Quand la statistique rencontre la géographie
Mots clés : Criminalité, Rencontre internationale sur les observatoires de la criminalité, géographie, Montréal
Pour dix criminels, il y a un statisticien, selon un calcul non scientifique. N'allez surtout pas croire que le chercheur est désavantagé par rapport au délinquant. La technologie joue pour lui.
Jean-Luc Besson, chargé d'étude cartographie-SIG à l'Observatoire national de la délinquance, a notamment présenté des données sur l'origine et la destination du crime en superposant les données sur les vols avec violence en 2005 à une carte de Paris. La technique permet d'identifier les quartiers où sont concentrées d'importantes poches de victimes et la provenance des agresseurs. En superposant les données sur l'origine et la destination des larcins à une carte de Google Earth, l'effet est à couper le souffle. M. Besson projette la photographie satellitaire de la Gare du Nord, un point d'aboutissement des victimes et des agresseurs compte tenu du fait qu'il s'agit d'une importante plaque tournante du transport collectif à Paris. De là à dire que la gare est le lieu de tous les dangers, il n'y a qu'un pas à franchir.
Le géocodage pose aux chercheurs de considérables questions éthiques car il permet d'identifier avec une précision chirurgicale les points chauds du crime, voire de stigmatiser tout un quartier ou tout un groupe. Il serait même possible de dévoiler le nom et l'adresse des agresseurs et des victimes si les chercheurs ne s'astreignaient pas à certaines limites.
Au Canada, le géocodage est utilisé notamment par le Centre canadien de la statistique juridique. Josée Savoie, analyste principale au Centre, a pu mesurer la distance parcourue par un agresseur avant de trouver sa victime, par types de crimes, à Montréal. À peine 350 mètres séparent la victime de voies de faits de son agresseur, tandis qu'il y a seulement 1,3 kilomètre de distance entre une victime d'agression sexuelle et l'auteur du crime. Les données confirment, de façon indirecte, un phénomène en général méconnu du grand public: l'agresseur et la victime se connaissent dans bien des types de crimes. La résidence est «l'endroit de toutes les insécurités», pour reprendre l'expression du sociologue Claudio Besozzi, auteur d'une étude québécoise à ce sujet réalisée pour le compte du Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC).
Jean Carrière, professeur de géographie à l'UQAM, a également développé avec son ex-collègue Camil Bouchard (aujourd'hui député à l'Assemblée nationale) le projet CRABE (Carte sur les risques et les abus et les besoins des enfants). Ce SIG permet aux professionnels de l'intervention jeunesse de dépister les abus physiques et la négligence faits aux enfants selon les régions du Québec. Les utilisateurs reçoivent au préalable une formation pour l'utilisation de CRABE, et ils doivent s'engager à préserver la confidentialité des données. «Les cartographes du XXIe siècle ne seront pas comme ceux du XXe siècle. Nous allons de plus en plus former les gens du grand public à être cartographes, et non pas être cartographes nous-mêmes», estime M. Carrière.
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