Un phare dans le dédale médical
Mots clés : révolution citoyenne, commissaire à la santé et au bien-être, Médecine, santé, Québec (province), Canada (Pays)
Le commissaire à la santé et au bien-être lève le voile sur sa révolution citoyenne
Alors, quoi de neuf docteur? La boutade ne peut que faire sourire le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, qui sait fort bien que sa révolution citoyenne est fin prête à éclore. Et il n'est pas peu fier de cette entité hybride où experts et simples citoyens débattront sur un pied d'égalité des questions les plus pointues. Du jamais vu dans le milieu de la santé. «Notre modèle québécois est unique, c'est la première fois dans le monde qu'on ose mélanger les experts et les citoyens dans une même instance délibérative.»Rencontré le mois dernier à son bureau montréalais, M. Salois ne cachait pas son impatience de voir sa nouvelle créature se préparer à passer enfin le test du réel. Après un an de travail dans l'ombre, il n'y a pas que lui qui commence à s'impatienter. Mais les mauvaises langues qui ont critiqué ce long délai seront confondues, se défend le commissaire. «On est parti d'une simple loi à laquelle il a fallu donner des ailes. Pour cela, nous avons dû développer des outils bien à nous, ce qui nécessite du temps et beaucoup, beaucoup de réflexions.»
Élevé à même les cendres du Conseil de la santé et du bien-être et du Conseil médical du Québec, son organisme a, du coup, vu son rôle être remarquablement étendu et ses responsabilités, démultipliées. «Nous avons maintenant le pouvoir de recueillir de l'information et de faire des recommandations», se félicite le commissaire. Mais ce n'est pas tout. L'organisme devra aussi analyser l'impact des politiques en place, un exercice de haute voltige qui va demander beaucoup de doigté et, surtout, une indépendance totale.
Un phare et un haut-parleur
Pour marquer ses distances, le bureau du commissaire s'est doté d'un logo bien à lui qu'il a voulu sans équivoque. «D'emblée, on a voulu se donner une image différente en orange et noir pour se détacher du bleu et blanc de l'appareil gouvernemental.» C'est ainsi qu'est né le phare stylisé qui lui servira désormais de signature. «Je dis souvent qu'on est à la fois un phare et un haut-parleur. On est là pour éclairer, mais on est aussi là pour diffuser des idées.»
Mais qui dit idées, dit forcément lobby et groupes de pression. Le commissaire est bien conscient qu'il devra outiller solidement son aréopage s'il veut le mettre à l'abri de la tentation et du commerce d'influences. «Nos gens seront appelés à débattre d'enjeux éthiques très délicats. Ça nous prend donc un forum solide et équilibré qui saura se maintenir au-dessus des conflits d'intérêts», insiste Robert Salois. Un code d'éthique serré a donc été prévu, et tous devront s'y conformer à la lettre sous peine d'être exclus du forum.
Le commissaire lui-même ne pourra pas s'immiscer dans leur réflexion, prévient Robert Salois. «Le commissaire est d'abord là pour écouter, ce qu'il pense n'a pas sa place dans la réflexion du forum.» Idem pour l'actualité, dont il devra se garder loin. «Le commissaire s'attaque aux politiques à moyen et à long termes. S'il commente l'actualité, c'est qu'il ne fait pas sa job. On attend de lui qu'il réfléchisse et produise des rapports qui, eux, vont créer l'actualité. On ne veut pas qu'il soit à la remorque des moindres soubresauts du réseau.»
Pas question donc de plonger dans la mêlée, même quand le très attendu rapport sur le financement de la santé sera publié, vraisemblablement en février, au moment même où le forum prendra son premier envol. «Le rapport du comité [présidé par Claude] Castonguay constituera une source d'informations comme les autres que nous absorberons, bien sûr, mais sans plus. Nous serons très prudents parce que nous voulons préserver notre indépendance. Si on commence à commenter tout ce qui se publie, on ne fera pas notre travail.»
Émulation
Ce qui ne veut pas dire que le forum fera de l'écrémage pour autant. Techniquement, toutes les idées, même les plus folles, seront les bienvenues. Mais elles devront passer par une longue réflexion qui pourra être initiée tant par les experts, les citoyens, que par le commissaire lui-même. «On veut que les idées circulent dans tous les sens et non pas dans un seul, de manière à ce que les idées se démultiplient.» Dans un milieu réputé pour fonctionner en silo, le changement risque d'en faire tiquer plusieurs. Mais le commissaire est prêt à défendre bec et ongles cette approche, «la seule qui puisse pousser aussi loin l'émulation».
Le bureau du commissaire va commencer par rassembler tout ce qui a déjà été publié sur un sujet donné. Trois ou quatre pistes de solution seront extraites de ces recherches. Ces dernières seront soumises à des gestionnaires du réseau afin d'en mesurer la faisabilité. Les pistes retenues seront soumise au forum qui va à son tour juger de leur degré d'«acceptabilité». Si une idée réussit à frayer son chemin à travers ces trois filtres, elle pourra alors être présentée devant l'assemblée nationale en commission parlementaire, auréolée d'une crédibilité indéfendable, croit M. Salois.
En tout et pour tout, le commissaire aura cinq ans pour faire le tour complet du jardin. Une course contre la montre qui s'annonce ardue, mais réaliste, croit M. Salois. L'examen de la performance du réseau se fera par tranches de vie, de l'enfance à la perte d'autonomie. Chaque tranche sera à son tour décortiquée à la lumière de quatre dimensions: production, efficacité, adaptation et valeurs véhiculées.
Au bout du compte, le commissaire pourra toujours trancher, mais il ne pourra jamais évacuer les conclusions de son forum citoyen, qui fera partie intégrante de ses rapports. Le premier de la série est attendu à la fin de 2008, mais des mandats spéciaux pourraient aussi venir tester la machine plus tôt, confie M. Salois. Le ministre de la Santé et des Services sociaux a en effet annoncé son intention de soumettre au commissaire la délicate question du dépistage du syndrome de Down chez les femmes enceintes. Un dossier à suivre.
Vos réactions
Les gens oublient ce qu'est une maladie...! - par Maurice Monette (monmau@globetrotter.net)
Le lundi 31 décembre 2007 16:00
Y aura t-il du nouveau sous le soleil de la santé en 2008? - par Normand Asselin (asselinnormand@hotmail.com) - par Asselin Normand (asselinnormand@hotmail.com)
Le lundi 31 décembre 2007 14:00
Encourageant ! - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 31 décembre 2007 09:00
"La belle jambe" des gouvernants... - par Pierre Samuel
Le lundi 31 décembre 2007 09:00
Excellente et audacieuse... initiative... à saluer et remercier ! - par Marcel (Fafouin) Blais
Le lundi 31 décembre 2007 07:00

