Julien Gracq, 1910-2007 - Mort d'un écrivain «lucide et visionnaire»

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Édition du lundi 24 décembre 2007

Mots clés : Pléiade, Julien Gracq, Livre, Décès, France (pays)

Il avait refusé le prix Goncourt en 1951

L'écrivain Julien Gracq en 2003.

Photo: Agence France-Presse

Paris -- C'était un des rares écrivains français à être entré de son vivant dans la Pléiade. Julien Gracq, décédé samedi à Angers à l'âge de 97 ans, pouvait se prévaloir de plus de 60 années d'activité littéraire, du Château d'Argol (1938) aux Entretiens (2002). Mais l'homme qui a refusé le prix Goncourt en 1951 pour Le Rivage des Syrtes se tenait à l'écart de la vie littéraire mondaine.

L'écrivain s'est éteint samedi au Centre hospitalier universitaire d'Angers, où il avait été admis pour une série d'examens.

Né le 27 juillet 1910 à Saint-Florent-le-Vieil où il vivait encore juste avant sa mort, Julien Gracq est considéré comme l'un des plus grands écrivains français de la seconde moitié du XXe siècle.

De son vrai nom Louis Poirier, il a été pendant de longues années professeur d'histoire-géographie dans différents lycées (Quimper, Nantes, Amiens et Paris). Comme écrivain, il a été profondément influencé par le surréalisme et le romantisme et n'a cessé de réfléchir aux conditions de la littérature.

En 1936, à l'âge de 26 ans, il avait adhéré au Parti communiste, mais cet unique engagement politique s'était effondré en 1939 à la suite du Pacte germano-soviétique.

Son oeuvre, parue intégralement aux éditions José Corti, avait débuté par la publication en 1938 de son premier roman, Au château d'Argol -- refusé chez Gallimard -- qui lui vaudra une missive d'André Breton. Son dernier ouvrage, Entretiens, est sorti en 2002.

Entre ces deux dates, Gracq publiera une vingtaine de romans, récits, essais et pièces de théâtre dont Un beau ténébreux (1945), Le Roi pêcheur (théâtre, 1949), La Littérature à l'estomac (essai, 1950), Un balcon en forêt (1958), La Presqu'île (nouvelles, 1970), Les Eaux étroites (1976) et, son plus célèbre, Le Rivage des Syrtes (1951). L'action de ce roman se déroule dans La Seigneurie d'Orsenna, république marchande tombée en déclin. À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo, héros et narrateur, se fait envoyer dans le sud, «sur le front des Syrtes», pour fuir une vie oisive et vide. Il y découvre une guerre oubliée...

Le Roi pêcheur, mis en scène en 1949 au théâtre Montparnasse à Paris, a valu à Julien Gracq une volée de bois vert. L'occasion pour l'écrivain de publier un pamphlet, La littérature à l'estomac, dans lequel il règle ses comptes avec le système littéraire. Son rejet de ses règles se manifeste avec fracas en 1951 avec un refus tout net du prix Goncourt pour Le Rivage des Syrtes.

Son nom de plume faisait référence à Julien Sorel (héros du Rouge et le Noir de Stendhal) et aux Gracques, auteurs de lois favorables à la plèbe à l'époque romaine. «Je cherchais une sonorité qui me plaise, et je voulais, pour l'ensemble du prénom, un total de trois syllabes», expliquera-t-il plus tard dans Entretiens.

Julien Gracq, qui se prêtait rarement au jeu de l'entrevue, y dévoilait un peu de son art, s'exprimant sur les sujets les plus divers, ses méthodes de travail, sa conception de l'écriture, des personnages, du récit, de la littérature. Il n'écrivait «pas dans le bruit», plutôt dans une «pièce close et tranquille», et ne partageait pas le «goût effréné» de «notre époque pour l'état de disponibilité et de communication instantanée».

L'homme, entré en 1989 dans la prestigieuse collection La Pléiade (Gallimard), avait accordé en février 2000 un texte inédit au Monde des Livres, dans lequel il avouait ne pas suivre «les us et coutumes neufs de la corporation».

Le président Nicolas Sarkozy a salué hier la mémoire de Julien Gracq, «l'un des plus grands écrivains français du XXe siècle», auteur «lucide et visionnaire» et «homme qui a cultivé au plus haut point les valeurs de la distinction et de la discrétion».


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