Stella, notre maman Noël
Mots clés : Noël, Stella, Festival et fête, Québec (province)
La fée des accommodements raisonnables

Photo: Jacques Nadeau
À quelques portes de chez moi, la garderie en milieu familial de Stella m'a sauvé la vie à maintes reprises. Et encore aujourd'hui, à la faveur d'une tempête de neige, lorsque toutes les écoles et garderies capitulent, Stella ouvre grand sa porte à mon B, ravie de le reprendre tout contre son giron accueillant d'immigrante roumaine.
«Bonjour maman! Comment allez-vous?»
Toujours ce grand sourire blanc, large comme une congère, de 7h30 à 17h30, jamais une plainte, jamais malade, d'une politesse impeccable, la seule de qui j'accepte de me faire appeler «maman» après mon B. Elle baptise tous les parents ainsi, «papa, maman», c'est plus simple, on ne fait que des heureux. Par contre, pour ses petits poussinots, elle connaît chaque lettre de leurs noms, chaque détail de leur pedigree et la courbe du thermomètre de leur tempérament.
Stella les couve d'un amour qui ne se bricole pas, ne s'enseigne pas, ne s'apprend que parce qu'on l'a reçu aussi. Géante bienveillante, elle les porte comme s'ils étaient les siens, se fait du mouron lorsqu'ils sont malades, informe les parents des moindres détails de leur développement.
Je me suis éprise de Stella comme on apprécie instantanément l'odeur du pain chaud. Enceinte, je l'entendais passer sous ma fenêtre et chanter des comptines à sa ribambelle d'enfants. Toujours assistée de son Florin, un grand mince d'une douceur exquise; ces deux-là inspiraient la confiance, ça s'entendait à l'oreille.
Mon B est devenu le seul Québécois de souche à fréquenter sa garderie de neuf enfants, prise d'assaut par des petits Roumains, Algériens, Marocains, Péruviens, Ukrainiens, Français, Polonais, Philippins. Stella leur parle tous en français mais n'aborde jamais les questions de religion. Par contre, elle fête Noël, la Saint-Valentin, Pâques et l'Halloween. Elle cuisine même de la saucisse certains midis. «Je ne sers pas de porc mais la saucisse, je ne sais pas ce qu'il y a dedans, maman! Et je n'ai jamais eu de plaintes; jamais personne n'a exigé de diète particulière... », dit-elle avec son accent chantant.
Les enfants des autres, une vocation
On compte 14 700 garderies comme celles de Stella au Québec. Des femmes, surtout, qui ouvrent la porte de leur maison pour éduquer nos enfants, les aider à grandir. Combien d'immigrantes s'occupent d'élever les marmots des autres? Beaucoup, si je me fie à ce que j'ai vécu. Au noir, au privé ou sous la houlette des CPE, ces immigrantes acceptent des salaires plutôt maigres contre de longues heures de travail, soit parce que la tâche leur paraît simple, soit parce qu'elle n'exige pas une formation trop spécialisée. Comme ces femmes ont également le sens de la famille, élever les enfants des autres est une vocation toute naturelle. Si ça prend un village, elles en font partie.
Depuis sa naissance, mon B n'a eu que des immigrantes comme secondes mamans. D'abord, la jolie Samira, une Algérienne musulmane qui a participé activement aux soins de mon B alors que je travaillais/allaitais à la maison durant six mois. Maman de deux jeunes enfants (que sa belle-mère gardait à la maison), Samira cognait discrètement à la porte de mon bureau à l'heure des tétées. Je découvrais mes seins devant elle. Nous étions dans la sororité absolue des mamans qui s'épaulent, toutes religions confondues.
Puis ce fut Stella, dès les premiers pas; monsieur B a vite adopté l'accent roumain. Pendant trois ans, il a prononcé «avionne», «ballonne» et «crayonne». Il dit encore «pâte à modéler», une coquetterie qui nous fait sourire.
