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Faire la part des choses

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Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Envoyé Le samedi 29 décembre 2007 09:00



Madame Bombardier, votre ténacité vous fait honneur. Lucidité, équilibre, pondération et clarté d'analyse, telles sont les qualités de votre réflexion en ce dernier samedi de l'année 2007. Vous avez entièrement raison : «La laïcité ne se construira pas sans une capacité de faire la part des choses...»

Et faire la part des choses au pays du Québec éveillé tardivement à la laïcité, c'est prendre conscience que tous ceux qui ont plus de cinquante ans ont baigné dans l'eau bénite, ont processionné avec le «Saint Sacrement» sur les routes de campagne ou dans les rues de Montréal. Le cardinal Léger avait pu prononcer sérieusement la phrase restée célèbre : «Montréal, ô ma ville, tu t'es fait belle pour recevoir ton pasteur et ton prince», prononcée avec cet accent pontifiant inimitable de nos jours. Tout cela se jouait encore il y a moins d'un siècle. C'était presque encore le «crois ou meurs!», du moins ceci : «pratique ta religion ou sois ostracisé» partout dans les villages campagnards.

Dans mon coin de Gaspésie, le seul qui ait osé cesser la pratique religieuse avant le milieu du siècle dernier avait auparavant été attrapé par le collet et le fond de culotte par un curé bucheron qui l'avait projeté vers l'avant de l'église dans l'allée principale, parce qu'il avait eu l'outrecuidance de se tenir debout à l'arrière de l'église.

De telles impositions généralisées ne s'effacent pas en un demi-siècle. L'anticléricalisme à la française se joue de façon différente. On ne le proclame plus, on le vit quotidiennement en évitant soigneusement le contact avec tout ce qui autrefois portait soutane. Comme si ces gens d'église avaient la peste. C'est pourtant en 1789 qu'eut lieu la Révolution française. Soyons donc patients ici, il faudra encore quelques décennies de véritable laïcité pour que les rancunes s'apaisent. Beaucoup sont encore vivants, qui ont été abusés par des gens en religion. Les Enfants de Duplessis, entre autres, n'ont pas encore reçu toutes les compensations auxquelles ils s'attendaient. Le cardinal Ouellet, oui, a fait un certain «mea culpa» pour le passé en général, mais l'Église officielle continue de tirer du grand, de tenir les femmes en laisse, de refuser la communion - pas partout heureusement - aux divorcés remariés, de faire de toute contraception un péché, de voir encore le sexe d'un oeil suspicieux tout en prêchant en paroles l'Amour du prochain.

Le chemin sera encore long avant la grande réconciliation. Ceux qui parlent haut en réponse à vos réflexions pourtant pondérées, Madame Bombardier, ne sont pas les seuls à penser comme ils écrivent. J'ai beaucoup d'amis honorables qui me font en privé le même genre de réflexions. Il faudra bien qu'un jour l'Église d'ici se mette à l'écoute du peuple. Nos évêques n'ont même pas réussi à écouter vraiment les représentants de tous les religieux qui désiraient que l'on transmette à Rome leurs demandes d'un peu plus de respect pour les femmes et les gais, entre autres, dans nos communautés pratiquantes. Ensuite on se demande pourquoi si peu sont restés fidèles à la pratique religieuse. Avec vous, Madame Bombardier, je souhaite pour 2008 que «s'apaisent ces colères, s'adoucissent nos débats, aussi vigoureux soient-ils.» Je crois sincèrement qu'il faudra que l'apaisement vienne des deux côtés. Le geste du cardial Ouellet était isolé. Il faudra quelque chose de plus consistant venant de l'Église officielle du Québec que je me prends à rêver voir devenir apte à se dégager un peu de la tutelle romaine.

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