Mars brillera de tous ses feux en cette nuit de Noël

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Pauline Gravel
Édition du lundi 24 décembre 2007

Mots clés : univers, Mars, Science, Québec (province)

Mars pourrait apparaître encore plus brillante cette nuit qu'elle le fut le 26 août 2003 (ci-dessus) lorsque la planète se trouva le plus près de la Terre en 60 000 ans.

Photo: Agence France-Presse

Tandis que les enfants guetteront le passage du traîneau du père Noël dans le ciel, leur regard sera inévitablement attiré par la planète Mars qui brillera de tous ses feux ce soir à proximité de la constellation des Gémeaux, bien haut dans le ciel en direction est. Car en cette nuit de Noël, Mars se trouvera en opposition avec le Soleil, une position exceptionnelle qui la fera apparaître nettement plus grosse et lumineuse que d'ordinaire. Seules la Lune et Vénus rivaliseront avec elle.

Tous les 26 mois environ, la Terre passe entre le Soleil et Mars. Lorsque les trois corps célestes sont ainsi alignés, on dit que Mars est en opposition par rapport au Soleil, elle se situe à 180 degrés de son étoile. «Quand Mars se lève à l'horizon est, le Soleil se couche à l'horizon ouest», donne en exemple l'astrophysicien Robert Lamontagne, de l'Université de Montréal. Lors de cette conjoncture, Mars se situe à une distance minimale de notre planète, et, «comme elle est plus proche, son diamètre apparent et sa brillance augmentent de façon remarquable, nous permettant de voir certains détails de sa surface à l'aide d'un télescope amateur», explique Pierre Chastenay, astronome au Planétarium de Montréal.

L'ajout de filtres orangés au télescope permet d'accroître les contrastes entre les grandes plaines désertiques sablonneuses rougeâtres et les régions montagneuses plus sombres, tout en faisant ressortir les calottes polaires nord et sud, confie M. Chastenay. Les régions montagneuses sont le plus souvent volcaniques et recouvertes d'un basalte très ancien qui les assombrit, alors que les plaines sont composées d'un sable riche en oxyde de fer, c'est-à-dire de la rouille, qui donne à la surface martienne sa couleur orangée très caractéristique, précise-t-il.

Bien qu'une telle rencontre interplanétaire se reproduise tous les 26 mois, celle qui survient cette année autour de Noël est extraordinaire car la planète rouge passera cette fois beaucoup plus haut dans le ciel de l'hémisphère nord durant la nuit et par conséquent loin de l'horizon où se concentrent les couches les plus turbulentes de l'atmosphère terrestre. Elle nous offrira donc des conditions d'observation exceptionnelles, et ce, même si la Terre et Mars ne seront pas aussi rapprochées que lors de l'opposition record d'août 2003, lors de laquelle la planète rouge nous était apparue 40 % plus grosse qu'elle ne le sera cette année. En raison de la forme elliptique de l'orbite de Mars autour du Soleil, la planète rouge peut se situer à une distance plus ou moins grande du Soleil lors de l'opposition et par conséquent se retrouver plus ou moins près de la Terre, explique Robert Lamontagne, avant de préciser qu'il s'agit des images les plus stables et les plus nettes qu'il nous est donné de voir de la surface martienne depuis 18 000 ans. Elles devraient même surpasser celles de 2003, alors qu'on avait assisté à une opposition record inédite depuis 60 000 ans.

En plus d'intéresser les amateurs, l'opposition de Mars est cruciale pour les astronomes professionnels qui, avec des télescopes comme Hubble et Gemini au sol, pourront obtenir des images encore plus révélatrices qu'en d'autres temps. Comme la distance entre Mars et la Terre est plus courte, les agences spatiales en profitent pour lancer des sondes ou des satellites vers Mars. La Nasa a justement lancé il y a quelques semaines la sonde Phoenix, qui devrait se poser dans la région du pôle Nord martien le 25 mai prochain. Cette sonde ne se déplacera pas, contrairement aux robots Spirit et Opportunity qui continuent toujours à fonctionner. Bien qu'elle soit fixe, Phoenix est équipée d'un bras télécommandé qui ramassera des échantillons de sol et pourra même creuser sous la surface. Ce bras est notamment destiné à vérifier qu'il y a bien de la glace d'eau mélangée au sol, à moins d'un mètre de profondeur, sous la surface de Mars. «On soupçonne la présence de cette glace depuis qu'ont été mesurées d'abondantes quantités d'hydrogène sous la surface martienne. Or cet hydrogène participe vraisemblablement à la composition de molécules d'eau, souligne Pierre Chastenay. D'autres indices nous portent à croire que le sol dans la région du pôle Nord est saturé d'eau, sous forme de glace bien sûr. Ce qui fait que le sol martien ressemblerait au pergélisol du Grand Nord canadien. La mission de Phoenix vise donc à démontrer hors de tout doute la présence d'eau sur Mars et à vérifier si des molécules organiques complexes sont enfouies dans le sous-sol.» Ces molécules organiques constitueraient un indice supplémentaire qu'il y a déjà eu une activité biologique sur Mars. Ces molécules organiques pourraient avoir été formées à la suite de simples réactions chimiques produites dans le roc, sans qu'elles aient été fabriquées par de quelconques formes de vie. «Sauf qu'on sait que les organismes vivants se nourrissent de matière organique. En cherchant de telles molécules dans le sol de Mars, Phoenix pourra nous dire s'il y a les conditions matérielles permettant l'apparition et le développement de la vie sur Mars. Et si la vie a effectivement existé sur Mars ou si elle existe encore aujourd'hui, il s'agirait vraisemblablement de bactéries extrémophiles comme on en retrouve en Antarctique, dans le fond des océans ou le désert», ajoute M. Chastenay.

Pour savoir si la vie a vraiment existé ou prospère toujours sur Mars, il nous faudra attendre le lancement d'une prochaine sonde spatiale à laquelle travaillent présentement les agences spatiales. Cette sonde devrait être en mesure de récolter une carotte de deux à trois mètres de profondeur et de la renvoyer sur Terre, où on pourra en analyser plus en détail le contenu. S'il y a déjà eu de la vie sur Mars, cette vie aura laissé des traces que nous pourrons découvrir en laboratoire ici même sur Terre. Quant à elle, la sonde Phoenix effectue sur place l'analyse des échantillons que prélève son bras télécommandé. Cette analyse demeure sommaire compte tenu du fait que, pour des raisons d'espace et de poids, on ne peut pas envoyer dans la petite sonde des spectromètres de masse trop volumineux.

La sonde Phoenix est également équipée d'instruments de conception canadienne qui permettront de mesurer la composition de l'atmosphère, les échanges thermiques et autres facteurs qui nous aideront à mieux connaître la météo des régions polaires de la planète rouge. Seules les sondes américaines Viking, dans les années 70, nous avaient déjà communiqué des informations sur les phénomènes atmosphériques de la planète rouge, mais uniquement pour les régions équatoriales. Les sondes Spirit et Opportunity nous fournissent aussi des données sur l'atmosphère martienne, mais celles-ci sont limitées.

Même si la brillance de Mars risque d'attirer l'attention du père Noël, il se guidera comme toujours sur l'étoile polaire qui constitue une boussole beaucoup plus précise que l'étoile du berger, qui n'est nulle autre que Vénus, objet céleste dont la luminosité est la plus intense après la Lune.


Vos réactions


Ça presse - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 24 décembre 2007 16:00

merci de me donner de l espoir - par paquin m
Le lundi 24 décembre 2007 06:00

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