Les 10 meilleurs disques anglos grand public de 2007 - L'événement? Robert Plant... avec Alison Krauss!

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Sylvain Cormier
Édition du vendredi 21 décembre 2007

Mots clés : Bruce Springsteen, John Fogerty, Paul McCartney, Musique, Québec (province)

Robert Plant

Photo: Agence Reuters

Après les anglos émergents du collègue Philippe Papineau, voici les émergés. Pas difficiles à reconnaître, et dignes de reconnaissance. Un ex-Led Zep redevenu Led Zep qui s'offre une douceur entre les deux avec la reine du bluegrass. Un roi du rock avec le meilleur groupe d'accompagnement au monde. Un ex-CCR en colère. Un ex-Beatle inspiré. Un Texan enraciné. Un ex-couple de jeunots pas gênés. Une fille de maître de sitar qui a le blues. Une sulfureuse à crinoline. Une ex-punk irréductible. Jane et Serge réincarnés. Du beau monde. Une belle année.

1. Raising Sand, Robert Plant et Alison Krauss. Contre toute attente, le mariage parfait. Deux anges entrelacés qui flottent au-dessus de nuages d'ouate, entre lesquels émergent, à grandeur d'horizon, des guitares électriques, du pedal steel, du banjo et du violon en pizzicato. Tout est doux, si doux, tellement doux, et en même temps rugueux: tout un album de sable entre les doigts. Tout un album d'exquises relectures, ici du Everly Brothers, là du Gene Clark, et même du Tom Waits. Le Zeppelin rafistolé n'a pas volé plus haut.

2. Magic, Bruce Springsteen. Sans doute fallait-il passer par les Seeger Sessions, plus éducatifs que séduisants, pour en arriver à un tel retour en force avec le E Street Band. Notre Boss aura compris ce qu'il savait d'instinct au temps de Born To Run: oui, une formidable chanson pop a la force de tout charrier, y compris les constats les plus sombres. Cinquante ans d'histoire du rock en forme de coup de poing.

3. Revival, John Fogerty. Il a récupéré son passé -- les chansons dont il avait été dépossédé -- et l'avenir s'est rouvert. Ce nouvel album, c'est trente ans de fureur emmagasinée: rock'n'roll à pleins poumons, riffs exutoires, refrains rentre-dedans, charges explosives (tiens, Bush, dans le baba!). Réjouissant d'agressivité.

4. Memory Almost Full, Paul McCartney. Trop naturellement doué, sir Paul a des indulgences envers lui-même quand tout baigne. Amoureux, il mollit du mollet. Fouetté, il redevient Beatle Paul, dangereusement efficace, toutes griffes dehors. Oui, son divorce acrimonieux, les deuils successifs ont servi son art. Cela s'entend ici, il a peiné. S'est dépassé. Mélodiquement, c'est la forme des grands jours: à un ou deux titres près, que du consistant, que de l'invention. Vive l'adversité.

5. Dirt Farmer, Levon Helm. Cinquante ans de route avec Ronnie Hawkins et The Band, des démons jamais exorcisés, un cancer de la gorge, rien n'est venu à bout de Levon: la voix plaintive du Sudiste, la batterie élastique, la marmite bouillante de jus de racines, le plaisir d'en servir à grandes louches, tout est là. Nous avions faim d'authenticité, nous voilà nourris. Longue vie!

6. Icky Thump, The White Stripes. Signe des temps: on célèbre désormais les recycleurs. Oui, la chanson-titre pille le vieux groupe Argent comme c'est pas permis. Oui, il y a du Led Zep et les Faces dans tous les coins. White et White s'offrent jusqu'à du Marty Robbins, et s'habillent en Nudie Suits, enfants de Gram Parsons. Oui, c'est l'histoire du rock redux, et puis après? Tout ça est frais, juteux, brut et cru. Grâce à Jack et Meg les resquilleurs, le rock exulte encore.

7. Not Too Late, Norah Jones. On a dit de Norah Jones que ses blues ne font pas vraiment mal, que son jazz est un jazz de dilettante, que ses interprétations glissent sur la peau, faute d'aspérités, de crevasses, de grain. Eh ben, c'est pas si vrai que ça. Elle a de l'âme, cette jeune femme, et elle souffre comme vous et moi; mais voilà, Norah est une discrète: c'est en filigrane que ça se passe. Et en écoutant bien, ça s'entend.

8. Miracle Of Five, Eleni Mandell. Langueur et indolence à la même insolente enseigne, Tammy Wynette et Julie London en une seule gorge profonde, country de ruelle et lounge de désert dans le même décor: le bonheur est parfois sulfureux. Guitare acoustique accrochée au cou, moue boudeuse, oeil coquin, Eleni ravit, enchante, liquéfie. Et son 45-tours en français donne le tournis.

9. Twelve, Patti Smith. Rigueur et pertinence, encore et toujours: Patti Smith gratte les vieilles couches de vernis appliquées par mille millions de diffusions dans les stations oldies but goodies, et nous permet d'entendre les Beatles, les Doors et même l'hymne national grunge Smells Like Teen Spirit de Nirvana, à nouveau pour la première fois. Chanter autrui, comprend-on, c'est aussi se chanter soi-même. Admirable.

10. Back Numbers, Dean & Britta. Quelqu'un se souvient-il de Luna, ce divin groupe de la scène indie new-yorkaise des années 90, qui donnait dans la pop cultissime néo-sixties sur coussin d'air? Le couple Britta Phillips-Dean Wareham est issu de Luna, et poursuit la flottante aventure dans le continuum espace-temps. Dans le genre je-sussure-tu-marmonnes-on-s'aime-nous-non-plus, c'est jouissif. À écouter en apesanteur.

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Collaborateur du Devoir


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À la pièce - par Diane Ouellet
Le vendredi 21 décembre 2007 13:00

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