Pakistan - La famille Bhutto, une dynastie marquée par la tragédie

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Reuters
Édition du vendredi 28 décembre 2007

Mots clés : Benazir Bhutto, Gouvernement, Décès, Pakistan (pays)

À peine libérée de prison, en 1986, Benazir Bhutto, alors chef de l'opposition, s'était empressée de s'adresser à ses partisans.

Photo: Agence Reuters

La mort hier à Rawalpindi de l'ex-premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto dans un attentat suicide lors d'une réunion électorale s'inscrit dans le destin tragique de la famille Bhutto, la plus célèbre du pays.

Benazir Bhutto était née le 21 juin 1953 dans une riche famille de propriétaires terriens. Son père, Zulfikar Ali Bhutto, fut président puis premier ministre du Pakistan avant d'être renversé en juillet 1977 et exécuté deux ans plus tard.

Formée à Harvard et à Oxford, Bhutto avait pris une dimension nouvelle à la mort de son père. L'«héritière» recueillait ses dernières volontés et serait désormais sa légataire et sa continuatrice. Par son seul prénom, qui signifie «l'unique», elle devenait le chef de file de tous les opposants au régime militaire de Zia.

Arrêtée, assignée à résidence, elle s'exilait une première fois à Londres où elle réorganisait le PPP, fondé par son père. En avril 1986, elle regagnait triomphalement le Pakistan pour assister à l'inhumation de son frère Shahwanaz, mort dans des circonstances floues dans le sud de la France.

Aux foules qui l'accueillirent alors, elle promettait de rétablir la démocratie et devenait le symbole de la lutte contre le pouvoir militaire. Deux ans plus tard, en août 1988, la mort de Zia dans un mystérieux accident d'avion bouleversait la donne.

À 35 ans, le 2 décembre 1988, après la victoire du PPP, elle était nommée à la tête du gouvernement. Son arrivée aux affaires était saluée par le monde entier, qui y voyait le retour de la démocratie dans un pays en proie depuis 11 ans à une dictature militaire.

Mais sa première expérience du pouvoir tournait court. En 1990, cible d'accusations de corruption, elle était limogée. Son retour au pouvoir, en octobre 1993, n'allait guère être plus heureux. Le 5 novembre 1996, de nouvelles accusations de corruption lui coûtaient une nouvelle fois sa place.

Une famille « exemplaire »

Zulfikar Ali Bhutto, premier ministre du Pakistan au début des années 1970, son épouse Nusrat et leurs quatre enfants étaient considérés comme une famille parfaite. Fondateur du Parti du peuple pakistanais (PPP), Ali Bhutto était connu pour son magnétisme, Nusrat pour sa beauté.

En 1977, Zulfikar Ali Bhutto est renversé par un coup d'État militaire du général Zia ul-Haq et emprisonné. Ses fils Murtaza et Shahnawaz doivent quitter le pays, son épouse Nusrat et sa fille Benazir, qui a fait ses études à Harvard puis à Oxford, passent plusieurs années en prison ou en résidence surveillée.

Deux ans plus tard, le général Zia fait pendre Ali Bhutto. Shahnawaz et Murtaza s'exilent à Kaboul et à Damas, où ils sont accusés d'avoir fondé l'organisation terroriste Al-Zulfikar.

En 1985, la tragédie frappe à nouveau la famille. Shahnawaz est trouvé mort dans son appartement de Cannes. La famille pense qu'il a été empoisonné par sa femme afghane, dont la soeur avait épousé Murtaza, mais rien ne sera jamais prouvé.

Chassée du pouvoir en 1990, elle est réélue lors des élections de 1993. La décision de Murtaza de se présenter à ces élections contre les candidats du PPP devait semer durablement la discorde dans la famille.

Murtaza remporte un siège de l'assemblée provinciale du Sindh mais il est arrêté par la police le jour de son retour au Pakistan après 16 ans d'exil et accusé d'activités terroristes menées au nom du groupe Al-Zulficar. La famille ne parvient pas à se réconcilier.

Le 24 septembre 1996, Murtaza est abattu par la police à Karachi avec sept de ses partisans.

Vie en danger

En 1999, Bhutto et son mari, qu'elle avait nommé sous son deuxième mandat ministre des Investissements, étaient condamnés à cinq ans de prison assortis d'une amende de 8,6 millions de dollars pour corruption, reconnus coupables d'avoir accepté des pots-de-vin versés par une entreprise suisse. Commençait alors une nouvelle vie d'exil.

Leur condamnation avait été ultérieurement cassée en appel mais Bhutto, qui se trouvait à l'étranger lors du procès en première instance, choisissait alors de ne pas rentrer au Pakistan.

L'année dernière, elle avait rejoint l'Alliance pour le rétablissement de la démocratie, où elle côtoyait Nawaz Sharif. Mais les deux rivaux étaient en désaccord sur la stratégie à suivre et Bhutto décidait de négocier seule avec le général-président.

«J'ai mis ma vie en danger, je suis rentrée parce que je sentais que ce pays était en danger. Les gens sont inquiets, mais nous sortirons ce pays de la crise», déclarait-elle hier quelques minutes à peine avant sa mort. L'homme qui a ouvert le feu sur elle hier dans un parc de Rawalpindi ne lui en aura pas laissé l'occasion.


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