Un vent de propagande...

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Odile Tremblay
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 décembre 2007

Mots clés : Marc Foster, The Kite Runner, Cinéma, Culture, Afghanistan (Pays)

The Kite Runner, du cinéaste américain Marc Foster, sent le film de propagande.

Les Cerfs-volants de Kaboul, roman de Khaled Hosseini, Américain d'origine afghane, avait bouleversé beaucoup de monde. Cette histoire de deux enfants de castes différentes élevés côte à côte, qui démarrait à Kaboul avant l'invasion soviétique et se poursuivait sous le règne des talibans, abordait les soubresauts politiques, mais aussi la nature humaine: ses lâchetés comme ses loyautés. Le livre avait connu un immense succès de librairie, bien mérité.

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The Kite Runner (Les Cerfs-volants de Kaboul)
Réalisation: Marc Foster. Scénario: David Benioff, d'après le roman de Khaled Hosseini. Avec Zekiria Ebrahami, Khalid Abdalla, Homayoun Ershadi, Ahmad Khan Mahmoodzada, Shaun Taub, Ali Danesh Bakhtyari. Image: Roberti Schaeffer. Montage: Matt Chessé. Musique: Alberto Iglesias.
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Porter le roman à l'écran alors que la présence des militaires occidentaux est contestée n'a pourtant rien d'innocent. Surtout lorsqu'un cinéaste américain, en l'occurrence Marc Foster (Finding Neverland, Monster's Ball), réalise le film. Au Festival de Marrakech était présenté un autre film de la même farine: Son of a Lion de Benjamin Gilmour, une production australienne cette fois. Pays également engagé en Afghanistan. Le principe était identique: avec des acteurs locaux, montrer le manque de liberté et l'esprit médiéval qui sévit dans un pays toujours influencé par les interdits des talibans.

Que ces derniers soient dangereux et sinistres n'est plus à démontrer. On s'irrite tout de même de sentir un vent de propagande derrière ces oeuvres. En contrepoint, The Kite Runner fut dénoncé en Afghanistan pour avoir mis en scène un viol, sujet tabou. Quatre de ses jeunes acteurs ont dû quitter le pays, par crainte de représailles.

Le film, oeuvre de rédemption fidèle au roman, possède une finesse et un naturel que dépare une musique trop appuyée. Marc Foster, qui explore ici un univers

inédit, a choisi des interprètes collés aux personnages, afghans, iraniens ou marocains. Quoique tourné en Chine, le film tire beaucoup de sa vérité de ses magnifiques paysages et des décors évocateurs.

The Kite Runner raconte le destin de deux enfants: Ali, le fils du maître, campé par Zekiria Ebrahami, et le jeune serviteur Hassan (interprété par Ahmad Khan Mahmoodzaza). Tous deux, natifs de Kaboul, se montrent convaincants pour leurs débuts à l'écran, surtout Mahmoodzaza, touchant de sensibilité un peu pataude. Le drame surviendra lorsque Hassan sera victime d'une agression devant un Ali demeuré passif. Ce dernier, submergé par la honte, multipliera les actes de lâcheté, jusqu'à la rédemption finale à l'âge adulte. Le père d'Ali est incarné par nul autre qu'Homayoun Ershadi, qui campait le héros suicidaire du Goût de la cerise de l'Iranien Abbas Kiarostami, Palme d'or à Cannes. Ce rôle n'est pas son plus puissant, mais l'acteur apporte au film une force et une crédibilité.

Sinon, l'intrigue, entre États-Unis et Afghanistan, entre enfance et âge adulte, se révèle une oeuvre de qualité, sans atteindre la finesse supérieure d'un grand film d'auteur. Khalid Abdalla, Britannique d'origine égyptienne, entre dans la peau du Ali adulte avec moins de justesse que l'interprète enfant. La partie américaine se révèle plus artificielle et convenue que les segments de Kaboul. Mais le panorama sauvage, les incursions dans l'univers féroce des talibans, aux saisissantes exécutions sommaires, en font une oeuvre instructive et souvent poignante. Les scènes avec les cerf-volants, éternels symboles de liberté, propulsent parfois le film en des zones d'émotion qui lui font alors effleurer celles du mythe.

Collaborateur du Devoir


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