Conte noir sur fond de musical
Mots clés : Tim Burton, Sweeney Todd, Cinéma, Culture, États-Unis (pays)

Sweeney Todd
Réalisation: Tim Burton. Scénario: John Logan. Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Sacha Baron Cohen. Musique et chansons: Stephen Sondheim. Image: Dariusz Wolski. Montage: Chris Lebenzon.
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Belle intrigue pour séduire Tim Burton, grand amateur de morbide à odeur de fantastique. Le réalisateur d'Edward Scissorhands et de Charlie and the Chocolate Factory pouvait compter sur ses deux acteurs fétiches, Johnny Depp et Helena Bonham Carter (épouse du cinéaste), pour camper avec brio le couple infernal. Reprenant les chansons du musical de Broadway, travaillant chaque détail visuel de cet univers hautement gothique, Tim Burton livre ici un film magnifique, mais qui manque de tonus scénaristique, comme si cette romance noire avait mal vieilli. Par ailleurs, les segments chantés ont du mal à convaincre.
Ce n'est pas faute d'avoir investi son perfectionnisme dans l'aventure. Les maquillages de Depp et de Bonham Carter, acteurs à l'apparence quasi virtuelle, blêmes et cernés de noir, nous entraînent dès le départ dans ce monde de la nuit.
Les décors numériques fantastico-morbides imaginés par le grand Dante Feretti créent ce climat insolite d'un Londres à la Dickens, coupe-gorge au sens strict du terme. Tout, des éclairages blafards aux coulées de sang et à l'esthétique de fin du monde, est étudié, mesuré. Tim Burton ne laisse rien au hasard et s'entoure des plus grands collaborateurs pour rendre un effet, présenter un cadavre sous son meilleur profil, pour ainsi dire.
Johnny Depp, en coiffeur assoiffé de vengeance depuis qu'un juge (Alan Rickman) lui a dérobé son épouse et sa fille, brûle d'un feu mauvais du plus bel effet. Helena Bonham Carter, en pâtissière amoureuse, dégage la chaleur et la folie du rôle. Vraie perle de truculence, que le jeu de Sacha Baron Cohen (le héros de Borat) en barbier coloré et violent, compétiteur italien du héros. Quant à Rickman, il possède l'onctuosité maléfique du vilain de service, en juge sans scrupules qui rencontre son destin. À ses cotés, en âme damnée, Timothy Spall, acteur britannique au physique apparemment sorti de l'univers d'Alice au pays des merveilles, fait ici merveille.
Hélas! La ligne mélodique des chansons paraît assez fade. Peut-être sonnait-elle plus fort sur Broadway. Mais on la trouve ici encombrante, presque en travers du chemin. Sweeney Todd aurait mieux fait de s'appuyer uniquement sur des dialogues. L'univers noir se tenait tout seul, avec la magie des effets visuels et les performances d'acteurs. Les chants ne font qu'appuyer le caractère trop vieillot de l'intrigue, en l'empêchant de transcender son époque pour entrer dans le conte noir intemporel.
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