Opinion

Libre-Opinion: Du ménage dans nos sociétés de transport

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Simon Denault, Avocat et usager de la STM

Édition du vendredi 28 décembre 2007

Mots clés : Gérald Tremblay, Municipalité, Transport en commun, Montréal

À Québec comme à Montréal, on nous annonce une série de plans ambitieux de développement du transport collectif pour lutter contre les gaz à effet de serre et faire face au défi des changements climatiques. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, place la barre très haut: accroître l'achalandage de 8 % d'ici cinq ans et de 26 % d'ici 2021.

Son plan de transport a de quoi faire rêver: un tramway, de nouvelles stations de métro, un train pour l'aéroport, etc. C'est toute une commande pour la Société de transport de Montréal (STM). La STM vient peut-être d'annoncer quelques dizaines de millions de dollars supplémentaires pour maintenir les actifs et améliorer légèrement l'offre de service, mais ce n'est que du rattrapage! Si le passé est garant de l'avenir, rien ne nous laisse présager que ce monopole public de transport collectif saura relever le défi de la croissance, de la performance et de l'efficacité.

Il est sans doute temps de remettre en question le modèle de gouvernance de ces sociétés gérées au sommet par des élus municipaux. Afin d'assurer une gouvernance à la hauteur de nos ambitions, retirons les élus municipaux des conseils d'administration et nommons des administrateurs indépendants qui seront capables de tirer vers le haut ces sociétés paramunicipales. S'il est sérieux dans ses objectifs, le gouvernement québécois doit amender la Loi sur les sociétés de transport, réformer la gouvernance de ces sociétés et leur donner les moyens d'innover et d'être efficaces. À défaut de quoi, ces conseils d'administration continueront de servir les intérêts particuliers des élus municipaux et de donner prise à des pratiques de mauvaise gouvernance.

Devant le bilan des dernières années de la STM, on est en droit de se demander si cette société est capable de planifier, d'atteindre et de gérer la croissance. 40 ans après l'ouverture du métro de Montréal, on a l'impression que les transports en commun ont peu évolué à Montréal: la même vieille flotte de wagons, toujours pas de climatisation et aucun distributeur automatique de billets!

Hausse des tarifs

Mais oui, quelque chose a changé: les tarifs, qui ne cessent d'augmenter! Depuis 1994, ceux-ci ont augmenté de 51 % tandis que l'offre de service d'autobus a diminué de 13 % et celle des métros de 9 % (source: Option Transport Durable, 2007). C'est à Montréal, après Toronto, que les titres de transport collectif sont, proportionnellement au revenu moyen disponible, les plus chers au Canada (source: Fondation Appleton). Résultat: la part de marché des transports en commun diminue dans la région de Montréal. En 1987, 29 % des déplacements urbains se faisaient par transport collectif; en 2003, année de la dernière enquête Origine-Destination, leur part avait baissé à 22 %. Incapable d'attirer une clientèle pour rentrer dans ses frais, la STM dépose depuis 2002 des budgets déficitaires et cumule une dette de 466 millions de dollars.

Vrai, nos sociétés de transport souffrent de sous-financement, mais cela ne peut pas tout excuser. La direction de la STM n'a fait preuve d'aucune innovation de gestion ni d'aucun souci réel pour le service à la clientèle et souffre d'une absence de vision totale dans la mise en marché de ses produits (à quand les guichets automatiques et les formules souples d'abonnement?). Elle a été incapable de contrôler ses coûts d'exploitation. C'est d'autant plus déplorable qu'elle n'a jamais réussi à instaurer une culture organisationnelle axée sur la satisfaction du client. Bref, la performance de la STM n'a pas été à la hauteur. Pourquoi en serait-il autrement maintenant? Le conseil d'administration doit répondre des piètres performances de cette organisation puisqu'il est responsable de l'adoption du plan stratégique, de son suivi et de sa réussite. C'est ici qu'on touche au problème criant de gestion de nos sociétés de transport: la faiblesse de leur conseil d'administration.

Réforme des conseils

C'est en vertu du carcan de la Loi sur les sociétés de transport que le conseil d'agglomération de Montréal désigne les administrateurs parmi les élus municipaux et nomme un représentant des usagers et un représentant du transport adapté. Le conseil d'administration de la STM est composé de neuf membres: six élus municipaux d'Union Montréal (le parti de Gérald Tremblay), la mairesse de Westmount, une représentante des usagers (qui est en fait la présidente d'Union Montréal) et une représentante des usagers du transport adapté. Ce conseil d'administration, dirigé par sept membres sur neuf associés à Union Montréal, répond de sa gestion aux élus du conseil d'agglomération contrôlé par Union Montréal. Ça n'a aucun sens! Pourtant, au palier municipal, ça semble faire l'affaire!

C'est un peu comme si le gouvernement libéral du Québec nommait des députés libéraux pour former le conseil d'administration d'Hydro-Québec. À Québec, les dirigeants d'une société d'État répondent de leur gestion devant un conseil d'administration formé majoritairement d'administrateurs indépendants qui, eux, rendent des comptes au ministre, lequel est ultimement redevable devant l'Assemblée nationale. L'intégrité et la performance d'une entreprise passent par une bonne gouvernance.

Le gouvernement du Québec l'a compris. En 2006, il a procédé à une réforme de la gouvernance d'une vingtaine de sociétés d'État et d'organismes gouvernementaux. Du conseil d'administration d'Hydro-Québec au Conseil des arts et des lettres du Québec en passant par la Société des traversiers du Québec, tous seront composés majoritairement de membres indépendants choisis en fonction de leur compétence et de leur expertise. Ce qui est bon pour la société des traversiers du Québec devrait l'être pour la STM! Il est temps d'injecter de la compétence et de l'indépendance au sommet des sociétés de transport public.

Retour de l'intégrité

C'est aussi le moment de ramener de l'intégrité. Profitant de leur main basse sur les conseils d'administration des sociétés de transport, les élus au pouvoir ont récompensé leurs amis. En vertu de la loi, le conseil d'agglomération doit nommer un représentant des usagers et un représentant du transport adapté. Au grand mépris des usagers, qui contribuent pour 47 % des recettes de la STM, le siège réservé est occupé par la présidente du parti de Gérald Tremblay et ex-candidate défaite aux dernières élections.

Mais cette situation ne semble pas unique à la grande ville de Montréal. En 2005, dans un élan de générosité, le Parti municipal de Longueuil avait nommé comme représentant aux usagers du Réseau de transport de Longueuil son propre président et organisateur politique. Devinez à qui il succédait? Au président sortant du même parti politique au pouvoir. Comme nous le confirmait le secrétariat des deux sociétés de transport visées, aucun processus visant à recommander au conseil d'agglomération une série de candidatures basées sur un profil d'usager n'existait. Sans indépendance, sans légitimité, ces deux personnes représentent les usagers. [...]

Afin d'assurer un développement optimal des transports en commun, il est impératif que le gouvernement du Québec révise la gouvernance des sociétés publiques de transport afin d'assurer la présence majoritaire d'administrateurs indépendants et qualifiés, la représentation non partisane et légitime des usagers et une juste rémunération des administrateurs. Ces mesures favoriseront une meilleure performance de nos entreprises de transport et sauront contribuer à l'atteinte des objectifs de développement durable.


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