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Le sourire au lèvre, mais en distinguant...
Concernant la religion, puisque madame Bombardier en appelle à notre clairvoyance, il faut avant tout rappeler la nécessité absolue de distinguer entre le spirituel et le temporel. Quand et là où cette distinction réaliste n'est pas non seulement proposée, mais pleinement assumée, on emprunte un sentier de guerre, de mort et de mensonge plutôt que la voie de la vérité et de la vie. Que voulez-vous que l'on comprenne proprement au phénomène religieux historique si on ne distingue pas clairement l'essentiel du message de ses accidents historiques. En d'autres termes, un jugement éclairé sur les religions nécessite de distinguer le pouvoir sacré institutionnalisé selon une logique religieuse de sanctification de l'institutionnalisation temporelle du pouvoir religieux selon une logique de privilèges hiérarchiques. L'humble pouvoir bien réel de la vérité ne peut en aucun cas être identifié à la vérité du pouvoir institué. Les innombrables injustices commises par les pouvoirs religieux au cours de l'histoire, au nom même de la vérité divine, ne dispensent aucune conscience de la responsabilité de se prononcer face au vrai ou au faux des doctrines religieuses.
Je ne vois aucune autre motivation possible à la demande de pardon du cardinal Ouellet que de permettre à la vérité divine de se frayer un chemin vers les consciences malgré les abus de pouvoir des religieux du Québec.
Il me semble très nécessaire de préciser également que ce n'est pas parce que l'être humain est essentiellement une dualité où corps et esprit sont deux étrangers irréductibles que cette distinction trop négligée entre le temporel et le spirituel est tellement nécessaire. Bien au contraire, c'est parce que le phénomène religieux, la vraie religion, consiste précisément, consiste uniquement à unir en un tout parfait le spirituel et le temporel, l'esprit et le corps, le divin et l'humain, l'incréé et le créé.
À mon humble et clair avis... c'est seulement à condition de bien faire ces distinctions qu'on pourra se souhaiter à bon droit "une année de clairvoyance et de choc des idées, le sourire aux lèvres".
Daniel Couture
