Jeu centenaire pour plaisirs d'aujourd'hui
Mots clés : toupie, Raoul Cantin, jeu du Moine, Montréal, Québec (province)
Un artisan redonne vie aux toupies

Photo: Le Devoir
Ancien directeur-adjoint d'une prison de Montréal, Raoul Cantin, 60 ans, s'amuse beaucoup. Dans sa maison de Mascouche, en banlieue de Montréal, il avoue volontiers n'avoir jamais vraiment touché à un outil d'ébéniste avant de se lancer dans cette aventure. «Lorsque j'ai décidé que j'allais reproduire ce grand jeu de mon enfance, j'ai pris des cours, j'ai acheté de l'équipement et j'ai même fabriqué quelques outils spéciaux pour pouvoir plier à ma convenance certaines pièces du jeu du Moine. Tout à commencé comme ça.»
Raoul Cantin s'emploie désormais à plier des planchettes de bois franc en utilisant la vapeur et des gabarits de sa conception. «Il n'y a pas un clou et pas une vis dans mes jeux! Juste de la colle. Tout est fait à l'ancienne, comme le jeu qu'avait fabriqué mon grand-père.»
La pièce la plus difficile à fabriquer? «La toupie! C'est sur elle que repose tout le jeu. Elle doit être parfaitement équilibrée pour se déplacer facilement. Je travaille longtemps sur chaque toupie.» Planté bien droit devant son tour à bois, Raoul Cantin explique qu'il a suivi un cours particulier afin de pouvoir fabriquer ses toupies. «Depuis, je suis fasciné par les toupies! Dès que j'en vois une différente, je me précipite pour comprendre comment elle est fabriquée exactement. Un de mes grands regrets des dernières années est de ne pas avoir pu acheter une collection de toupies anciennes qui m'est passée sous le nez en France... J'en rêve toutes les nuits!»
Aux origines du jeu
«Un jour, lorsque j'avais sept ans, mon père est arrivé avec ce vieux jeu du Moine à la maison. Il conservait le souvenir d'avoir lui-même joué avec lorsqu'il était petit. C'est mon grand-père, Agenor Cantin, qui l'avait fabriqué à la fin du XIXe siècle à Kingsey Falls, dans les Cantons de l'Est, le pays natal du frère botaniste Marie-Victorin. Mes propres enfants se sont amusés plus tard grâce à son jeu. Il est toujours en bon état. Voyez vous-même!»
En l'honneur de son grand-père, Raoul Cantin a baptisé ses jeux du Moine «Toupie d'Agenor». Il en produit désormais des grands, exactement selon le modèle fabriqué à l'époque par son aïeul. Mais il en fabrique aussi de plus compacts, des versions conçues pour des espaces modernes plus restreints.
«Petit, j'étais persuadé que tous les enfants jouaient avec des jeux semblables aux miens. Mais je me suis rendu compte, une fois adulte, que ce n'était pas le cas. En faisant des recherches, j'ai constaté qu'il y a avait des jeux pratiquement identiques chez les Acadiens au Nouveau-Brunswick et chez les francophones en Ontario. J'ai connu aussi des gens de Sherbrooke qui en possédaient un. D'où proviennent ces vieux jeux? J'ai finalement trouvé la réponse en faisant des recherches dans les bibliothèques!»
Le jeu du Moine est en fait plusieurs fois centenaire. En Angleterre, ce jeu de toupie a fait le plaisir des clients des tavernes et des bars de génération en génération. Aujourd'hui encore, on trouve des manifestations de ce jeu en France. À quand au juste doit-on faire remonter la naissance de ce divertissement? La toupie elle-même, au coeur de ce jeu de hasard, est un jeu universel très ancien. On en trouve des pratiques diverses partout depuis plus de 2000 ans. Au Moyen Âge, en Europe, les villageois organisaient même des courses de toupies! Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, les moines eux-mêmes jouaient à des jeux de toupie. En Amérique, bien avant l'arrivée des conquérants, il semble que les Amérindiens y jouaient aussi.
«J'ai rencontré un ancien hôtelier en Beauce qui utilisait ce jeu dans son établissement, juste après la Deuxième Guerre mondiale, exactement comme on le faisait en Angleterre. Les gens gageaient là-dessus, me disait-il. C'est en effet un vrai jeu de hasard qui, à cause de la toupie, vous hypnotise un peu! Vous pouvez en plus jouer contre quelqu'un. Ce n'est pas pour rien que petits et vieux se passionnent pour ce jeu depuis si longtemps.»
Combien de jeux a-t-il fabriqués depuis 10 ans? «J'en ai fait plusieurs dizaines dans plusieurs essences: en cerisier, en frêne, en érable et en chêne. Je veux désormais en construire au moins deux par mois», dit Raoul Cantin. Il faut compter au moins 60 heures de travail pour construire un jeu pareil. Mais on peut ensuite y jouer pendant au moins un siècle, de génération en génération!
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Vive la tradition - par Hermil LeBel (limreh3@yahoo.ca)
Le lundi 24 décembre 2007 11:00

