Cinéma - Clignement d'oeil et tremblement de coeur

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André Lavoie
Édition du lundi 24 décembre 2007

Mots clés : Marie-Josée Croze, Julian Schnabel, Le Scaphandre et le Papillon, Cinéma, États-Unis (pays), France (pays)

Marie-Josée Croze, sensible et lumineuse en orthophoniste bienveillante dans Le Scaphandre et le Papillon.

Personne ne pourra reprocher au peintre et cinéaste Julian Schnabel son manque de constance: dans ses films (Basquiat, Before Night Falls), un créateur bourré de talent et tapissé de défauts connaît un destin tragique dont la conclusion réside dans la mort, souffrante et ostentatoire. Son parcours ne pouvait que croiser celui de Jean-Dominique Bauby, ou du moins son récit bouleversant, Le Scaphandre et le Papillon.

Bauby (sublime Mathieu Amalric), que ses amis nommaient affectueusement Jean-Do -- même s'il ne méritait pas toujours cette affection... --, roulait sur l'or, et en décapotable, à l'époque où il était rédacteur en chef du magazine Elle. En 1995, la success story se transforme en cauchemar: victime d'un accident cérébro-vasculaire, ce père de famille irresponsable et Casanova parisien se retrouve paralysé de la tête aux pieds. Sa vision et son esprit demeurant intacts, il reste capable de cligner d'un oeil... et de continuer à rouspéter, du moins en circuit fermé.

À cause de sa maladie rare, le «locked-in syndrome», le personnel hospitalier s'active autour de lui autant par dévouement que par curiosité, certains y voyant une occasion unique de comprendre ce phénomène, comme cette orthophoniste bienveillante (Marie-Josée Croze, sensible et lumineuse). Elle établira avec Bauby un mode de communication inusité (un «palmarès» des lettres les plus utilisées, l'homme battant de la paupière à chaque fois qu'une d'entre elles s'insère dans le mot qu'il veut exprimer) qui lui permettra de communiquer avec ses amis, de renouer avec son épouse (Emmanuelle Seigner) et ses trois enfants, d'implorer la présence de sa dernière maîtresse en titre et surtout de dicter, lettre par lettre, le récit de son aventure, à la fois étouffante et libératrice.

Entre ces deux pôles, Julian Schnabel tisse un récit émouvant, d'abord en confinant sa caméra au regard flou et paniqué de Bauby, scrutant le visage de ses interlocuteurs parfois bouleversés par son apparence physique, et qu'on ne découvrira que plus tard. Ensuite, comme la chenille devenant papillon, l'esprit de Bauby se transforme, cultivant une imagination qui finit par s'imbriquer dans ses souvenirs, comme lors de ce curieux et pas très catholique séjour à Lourdes. Dans sa chambre ou dans sa tête surgissent aussi d'autres femmes et quelques figures rassurantes (dont celle du père où, l'espace de deux scènes, Max von Sydow nous chavire).

Tout cela est porté par la voix écorchée mais de plus en plus affirmée d'Amalric, dont chaque intonation révèle la complexité d'un être que cette expérience n'allait pas transformer en saint. C'est ce souci de vérité, au-delà de la virtuosité d'une mise en scène jamais restreinte à un seul point de vue, ni à une seule note mélodramatique, qui fait du Scaphandre et le Papillon un vibrant hommage à la créativité dans l'adversité. Et s'il est vrai que Bauby a trouvé dans l'aventure une noblesse qui lui faisait défaut lorsqu'il n'était pas prisonnier de son corps, Julian Schnabel dresse le portrait complexe d'un homme qui, quoi qu'on en dise, en fut un jusqu'à son dernier souffle: amoureux des femmes, obsédé par son image, assoiffé de reconnaissance, rarement rompu à l'art de la diplomatie. D'où notre sympathie pour ce magnifique voyageur immobile.

Collaborateur du Devoir

***

Le Scaphandre et le Papillon

Réal.: Julian Schnabel. Scén.: Ronald Harwood, d'après le livre de Jean-Dominique Bauby. Avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze, Anne Consigny, Max von Sydow. Image: Janusz Kaminski. Mont.: Juliette Welfing. Mus.: Paul Cantelon. France/États-Unis, 2007, 112 min. À l'affiche le 25 décembre.


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Du raffinement. - par Jean Le May (jeanle2may@hotmail.com)
Le lundi 24 décembre 2007 08:00

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