Stella s'exprime très bien en français, mais aujourd'hui, mon B de quatre ans la corrige sur des détails. D'une humilité typique des gens qui ne renoncent jamais à apprendre, Stella s'en amuse. Ingénieure en électromécanique en Roumanie, Stella est arrivée au Québec en 2000 et démarrait sa garderie en 2002, incapable de trouver du travail dans son champ d'expertise. Florin est ingénieur en aéronautique et a cédé à la passion de sa femme pour les enfants en attendant un «vrai» job. Leur fille de 11 ans, Adelina, rentre chaque soir de l'école pour retrouver ses «frères et soeurs» d'adoption, les amuser, les prendre dans ses bras, leur moucher le nez.
«Ici, ce n'est pas encore l'école et ce n'est pas l'armée non plus», fait remarquer Stella. «Le plus difficile pour les enfants, c'est le premier mois. Après, ils font leur lit, comme une rivière.» Et Stella dirige le courant d'une main de fer dans un gant de velours.
«Oh, parfois, j'ai eu envie de rentrer en Roumanie, dit-elle en riant. Mais je me suis accommodée. J'aime le Québec. Mais je pense que le gouvernement devrait être plus strict. Les voiles devraient rester à l'aéroport. Si tu es en visite chez des gens, tu ne leur dis pas comment placer les meubles dans leur maison. Personne t'oblige à rester ici. C'est un choix.» À Rome, on roume comme les Roumains!
L'arrache-coeur
Chez Stella, on quitte le nid en bas âge, vers trois ou quatre ans. Et comme l'éducatrice roumaine n'a pas de préférés, chaque départ est un arrache-coeur. «Je les aime tous. Je prends deux semaines à m'en remettre chaque fois, dit-elle. Je souffre beaucoup.» Cet automne, le petit Lucas de trois ans est revenu après un séjour avorté de deux mois dans un CPE. «J'ai été malade quand il est parti, raconte Stella. Mais quand ses parents m'ont suppliée de le reprendre parce qu'il ne s'adaptait pas dans sa nouvelle garderie, je sautais de joie.»
Stella est la fée des accommodements. Même quand ses rejetons la quittent, elle s'inquiète de leurs progrès, est fière de leurs victoires, les appelle à leur anniversaire, leur offre un cadeau à Noël. Monsieur B a hérité d'un album photos (avec un diplôme et costume de finissant) lors de sa «graduation» en juin dernier. Stella prend ce passage entre la très petite enfance et l'enfance très à coeur.
Et ses petits le lui rendent bien, perçoivent instinctivement son amour inconditionnel.
-- Maman.... Moi, j'aimerais que Stella soit ma maman, m'a dit mon B il y a quelques mois.
-- Moi aussi mon chéri. On voudrait tous l'avoir comme maman...
cherejoblo@ledevoir.com
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Joblog
Shows your age
Je suis fascinée de voir à quel point les noms changent tout le temps.
Déjà, quand Scott Towell est devenu Sponge Towell (quoi, Scott est mort?) j'ai eu un pincement. Radio-Québec se fait appeler Télé-Québec (ça, c'était plus logique) et Radio-Canada la SRC, sans compter CBF 690 qui est passé à la Première Chaîne (FM) et TQS (le mouton noir) qui finira aux oubliettes. Bon.
Eaton's a cédé aux Ailes de la mode et nous avons perdu la salle à manger art déco du 9e dans la foulée. Je pourrai raconter à mon B que j'y ai déjà pris le thé l'après-midi avec les vieilles anglaises à bibis.
Je confonds toujours le Centre Molson et le Centre Bell. L'autre soir, en allant au hockey avec mon B, j'ai remarqué les bande-annonce Viagra autour de la patinoire. Le Centre Viagra, ça se retiendrait plus facilement et ça ferait époque, il me semble.
Mais j'appelle la SAQ par son nom; je ne vais plus à la Régie, ni à la Commission des liqueurs. C'est rassurant les noms qui ne changent pas, ça donne l'impression que le temps ne passe pas si vite: Desjardins fourrures (j'ai l'étiquette cousue sur la doublure de satin du manteau de mon arrière-grand-mère), Aunt Jemima, le Géant vert, la soupe Lipton, la vitrine de Noël d'Ogilvy, Laura Secord.
