Chacun son Noël

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Denise Bombardier
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 décembre 2007

Mots clés : famille, Noël, Religion, Culture, Québec (province)

Noël, réminiscence de l'enfance, renvoie chacun à la sienne. On fête Noël parce qu'on a été heureux au sein du cocon familial en cette nuit magique à laquelle on a tous plus ou moins cru un jour et on fête aussi pour prendre sa revanche sur ce 25 décembre où se cristallisaient les tensions de la famille. Personne, en ce sens, n'est sorti indemne de ses Noëls d'enfance. Et c'est pourquoi il est quasi impossible de parler de cette fête sans parler de soi-même.

Mon père n'était pas qu'incroyant, il était mécréant. Noël était donc pour lui l'occasion de dénoncer l'Église, les curés et les abrutis, entendons les Canadiens français catholiques qui se faisaient prendre dans les méandres de ces dogmes imbéciles. Mon père dénonçait aussi le système économique dans lequel se faisaient avoir ceux qu'il désignait du nom charmant de «Culbécois». Mon père haïssait ce troupeau de moutons auquel nous appartenions et duquel il s'excluait. Noël, ses cadeaux, son sapin, ses réjouissances, c'étaient en quelque sorte l'expression de notre aliénation et le triomphe de la domination cléricale. La naissance du Christ, on ne s'en étonnera pas, il s'en moquait devant nous. À cinq, sept ou neuf ans, sa pédagogie antireligieuse avait de quoi bouleverser la plus affirmée des enfants. Il faut aussi remettre un tel comportement dans le contexte de l'époque, où les athées n'avaient pas encore réussi à mettre sur pied un lobby digne de ce nom.

Noël que l'on vantait à l'école, qui excitait mes petites amies, représentait à mes yeux un passage difficile, habitée que j'étais de toutes espèces de craintes. D'abord, j'ai découvert très tôt que le sapin que ma mère désirait pour nous, mon père le volait la nuit du 24 décembre sur le terrain du marchand situé à l'angle de notre rue. Je craignais ce moment, avais peur que la police ne l'arrête, si bien que cette nuit de Noël en était une d'appréhension.

C'était aussi le début d'une période d'ivrognerie que tous les enfants vivent dans la crainte, la honte et la tristesse. Quant aux cadeaux, ma mère nous en achetait, bien sûr, mais en se résignant à provoquer l'ire de notre père. Non seulement ce dernier n'en achetait pas, n'en offrait pas, mais il tonitruait devant cette pratique infâme qu'il exécrait et dénonçait avec violence. Tous mes Noëls d'enfance se déroulèrent ainsi entre crainte et tremblement, pour utiliser le titre de l'essai de Kierkegaard.

C'est peu dire que je fête Noël depuis que ces tyrannies de l'enfance m'ont quittée. J'aime les réjouissances, les décorations, les chants et, avant tout, les cadeaux. J'aime offrir des présents qui surprennent ceux qui les reçoivent. J'aime dresser une table où les mets déborderont, où les rires fuseront, où les conversations seront cristallines, légères, et où chacun pensera: «Tiens, c'est vraiment Noël aujourd'hui.» J'aime qu'autour de moi on aime Noël et surtout que ceux qui l'appréhendaient jadis vivent ce moment dans le soulagement. Alors, j'invite ceux qui sont seuls et tristes de l'être, ceux que la vie malmène momentanément, ceux qui ont peur de Noël, et ils sont nombreux.

Car Noël, c'est l'histoire d'une naissance qui a changé le monde. Entre les croyants et les sceptiques, le fossé est moins profond qu'on ne le prétend. Comment demeurer imperméable à la naissance d'un bébé, incarnation de Dieu ou pas. En ce sens, cette fête en est une de ralliement et de réunions dans les sociétés de tradition chrétienne. Sauf que les repas de famille d'antan sont de plus en plus des repas entre amis. Normal puisque l'amitié tend à remplacer désormais la famille malmenée par trop de ruptures. Les liens de l'amitié ont ainsi pris le pas sur les liens du sang.

Lorsqu'on a vécu les Noëls d'enfance dans des turbulences d'adultes, on a de la difficulté à supporter plus tard les détracteurs de cette fête. Ceux qui se vantent de bouder l'événement, qui prennent de haut les gens qui se mettent en frais pour acheter des cadeaux et ceux qui se donnent du mal pour recevoir tout le monde, y compris les dédaigneux du 25 décembre.

Quand on a entendu pendant l'enfance son propre père ridiculiser le jésus de la crèche, le père Noël et le Minuit chrétien, on a plutôt tendance à s'attendrir à l'âge adulte, que l'on ait la foi ou non, devant cette fièvre populaire, cette sacralisation d'une journée qu'on souhaite blanche et multicolore. La sentimentalité est indissociable de l'esprit de Noël. Les cantiques, les chants populaires réservés à cette seule période de l'année, ce sont les balises de notre propre vie en mouvement. La sentimentalité, n'est-ce pas l'expression extérieure d'une émotion plus profonde? Noël appartient à l'univers émotionnel, culturel et religieux. Les croyants vivent la fête sur les trois modes et les autres, tous les autres, traversent Noël la tête plus ou moins froide mais la gorge serrée.

