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Ma foi

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Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Envoyé Le dimanche 23 décembre 2007 11:00



Madame Bombardier, vous me permettrez, j'en suis assuré, d'utiliser votre réflexion à laquelle j'ai déjà réagi très positivement, pour disserter quelque peu philosophiquement - que voulez-vous, pour paraphraser un illustre politicien retraité, c'était une de mes professions - sur les racines profondes de la foi de l'humanité depuis la nuit des temps. Et, par le fait même, sur ma propre foi.

Il n'y a pas de certitudes scientifiques, et il n'y en aura jamais, sur l'existence ou non de Dieu. Si l'on parcourt tant la préhistoire que l'histoire des religions et de ce qui s'est écrit philosophiquement principalement sur le christianisme, il se dégage clairement une ligne de fond : l'humanité s'est toujours donné des dieux. Parfois ils étaient très lointains. D'autres fois ils prenaient visage humain, souvent celui d'un enfant né d'une vierge ou d'une femme ensemencée par un dieu. Le monothéisme a clairement précédé le judaïsme organisé : ce fut le pharaon Akhénaton, le mari de la belle Néfertiti, qui a fait prendre à l'Égypte un tournant à cent-quatre-vingt degrés en ramenant tous les dieux égyptiens au seul Aton, le disque solaire. Mais cela n'a pas duré et le jeune Toutankamon fut poussé à remettre à l'honneur le Dieu Amon de Thèbes et à redonner aux prêtres des différents dieux d'Égypte leurs prestiges d'antan. S'il n'a pas duré en Égypte, ce monothéisme passager, il n'en a pas moins laissé des traces. De même pour la Mort/Résurrection du dieu Osiris représentant le pharaon mort qui partageait les honneurs divins avec son fils Horus, le pharaon régnant, et la mère céleste de ce dernier, Isis. Ce mythe égyptien s'est répandu dans l'empire romain comme traînée de poudre. Je pourrais citer des centaines d'exemples, non pas nécessairement d'emprunts directs, mais de reprises de convictions ou de rituels religieux déjà présents dans l'air du temps. Je me contenterai de citer le premier écrit suivi de l'humanité en Mésopotamie : l'Épopée de Gilgamesh. Ce héros de la ville d'Ourouk était partie descendant d'un dieu et partie d'un humain. Il rencontra celui que je pourrais qualifier de précurseur de Noé et d'Adam qui cherchait la plante d'éternité et qui échappa au déluge.

Dès que l'être humain put marcher debout, fabriquer des outils et se poser des questions, il n'a peut-être pas immédiatement cru en Dieu, mais il s'est mis à réfléchir sur la vie et la mort, sur le haut et le bas, sur les éléments et leur dérèglement passager. L'homme de Néanderthal, plus de cent mille ans avant nous, enterrait déjà religieusement ses morts.

Que conclure de cette trop brève incursion dans le passé spirituel de l'humanité ? Certainement pas que Dieu n'existe pas pour la bonne (?) raison que l'homme y a toujours cru ? Ce serait un terrible sophisme. Donc que Dieu existe ? Pas davantage. Ce que je crois pour ma part devoir conclure, c'est que l'existence de Dieu sera toujours objet de foi et non de raison. Je renvoie à leurs marmites autant les «concocteurs» rationalistes d'existence que ceux de non existence de Dieu. Mais ayant moi-même retrouvé une foi plutôt simple et contemplative en un Dieu qui m'habite et qui agit en moi et par moi, je vois bien que tous ces prédécesseurs du christianisme ne lui ont aucunement nui, bien au contraire. Nous aspirons à l'infini et nous sommes tellement faibles ! L'univers est pourtant merveilleux, la nature est tout amour, de même que les animaux. Quelque chose existe sûrement de plus grand, plus beau, meilleur que nous dans nos petitesses humaines, trop humaines souvent et pas suffisamment divines. Or le Divin, nous soupçonnons profondément ses qualités. Notre problème réside dans notre difficulté à les appliquer ici-bas, à l'échelle de notre petite planète qui souffre de plus en plus de nos égoïsmes. Pourquoi nous dispenser de croire qu'un enfant divin peut naître et venir nous apprendre l'Amour ? Il y a un an, j'ai décidé de ne pas enlever ma petite crèche de Noël qui me parle chaque jour du haut de mon frigo. Et que me dit-elle, cette petite crèche ? Que Jésus, autrement dit l'Amour, naît en moi à chaque instant et que c'est Lui qui non seulement me donne d'aimer à mon tour, mais aussi qui me porte dans l'être, et cela de toute éternité. Voilà, c'est ma foi. Aucun emprunt du christianisme à ce qu'on appelle à tort le paganisme passé ne pourra entamer cette conviction maintenant ancrée en moi pour de bon.

S'il est une chose que je pourrais reprocher au catholicisme officiel, c'est bien sa difficulté à reconnaître les autres religions comme valables. Non seulement tout ce qui a précédé le christianisme est-il sacré, mais aussi toute autre façon de se reconnaître un Dieu, de le prier et de le croire agissant en nous et par nous. Je rends ici hommage à ma tante Marie qui, bien que fréquentant les curés, les taquinait en leur disant : « Hors de l'Église point de salut ! » Vous croyez encore à ces balivernes ? Non, rien n'est à mépriser s'il conduit à l'amour du prochain. N'est-ce pas ce que Jésus vivait et prêchait ? Et Jean, surtout dans sa première Épître ! Et Paul, dans I Corinthiens, au ch. 13 bellement intitulé dans me vieille Bible de Jérusalem : Hymne à la charité. Que depuis Constantin et surtout Théodose 1er, l'Église catholique ait dérapé un peu trop souvent et continue malheureusement de le faire à bien des égards, rien de tout cela n'entame ma conviction profonde d'être à jamais installé dans l'Amour divin. Et pas que moi : toute l'humanité, toute la nature, tout l'univers, comme a si bien su le décrire Teilhard de Chardin, principalement dans « Le phénomène humain ».

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