Le destin de Clara Rojas, otage des FARC

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AFP
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 décembre 2007

Mots clés : Ingrid Betancourt, FARC, Clara Rojas, Enlèvement, Colombie (Pays), Venezuela (pays)

Clara Rojas

Photo: Agence Reuters

Bogotá -- Quand elle tombe aux mains des FARC le 23 février 2002, Clara Rojas, dont la Croix-Rouge a annoncé hier le report de sa remise en liberté, est loin d'imaginer son incroyable destin: l'assistante d'Ingrid Betancourt va émouvoir le monde en devenant mère d'un enfant otage.

Cette avocate de Bogotá dirigeait la campagne de l'ex-candidate écologiste à la présidentielle lorsque les deux femmes sont capturées, près de Florencia, à 600 kilomètres au sud de Bogotá, dans une zone contrôlée par la guérilla colombienne, où elles se rendent malgré l'avertissement des autorités. Quelques heures plus tard, ses ravisseurs veulent la relâcher, mais elle refuse catégoriquement par solidarité pour son amie. «Maman, ils ont décidé de me libérer mais je vais rester avec Ingrid», racontera-t-elle dans un courriel.

Avec Ingrid Betancourt, Clara Rojas, âgée aujourd'hui de 44 ans, fera désormais partie du groupe d'une quarantaine d'otages dit «politiques» que les FARC, en rébellion depuis 1964 contre le gouvernement colombien, souhaite libérer en échange de quelque 500 emprisonnés.

Mais le 18 décembre, la guérilla marxiste annonce sa prochaine libération, aux côtés de son enfant et de l'ex-parlementaire Consuelo Gonzalez de Perdomo, trois otages qui doivent être remis à une mission humanitaire.

Durant sa captivité, sa famille ne reçoit que deux preuves qu'elle est vivante, envoyées par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) sous forme de cassettes vidéo. Dans la seconde vidéo, tournée le 13 mai 2003 et diffusée le 31 août de cette même année, «Claraleti», diminutif de Clara Leticia, s'adresse à sa mère. «J'ai la certitude que nous vivons dans un beau pays où prime le sentiment de l'amour», lui dit-elle.

En avril 2006, les révélations du journaliste colombien Jorge Enrique Botero font l'effet d'une bombe. Ce dernier dévoile l'existence d'Emmanuel, un garçon de trois ans conçu par Clara Rojas lors d'une relation consentie avec l'un de ses geôliers.

Le journaliste qualifie de «miracle» la naissance de l'enfant dans un camp de la guérilla, perdu en pleine jungle, et rapporte cette phrase étonnante du chef suprême des Farc, Manuel Marulanda: «Cet enfant nous appartient à moitié et appartient à moitié aux autres.»

D'abord incrédules, les proches de Clara Rojas obtiennent une confirmation de la bouche d'un de ses anciens compagnons de détention, John Frank Pinchao, qui s'échappa en mai dernier, au prix de dix-sept jours de déambulation dans la forêt.

Ce policier révèle le prénom de l'enfant, Emmanuel, affirme qu'il est élevé par des guérilleros aux fins fonds de la forêt amazonienne et n'est confié que rarement à sa mère. Une situation dont cette dernière «souffre beaucoup», assure-t-il.

Après ces déclarations, la grand-mère de l'enfant, Clara Gonzalez, lance une campagne dans les médias pour demander aux Farc de le relâcher. Plusieurs journaux télévisés commencent leurs programmes par ce slogan: «Libérez Emmanuel.»

En juillet dernier, une vidéo diffusée par les Farc apportera de nouveaux détails sur l'enfant otage. Elle présente le témoignage d'un soldat, William Dominguez, qui a croisé la route du petit garçon. «Il a beaucoup de jouets que lui ont fabriqués les guérilleros, il aime s'amuser avec eux», déclare-t-il.

Du père de l'enfant, simple guérillero de base, on sait peu de chose, sinon qu'il fut envoyé au front après avoir échappé de peu à la peine capitale, lors d'un conseil des Farc qui interdisent ce type de rapport avec les otages.

Les proches de Clara Rojas ont affirmé qu'ils le considéraient comme un des leurs.

«Je n'ai pas de réserve sur le fait qu'il soit guérillero. C'est un être humain et je considère que chaque être humain proche d'un membre de ma famille fait partie de la famille», a récemment confié la grand-mère d'Emmanuel.


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