Joyeux Noël à tous les fidèles lecteurs de cette chronique!

denbombardier@videotron.ca


Vos réactions


Religion ou pas - par Guy Fafard (3479@videotron.ca)
Le vendredi 28 décembre 2007 23:00

Très maladroite adresse! - par Gerry Pagé
Le mercredi 26 décembre 2007 12:00

Joyeux Noël. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le lundi 24 décembre 2007 15:00

Du bûcher à l'Amour - par Hélène Bourgeois (h_bourgeois@sympatico.ca)
Le lundi 24 décembre 2007 14:00

M. Montoya - par Hélène Bourgeois (h_bourgeois@sympatico.ca)
Le lundi 24 décembre 2007 11:00

de bûcher en bûcheron - par Gilles Beaudet
Le lundi 24 décembre 2007 11:00

Christ nom grec - par Gilles Beaudet
Le lundi 24 décembre 2007 10:00

Bonnes questions en effet. - par Gilles Beaudet
Le lundi 24 décembre 2007 10:00

Falardeau ressort les sornettes - par Gilles Beaudet
Le lundi 24 décembre 2007 10:00

Falardeau ressort les sornettes - par Gilles Beaudet
Le lundi 24 décembre 2007 09:00

@Hélène Bourgeois et M Beaudet. Une bûche de Noël, oui; un bucher de Noël, non. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le lundi 24 décembre 2007 08:00

Tendancieusement nécrophage! - par Gerry Pagé
Le lundi 24 décembre 2007 02:00

peroxydés - par henri gabrysz
Le dimanche 23 décembre 2007 16:00

Christ= nom québécois - par henri gabrysz
Le dimanche 23 décembre 2007 16:00

Attention à la confusion - par Marie-Josée Rhéaume
Le dimanche 23 décembre 2007 15:00

Bravo M. Montoya, vous êtes bien informé. - par Zach Gebello
Le dimanche 23 décembre 2007 14:00

@ Yvon Montoya - par Hélène Bourgeois (h_bourgeois@sympatico.ca)
Le dimanche 23 décembre 2007 12:00

Ma foi - par Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Le dimanche 23 décembre 2007 11:00

@ Henri Gabrysc - par Gilles Bousquet
Le dimanche 23 décembre 2007 08:00

@Le chrisitianisme revu et corrigé de M Beaudet - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le dimanche 23 décembre 2007 08:00

À Gilles Beaudet. Pourquoi pas s'interroger ? - par Georges Paquet
Le dimanche 23 décembre 2007 07:00

Et maintenant... - par Georges Paquet
Le dimanche 23 décembre 2007 06:00

Chemins d'enfance... - par Marcel (Fafouin) Blais
Le dimanche 23 décembre 2007 05:00

Merci - par Jean-Pierre Lusignan (jplu@globetrotter.net)
Le dimanche 23 décembre 2007 01:00

Votre père a raison - par Fernand Falardeau
Le samedi 22 décembre 2007 22:00

sol invictus de Montoya - par Gilles Beaudet
Le samedi 22 décembre 2007 19:00

Touchante Denise - par Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Le samedi 22 décembre 2007 19:00

cadeau - par henri gabrysz
Le samedi 22 décembre 2007 18:00

Un merveilleux souvenir - par Yvan Tellier (tellier.yvan@uqam.ca)
Le samedi 22 décembre 2007 18:00

Ah! Les autres! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 22 décembre 2007 13:00

Ne soyez pas trop amère - par JEAN POUPON
Le samedi 22 décembre 2007 11:00

plutôt désolant mais... - par Gilles Beaudet
Le samedi 22 décembre 2007 11:00

Bravo pour votre courage!!!!!!!!!!! - par Robert Lapointe
Le samedi 22 décembre 2007 10:00

Le courage d'affirmer la différence - par Jacques Lalonde (jlalonde@ca.inter.net)
Le samedi 22 décembre 2007 10:00

Voix retrouvée - par Pascal Barrette
Le samedi 22 décembre 2007 10:00

Je me rappelle - par claire dufour (clairedufour5@sympatico.ca)
Le samedi 22 décembre 2007 09:00

Joyeux et doux Noël - par Hélène Bourgeois (h_bourgeois@sympatico.ca)
Le samedi 22 décembre 2007 09:00

Je déteste Noël - et je ne suis pas un être triste! - par Maria Gatti
Le samedi 22 décembre 2007 08:00

Tu honnorera ton père - par Zach Gebello
Le samedi 22 décembre 2007 07:00

Sol Invictus. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le samedi 22 décembre 2007 07:00

Chronique Denise Bombardier - par Thérèse Aubin (aubinpyatt@shaw.ca)
Le samedi 22 décembre 2007 07:00

On peut bien se supporter un peu sans trop forcer - par Gilles Bousquet
Le samedi 22 décembre 2007 02:00

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