, est concluante. La décision d'entrer en production devrait suivre vers la fin de 2008, après la réalisation d'études environnementales et les demandes de permis. «On aimerait couler de l'or fin 2010», déclarent MM. Coates et Roosen, enthousiastes.
Collaboratrice du Devoir
Vos réactions
200 millions, ce sera insuffisant! - par Raymond Beaudoin (rbeaudoin2005@hotmail.com)
Le lundi 07 janvier 2008 11:00
Projet tiers-mondiste ? - par bibeau pierre
Le mercredi 02 janvier 2008 10:00
Canadian Malartic- commentaires de M Boyer - par Marcel Côté
Le lundi 31 décembre 2007 18:00
Préoccupations environnementales en regard du projet minier Osisko - par Dumas Denise
Le lundi 31 décembre 2007 17:00
Canayènne Malartic. - par Luc Boyer (lboyrand@yahoo.ca)
Le lundi 31 décembre 2007 07:00

