Kibaki réélu président du Kenya

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AFP
Édition du lundi 31 décembre 2007

Mots clés : élection, Mwai Kibaki, Violence, Manifestation et émeute, Afrique (Région), Kenya (pays)

Émeutes meurtrières à Nairobi

L'annonce de la victoire de Mwai Kibaki a été immédiatement suivie par des émeutes et bon nombre des opposants au président kényan étaient armés de «pangas» (machettes).

Photo: Agence France-Presse

Nairobi -- Mwai Kibaki a été réélu président du Kenya pour un second et dernier mandat face à son principal rival Raila Odinga, un résultat rejeté par l'opposition et dont l'annonce, hier, a été suivie immédiatement d'émeutes meurtrières à Nairobi et dans l'ouest du pays.

Il a prêté serment un peu moins d'une heure après la proclamation de sa victoire. M. Kibaki, 76 ans, totalise 4 584 721 voix contre 4 352 993 voix à Raila Odinga -- chef de l'opposition --, a annoncé en direct à la télévision publique le président de la commission électorale kényane (ECK) Samuel Kivuitu. Quelques minutes après l'annonce des résultats, des émeutes ont éclaté dans les fiefs de M. Odinga, à Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi, et dans plusieurs villes de l'ouest du pays où 12 personnes ont été tuées hier, portant à 18 le nombre de morts depuis jeudi, jour du scrutin.

En fin de soirée, des escarmouches opposaient toujours de petits groupes de manifestants aux forces de l'ordre mais les émeutes avaient baissé d'intensité.

«J'appelle tous les candidats, tous les Kényans à accepter le verdict populaire. Cette élection étant passée, le temps de la guérison est venu», a déclaré M. Kibaki au cours de sa prestation de serment.

Peu avant l'annonce de sa défaite, M. Odinga avait accusé le président Kibaki d'avoir fraudé sur au moins 300 000 voix, au cours d'une conférence de presse.

La différence de voix entre les deux candidats est de 231 728 voix, selon les résultats.

Hier soir, le Mouvement démocratique orange (ODM) de M. Odinga a appelé les Kényans à «rejeter» ces résultats officiels, invitant la population «lundi 31 décembre à 14h00 à la présentation à la Nation du président du peuple-élu, Raila Odinga», au cours d'un rassemblement à Nairobi.

La police kényane a interdit ce rassemblement, menaçant d'arrestation son chef Raila Odinga si la manifestation avait lieu, dans un communiqué.

L'Union européenne et la Grande-Bretagne ont froidement accueilli l'annonce de la victoire de M. Kibaki.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband a fait part de «réelles inquiétudes sur les irrégularités» du scrutin tandis que le chef de la mission d'observation de l'UE, Alexander Graf Lambsdorff, déplorait «l'échec de la commission électorale [...] à établir la crédibilité du processus de dépouillement».

Le département d'État américain a en revanche «félicité» M. Kibaki, ajoutant qu'il appartenait aux autorités kényanes d'enquêter sur les allégations de fraude.

L'annonce de ces résultats, trois jours après la tenue jeudi des élections présidentielles, législatives et locales, a mis un terme au laborieux processus de dépouillement des bulletins dont la lenteur a suscité l'exaspération des partisans de M. Odinga et alimenté les soupçons de fraude.

Scandant «pas de paix, pas de paix», des centaines de partisans de M. Odinga sont immédiatement descendus dans les rues de Kibera, survolées par un hélicoptère de la police, tandis que la police anti-émeutes déployée autour du bidonville tirait en l'air pour contenir la foule.

Hier soir, le gouvernement a ordonné la suspension des retransmissions des reportages sur ces émeutes, «pour la sûreté et la tranquillité du public».

Tout au long de sa campagne, M. Kibaki a invité ses concitoyens à «poursuivre le travail» et mis en avant ces bons résultats économiques et l'instauration de la gratuité de l'école primaire, mesure qu'il s'est engagé à étendre à l'enseignement secondaire.

Il a promis un gouvernement «propre» en cas de réélection alors que ses détracteurs l'accusent d'avoir échoué jusqu'ici dans la lutte contre la corruption, dont il avait fait l'une de ses priorités, et dans la réforme des institutions.

Le Kenya a enregistré une croissance économique annuelle moyenne de 5 % depuis l'accession de M. Kibaki au pouvoir en 2002, ce qui lui a valu de solides appuis dans les milieux d'affaires kényans, soucieux d'éviter une possible période d'incertitude politique en cas d'alternance.


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