Barbecue sur la banquise

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André Lavoie
Édition du vendredi 21 décembre 2007

Mots clés : Jean Lemire, Le Dernier Continent, Cinéma, Arctique et Antarctique (Région)

Splendide et édifiant, Le Dernier Continent affiche certains travers du syndrome du diaporama de voyage. Mais le grand public ne pourra que tomber sous le charme de ce documentaire visuellement époustouflant. Photo: Films Séville

Si vous ne saviez pas encore que le biologiste et cinéaste Jean Lemire était de retour de l'Antarctique, c'est sans doute que vous y habitez... L'homme est sur toutes les tribunes, évoquant les derniers exploits de l'équipage du voilier Sedna IV ou tentant de secouer les consciences, et les habitudes, en ce qui concerne les changements climatiques.

Il faut dire que Jean Lemire et son équipe de scientifiques les ont constatés de près, de très près, lors de cette périlleuse expédition de 430 jours, dont plusieurs mois prisonniers des glaces sous un soleil n'apparaissant parfois que quatre heures sur 24. Ce voyage, relaté dans Le Dernier Continent, est celui d'un groupe d'hommes et de femmes acceptant de bonne grâce d'être totalement isolés du reste du monde pour observer des transformations aux impacts potentiellement dévastateurs et dont des politiciens bornés refusent encore d'admettre la menace.

Même ces esprits avisés et courageux subiront ces bouleversements: dans une des scènes les plus trépidantes du film, ils doivent se battre contre les éléments, forcés de déplacer le bateau dans une autre baie à cause de la glace trop capricieuse, et peu solide. Un déménagement qui ne fut pas sans conséquence alors que leur première installation, idéale pour affronter les rigueurs de ce long hiver, était pourvue d'une «résidence secondaire», petite oasis pour s'échapper de l'étroitesse du bateau. Cette perte affectera le moral des troupes.

Ces événements sont racontés par Lemire sous le mode, et le ton, du journal intime. Mais alors que l'équipage compte à son bord plus d'une dizaine de personnes, dont le caméraman sous-marin Mario Cyr, la biologiste Pascale Otis et le psychologue Mariano Lopez, ils sont trop souvent réduits à un rôle de figurant, gravitant autour de Lemire dans une discrétion qui contraste avec l'omniprésence visuelle et sonore du réalisateur. Même si celui-ci n'est jamais avare de détails sur les écueils de la mission ou les difficultés interpersonnelles du groupe, elles ne sont qu'évoquées, jamais captées par la caméra, sinon par de trop rares témoignages plutôt sibyllins. Étrange tout de même alors que le cinéaste affirme avoir jonglé au montage avec plus de 600 heures de tournage...

Splendide et édifiant, Le Dernier Continent affiche donc certains travers du syndrome du diaporama de voyage. On y célèbre les bons coups, preuves visuelles à l'appui, tandis que les images plus compromettantes, ou évocatrices des tensions réelles vécues par cette équipe plongée dans une aventure hors de l'ordinaire, sont laissées dans un carrousel poussiéreux.

Le grand public, celui plus avide de beautés cinématographiques que de traités scientifiques, ne pourra que tomber sous le charme de ce documentaire visuellement époustouflant et musicalement inspiré, grâce aux belles partitions signées Simon Leclerc. Entre les immensités de glace dont la fragilité n'a jamais été aussi évidente et l'exiguïté d'un navire où tous doivent cohabiter dans une harmonie minimale et essentielle à leur santé mentale, de petites scènes, amusantes, donnent à l'Antarctique un visage familier: un barbecue sur la banquise, une partie de hockey à l'ombre du voilier ou le plaisir d'un verre de vin dans un environnement plus propice aux boissons chaudes ponctuent cette aventure téméraire. Et essentielle pour documenter la chronique d'une éventuelle catastrophe depuis longtemps annoncée.

Collaborateur du Devoir

***

Le Dernier Continent

Réalisation et scénario: Jean Lemire. Image: Martin Leclerc. Montage: Michel Grou. Musique: Simon Leclerc. Canada. 2007, 105 min.

* V.o.: Quartier latin, Beaubien, StarCité, Carrefour Angrignon.


Vos réactions


Jean Lemire et Jean Lemire - par Nicole Poirier
Le dimanche 23 décembre 2007 18:00

Les écolos veulent la simplicit.é volontaire - par Fernand Trudel (trudel.f@videotron.ca)
Le vendredi 21 décembre 2007 19:00

@ M.Fernand Trudel - par Andre Boisvert
Le vendredi 21 décembre 2007 12:00

@ Fernand Trudel - par Gilles Bousquet
Le vendredi 21 décembre 2007 11:00

Lemire un faux climathologue - par Fernand Trudel (trudel.f@videotron.ca)
Le vendredi 21 décembre 2007 10:00

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