Les dix disques classiques de l'année 2007 - Quatre grandes tendances décortiquées
Mots clés : Debussy, Haydn, Haendel, Musique, Canada (Pays)
Quatre tendances ont marqué l'année du disque classique en 2007. Tout d'abord, la volonté de nombreux éditeurs de «revisiter Beethoven» avec plusieurs nouvelles intégrales des sonates (Oppitz, Schiff, Lewis, Pollini) et des symphonies (Jarvi, Vanska, Pletnev, Skrowaczewski, Dausgaard, Nelson). Ensuite, la publication de récitals vocaux fort intéressants (Bartoli, Kozena, Jaroussky, Royal, Florez... ). Puis, la prédominance artistique persistante de l'étiquette Harmonia Mundi, qui propose la constante de qualité la plus grande, avec des artistes comme Alexandre Tharaud, Jean-Guihen Queyras, Paul van Nevel, René Jacobs, etc.
On ajoutera à cela la poursuite de la lente érosion des ventes et de l'offre en magasin, que la vente sur Internet n'arrive pas encore à contrebalancer. Au Québec, le phénomène le plus notable est évidemment le succès commercial des coffrets ornés du faciès d'Edgar Fruitier (voir Le Devoir du samedi 22 décembre).
Voici notre choix, évidemment on ne peut plus subjectif...
1. Beethoven - Symphonies
nos 3 et 8. Paavo Jarvi. RCA (SACD). Quand l'événement disque et l'événement concert se rencontrent... La vision beethovénienne tranchante de Paavo Jarvi et de la Deutsche Kammerphilharmonie, son indissociable partenaire, a «sonné» les spectateurs réunis à l'amphithéâtre de Lanaudière cet été. Nous avons assez reproché par le passé à Paavo Jarvi que ses disques ne reflétaient pas totalement l'atmosphère électrique de ses concerts pour ne pas reconnaître ici la préservation intégrale de cet influx ravageur.
2. Martin - Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke (Le Cornette). Christiane Stotijn. MDG (SACD, distr. Pelléas). BIS (SACD). Là aussi, une des découvertes de l'année au concert à Montréal, grâce à la société musicale André-Turp. Plus qu'un cycle de mélodies, l'oeuvre du Suisse Frank Martin est une épopée, un parcours tétanisant sur un texte sublime de Rainer Maria Rilke, relatant la vie, l'amour et la mort à la guerre d'un cornette (un porte-étendard) au XVIIe siècle. Avec une interprétation hypnotique qui joue sur un registre expressif hallucinant, Christianne Stotijn marque de son empreinte une grande oeuvre du XXe siècle. Un CD un peu difficile à trouver mais envoûtant.
3. Roussel - Symphonie n° 3, Bacchus et Ariane. Stéphane Denève. Naxos (CD). Après un disque Poulenc chez RCA, voici la deuxième grande parution documentant le talent du chef français Stéphane Denève. Bien meilleur que l'intégrale de Christoph Eschenbach et l'Orchestre de Paris, ce programme Roussel renoue avec la flamme des plus grandes interprétations françaises de Charles Munch et de Pierre Monteux. De la grande musique dynamitée par un chef magistral.
4. La Quinta Essentia - Paul van Nevel. Harmonia Mundi (CD). Un CD de la fin de cette année 2007 qui ambitionne de nous proposer le nectar de la polyphonie de la Renaissance dans la diversité de ses expressions, une diversité rarement prise en compte et rarement documentée de manière aussi claire. Personne n'égale le Huelgas-Ensemble ni Paul van Nevel sur ce terrain.
5. Cecilia Bartoli - Maria. Decca (CD). La Bartoli a parfaitement réussi son nouveau récital, consacré à la mémoire de la grande cantatrice du début du XIXe siècle, Maria Malibran. Comme d'habitude, le programme est composé avec érudition et rassemble oeuvres connues et partitions totalement oubliées. L'enregistrement de studio permet aussi à la chanteuse d'aborder des rôles qu'elle ne pourrait pas affronter intégralement sur scène, à l'image de Norma, dont le sublime air Casta Diva clôt le récital comme en apesanteur.
