Québec récupère Saint-Sulpice

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Frédérique Doyon
Édition du jeudi 20 décembre 2007

Mots clés : UQAM, MCCCQ, Saint-Sulpice, Bibliothèque et archives, Montréal, Québec (province)

La ministre St-Pierre exercera son droit de préemption

L'édifice historique sur la rue Saint-Denis, à Montréal.

Photo: Jacques Grenier

Beau cadeau de Noël pour le milieu culturel: l'édifice patrimonial qui abritait la bibliothèque Saint-Sulpice restera dans le domaine public. La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec (MCCCQ) a indiqué hier qu'elle exercera son droit de premier acheteur pour le bâtiment qui, sinon, passerait aux mains du secteur privé. C'est une première.

«J'ai décidé d'exercer mon droit de préemption», a déclaré hier au Devoir la ministre Christine St-Pierre. «Le MCCCQ bloque la vente et se porte acquéreur de la bibliothèque Saint-Sulpice. C'est la première fois dans l'histoire du Québec qu'un ministre exerce son droit de préemption pour un immeuble.»

Le cadeau de Noël prend un goût doux-amer quand on sait que le gouvernement rachète au coût de 4,5 millions de dollars l'édifice montréalais qu'il avait pourtant cédé en 2005 à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) pour la somme de 2,5 millions de dollars.

«Au-delà de l'argent, il faut voir dans cette bâtisse toute sa charge historique», a justifié la ministre. «C'est un joyau du patrimoine québécois. Les sulpiciens ont été importants pour l'histoire de Montréal et l'avancement de l'éducation. On a besoin, dans une société, de s'inspirer du passé pour aller vers l'avenir et de garder des choses à nous, collectivement.»

En recourant à son droit de préemption, levier exceptionnel qui s'applique pour les biens classés patrimoniaux, Mme St-Pierre assure la destinée publique de l'édifice de la rue Saint-Denis. Elle rend caduque la transaction de 4,5 millions de dollars en cours entre un groupe de promoteurs immobiliers et l'UQAM. Pressée par sa crise financière, l'UQAM a remis l'édifice en vente au printemps dernier. Un groupe d'investisseurs resté anonyme a déposé une offre d'achat début octobre, laissant au MCCCQ jusqu'à la fin de décembre pour décider si elle laissait la transaction se conclure ou non.

Un geste exceptionnel

Même si l'UQAM assurait que l'acheteur voulait faire de l'édifice Saint-Sulpice une librairie, le milieu culturel n'a pas tardé à se braquer devant l'éventualité de perdre aux mains du secteur privé ce joyau du patrimoine, berceau de l'actuelle Bibliothèque nationale du Québec et lieu de déploiement de nombreux rendez-vous culturels.

Attendue avec impatience, la réponse de la ministre a bien sûr réjoui universitaires et gens du patrimoine, du livre et de la culture.

«C'est une très bonne nouvelle», a lancé Georges Leroux, philosophe, assidu de la bibliothèque Saint-Sulpice et signataire de la lettre «Sauvons l'édifice Saint-Sulpice». «La ministre a été très sensible, très vite.» Avec l'annonce du classement patrimonial du carnet de Nelligan, il voit là un joli doublé pour Noël.

«C'est une fin heureuse», a indiqué Daniel Hébert, porte-parole de l'UQAM, rappelant les intentions premières de maintien de la vocation culturelle. «On ne voulait pas faire d'argent avec ça, on avait des projets, mais notre situation financière ne nous permettait plus de les réaliser.»

«C'est un acte de réunification des familles, d'une certaine façon, puisque c'est un bâtiment qui appartenait au domaine public», a déclaré Dinu Bumbaru, de l'organisme de défense du patrimoine Héritage Montréal. «C'est formidable que la ministre pose ce geste au caractère très exceptionnel.»

En 35 ans d'existence, le droit de préemption n'avait jamais été exercé pour un bien immobilier. Seuls le manuscrit de Jacques Viger, premier maire de Montréal, et onze dépositions exposant le complot des Patriotes ont bénéficié de ce traitement.

Problème d'éthique et avenir

L'envers de la médaille, c'est le rachat à gros prix d'un bâtiment qui, au départ, appartenait au gouvernement.

«Il y a un problème d'éthique administrative, a souligné M. Bumbaru. Il y a bien sûr la volonté d'aider l'UQAM, mais un geste plus digne [de la part de celle-ci] aurait été de remettre l'édifice au domaine public qui le lui a confié plutôt que de le brader et de forcer la main de la ministre.»

La ministre St-Pierre n'a pas voulu s'engager sur le terrain de la critique. «C'était de très bonne foi parce que l'UQAM avait un projet très porteur qui était un institut du patrimoine, a-t-elle dit. On ne peut pas dire que c'était vendu à quelqu'un qui n'était pas sérieux. Une institution universitaire, ç'a un certain prestige, et ça restait dans le domaine public.»

Mme St-Pierre se concentre maintenant sur l'exercice de son droit de préemption. Une fois conclu l'acte notarié d'achat, elle entend lancer un appel d'intentions dès le début de janvier auprès du milieu culturel afin que soient soumis des projets pour la nouvelle vocation de l'édifice Saint-Sulpice.

«Le projet qui va naître là sera celui qui fera le plus honneur à cette bâtisse», a précisé la ministre.

Outre l'Institut du patrimoine, l'édifice Saint-Sulpice avait aussi inspiré un projet d'institut du livre auquel participait la présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Lise Bissonnette. Lorsque l'UQAM a annoncé la remise en vente de l'édifice, Mme Bissonnette a ranimé son concept de bibliothèque-musée des arts vivants. Un mécène était même sur le point d'y prendre part.

Des travaux qui coûteront cher

Pour l'instant, Mme St-Pierre n'écarte ni ne privilégie aucune option. L'année 2008 nous dira quel projet et quels partenariats redonneront vie au prestigieux bâtiment, qui attend impatiemment des travaux de remise aux normes après des années d'abandon. La facture de ces travaux s'annonce encore plus élevée que la transaction elle-même.

Conçu en 1914 par l'architecte Eugène Payette, l'édifice de style Beaux-Arts a abrité les collections de livres des sulpiciens qui ont donné corps à la Bibliothèque nationale du Québec (aujourd'hui BAnQ), déménagée sur la rue Berri depuis. L'institution a donc assuré à la fois une fonction documentaire, archivistique et culturelle en accueillant conférences et

colloques.


Vos réactions


@ Roland Berger - par Gilles Bousquet
Le vendredi 21 décembre 2007 11:00

Se souvenir du parc du Mont Orford - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 20 décembre 2007 15:00

Saint-Sulpice est un saint, pas une bibliothèque - par Gilles Bousquet
Le jeudi 20 décembre 2007 14:00

Et l'Université de Montréal ? - par jean-marie francoeur (jeanmariefrancoeur2000@yahoo.ca)
Le jeudi 20 décembre 2007 12:00

Se souvenir de notre histoire - par Mme Raphaella Robitaille (patraph@tlb.sympatico.ca)
Le jeudi 20 décembre 2007 09:00

Merci à madame la ministre Christine St-Pierre - par Nicole Duchemin (nduchemin@videotron.ca)
Le jeudi 20 décembre 2007 09:00

Se souvenir de nos racines - par Mme Raphaella Robitaille
Le jeudi 20 décembre 2007 09:00

Le patrimoine de Nelligan - par Marc Lavallée
Le jeudi 20 décembre 2007 08:00

L'UQAM et les ventes de débarras! - par Gilles Delisle (gilles-delisle@videotron.ca)
Le jeudi 20 décembre 2007 06:00

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