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Quand Stephen Harper fait le grand écart

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Steve Boudrias (steveboudrias@hotmail.com)
Envoyé Le vendredi 21 décembre 2007 17:00



On peut dire ce qu'on veut de Stephen Harper mais on ne peut pas dire que le politicien confédéral n'est pas agile. C'est un véritable athlète. Si la politique était de la gymnastique, monsieur Harper pourrait aisément faire partie du Cirque du Soleil comme acrobate, clown ou metteur en scène hors pair.

Cela étant dit, il faut bien comprendre que le talent politique n'est pas une garantie de succès. En d'autres termes, la ruse est bénéfique, mais elle n'est pas nécessairement un gage de réussite.

Pourquoi ? Parce que Stephen Harper et les forces de l'ARC (Allianciste-Réformiste-Conservatrice) ne comprennent rien au Canada imaginée par John A. MacDonald, réformée par Laurier et consolidée par Trudeau dernièrement.

1) Stephen Harper compte sur l'immobilisme du Bloc Québécois et l'inaction chronique du PLC pour gagner du temps ;

2) Les forces de l'ARC n'auront pas suffisament de temps pour se peindre en Vert avant la prochaine échéane électorale ;

3) Les néo-libéraux réformistes déguisés en Conservateurs (dépouillés de leur ancien qualificatif "progressiste") sous-estiment la percée du NPD à Westmount ET les alliances stratégiques possibles entre le BQ et le PLC.

Quelques explications :

1) Occuper l'échiquier politique en essayant d'embrigader le BQ dans une tentative de réforme anti-constitutionnelle du Sénat est une erreur grave que monsieur le premier ministre devra faire passer en Ontario ET au Québec - la province dont la devise est Je me souviens... et qui se souvient d'avoir rejeter le Sénat triple E de Brian Murlroney lors de l'accord de Charlottetown. Sorry, sir, try again ! Vous dites ? Ah, il table sur le fait que Gilles Duceppe et Jack Layton vont y voir une occasion de faire passer leur désir d'abolition sénatoriale pour des réalités référendaires ? Come on ! Tout le monde sait aux Communes que Harper tente d'abolir la mémoire des gouvernements confédéraux passés afin d'y éliminer ce qui pourrait éventuellement s'opposer à sa volonté de pouvoir hégémonique reliée à la position privilégiée de Premier Ministre dans une monarchie constitutionnelle fonctionnant de manière bi-camérale (avec deux chambres parlementaires). Bref, monsieur Harper, vous connaissez très mal les bases historiques et traditionnelles ayant donné naissance au pays que vous gouverner si mal de manière aussi autoritaire. Dernière chose : si vous pensez que Gilles Duceppe ne pourra pas dénoncer votre tentative de réforme constitutionnelle illégale et que Stéphane Dion ne peut pas se transformer en autorité inébranlable de l'orthodoxie de l'Acte de l'Amérique du Nord Britanique, vous vous mettez le doigt de véto du Québec dans l'oeil, monsieur le PM.

2) Un gouvernement minoritaire ne se dirige pas plus longtemps que deux ans, messieurs des Forces de l'ARC, et lorsque vous serez obligés de déclencher les partielles en Ontario, vous aurez moins le sourire, ma belle bande de petits futés néo-conservateurs mal déguisés.

3) Si vous croyez que vous pouvez obliger encore une fois le BQ à vous suivre dans un référendum pan-canadien sans que l'unité de tout le Canada en souffre, vous rêver les yeux ouverts, monsieur Harper. Si vous croyez que l'industrie pétrolière ne causera pas une crise environnementale MAJEURE en Alberta, cher monsieur qui vous reposez actuellement à Calgary en riant tranquillement dans la barbe que vous ne portez pas, vous vous trompez encore une fois. Rien n'empêche Gilles Duceppe de se ranger derrière Jack Layton ET Stéphane Dion concernant afin de bloquer vos vélléités de réformes environnementales ET sénatoriales. Comment ? Tout simplement en invoquant un vice de procédure en chambre parlementaire. Ce qui provoquera, très cher petit futé au bedon rebondissant à chaque question de vos adversaires aux Communes, la chute de votre mauvais gouvernement.

Car, au fond, la guerre en Afghanistan n'a pas fini de vous donner des maux de têtes, monsieur. Votre manie de toujours vouloir "outsmarter" les indépendantistes, les néodémocrates ET les libéraux confédéraux EN MÊME TEMPS, c'est du délire complet. Et quand bien même vous réussiriez à en convaincre un seul de vous suivre dans votre volonté de diriger le pays à la Trudeau en vous inspirant de Mulroney dans votre approche au Québec, vous allez vous casser la gueule solide... ou causer la rupture claire et net du pays en trois ou quatres morceaux à moyen terme.

En conclusion, monsieur Harper, vous devez choisir qui vous êtes : un trudeauiste ou un disciple de Mulroney. De plus, vous devrez nous expliquer pourquoi vous ne percez jamais le mur de l'Ontario alors que vous parlez très bien anglais et que SUPPOSÉMENT, vous êtes un homme si intelligent et qui inspire autant confiance en vos moyens...

Je ne vous souhaite pas bonne année, monsieur le premier ministre, je vous souhaite plutôt "Bonne chance !".

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