6. Mendelssohn - Les Deux Trios. Trio Wanderer. Harmonia Mundi (CD). Le pianiste Vincent Coq, le violoniste Jean-Marc Phillips-Varjabédian et le violoncelliste Raphaël Pidoux forment, à notre sens, le trio le plus intéressant en activité. Ils avaient fait leur entrée dans le monde du disque avec ces deux trios il y a dix ans et les ont réenregistrés pour leur nouvel éditeur. Il est bien difficile d'imaginer pareille perfection au chapitre de la pulsation et des équilibres. Touché par la grâce, ce disque a l'air de sourire à la vie.
7. Bach - Les Sonates pour violon et clavecin. Viktoria Mullova (violon), Ottavio Dantone (clavecin). Onyx (2 CD). Enfin! On a tellement entendu dans la discographie de ces sonates des duos déséquilibrés, des clavecins crépitants et des violonistes jouant du violon au lieu d'interpréter Bach et des prises de son agressives. Tout semble résolu, résorbé dans cet album qui tient toutes ses promesses.
8. Debussy - L'Oeuvre pour piano (vol. 2). Jean-Efflam Bavouzet. Chandos (CD). La grande surprise de cette fin d'année: un grand pianiste français, un piano miraculeusement réglé et capté et un Debussy qui ne joue pas les impressionnistes. Bavouzet, sans artifices, réussit à créer des atmosphères magiques. Le volume 1, avec les deux Livres de Préludes, est presque aussi subjuguant. L'autre grand disque de piano de l'année est le programme Couperin d'Alexandre Tharaud chez Harmonia Mundi.
9. Rameau - Airs d'opéras de Platée, Dardanus, Zoroastre, Zaïs, Naïs, Castor et Pollux. Jean-Paul Fouchécourt (ténor), Opera Lafayette. Naxos (CD). Ce grand ténor de la sphère baroque depuis 20 ans a enregistré à temps un récital-hommage à un compositeur toujours sous-estimé. Ce programme n'a aucun équivalent au catalogue et permettra à tous les mélomanes de redécouvrir Rameau, notamment dans les airs de Platée, un de ses opéras les plus attachants.
10. Escaich - Miroir d'ombres, Vertiges de la croix, Chaconne. Renaud et Gauthier Capuçon. Orchestre national de Lille. Accord (CD). Comme d'autres (sonates de Beethoven par Nelson Freire et Mitsouko Uchida, rééditions de Leonard Bernstein), ce disque n'a pas été jugé assez important par Universal pour être envoyé à la presse. Mais on peut le trouver en import chez Archambault. Avant même les CD d'oeuvres chorales de Vasks et vocales de Rautavaara (sur étiquette Ondine), le double concerto de Thierry Escaish, Miroir d'ombres (2005), est à notre avis le grand disque de musique contemporaine de l'année, aux côtés du DVD de l'opéra Julie de Boesmans. Il montre que la musique contemporaine peut être à la fois éloquente, exigeante et envoûtante.
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Le carré d'as canadien
1. Haendel: Water Music. Les Violons du Roy, Bernard Labadie. ATMA
2. Haydn: Sonates pour piano nos 23, 24, 32, 37, 40, 41, 43, 46, 50 et 52. Marc-André Hamelin. Hyperion.
3. Childrens's Corner. Orchestrations d'oeuvres de Debussy. Orchestre symphonique de Québec, Yoav Talmi. ATMA.
4. Alkan: Concerto pour piano seul. Marc-André Hamelin. Hyperion.
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Collaborateur du Devoir
Vos réactions
Merci! - par Michel Seymour (seymour@videotron.ca)
Le jeudi 27 décembre 2007 06:00