Heureusement, y'a des choses qui sont figées dans la pellicule vive de nos mémoires: Bobino, tiens, qui reprendra l'antenne du lundi au vendredi sur ARTV, à compter du 24 décembre, à 18h. Et Bobinette y sera avec ses pétards à la farine. Mon B l'a adoptée. Et ce sera suivi de Fanfreluche, Sol et Gobelet, Grujot et Délicat, Marie Quat' Poches, Picotine, La Ribouldingue, Picolo, Le Pirate Maboule. Y'en a à qui ça rappellera certainement la télé en noir et blanc avec des oreilles de lapins...
www.chatelaine.com/joblo
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Offert: à Stella, la nouvelle collection des livres d'Hélène Desputeaux, la maman de Caillou. Mella est une adorable petite frimousse qui fera rêver les tout-petits. J'adore les illustrations et les coloris de l'auteure. Ultra joyeux!
Adoré: la nouvelle édition du ballet Casse-Noisette des Grands Ballets canadiens. Quelle féerie! Je n'y étais pas retournée depuis
30 ans. Et je ne l'ai pas regretté. Les costumes, les chorégraphies, les éclairages, les décors, les danseurs et la musique, tout, tout, tout, est magique. Vous retombez en enfance en moins de deux. Et les petites ballerines dans l'assistance avaient des yeux grands comme ça.
Emmené: mon B à la Maison Théâtre voir Le Rêve de Pinocchio. Courrez-y s'il reste des billets! Pinocchio y revisite plusieurs contes et s'amourache du petit chaperon rouge. Les marionnettistes du Théâtre de Sable sont vraiment craquants. Mon B a adoré! Pour les 4 à 8 ans. Jusqu'au 6 janvier, www.maisontheatre.qc.ca, % 514-288-7211.
Tripé: comme une gamine de dix ans en allant voir le dernier Disney de Noël, Enchanted (Il était une fois). L'amour est-il plus fort dans la vraie vie ou dans les contes de fée? Une fable délicieuse et une parodie de plusieurs films de Disney qui fait appel à de réels acteurs, dont Susan Sarandon, Patrick Dempsey et la candide Amy Adams qui m'a fait penser à mon amie Bibi. Délicieux jusqu'à la fin.
Vu: le documentaire Le Dernier Continent de Jean Lemire, en compagnie de mon B. Un film d'aventure à bord du Sedna IV, un équipage auquel on s'attache, le réchauffement climatique en plein dans la gueule, des paysages spectaculaires, une lumière dramatique, on ne s'ennuie pas une seule seconde sur ce continent à la dérive. C'est pas du Walt Disney (il manque un dénouement heureux) mais presque...
Pris: le large jusqu'en janvier. Je vous laisse en compagnie de Jean-Yves Girard durant les deux prochaines semaines. En attendant, je vous souhaite un Noël tricoté serré et vous remercie pour votre savoureuse assiduité, vos mots chaleureux, votre soutien apprécié tout du long. Au plaisir de se retrouver de l'autre bord de 2008!
Vos réactions
Modératrice - par Josée Blanchette
Le lundi 07 janvier 2008 11:00
Les messages disparaissent? - par Yvon Bélanger
Le dimanche 23 décembre 2007 10:00
Exactement. - par Sophie Gamache
Le samedi 22 décembre 2007 10:00
Yannick Lacroix, pauvre ami et pauvre t... - par Yvon Bélanger
Le samedi 22 décembre 2007 09:00
Merci - par Marc-André Jolicoeur (oualidia.sources@sympatico.ca)
Le samedi 22 décembre 2007 06:00
chère Josée... - par Gilles Gosselin
Le samedi 22 décembre 2007 04:00
Message à Yannick Lacroix - par Sylvain Basque
Le vendredi 21 décembre 2007 16:00
Il est si simple d'aimer - par claire dufour (clairedufour5@sympatico.ca)
Le vendredi 21 décembre 2007 13:00
Merci Joblo - par Hubert Lavigne (huby@securenet.net)
Le vendredi 21 décembre 2007 11:00
Merci Joblo - par Hubert Lavigne (huby@securenet.net)
Le vendredi 21 décembre 2007 08:00

