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Le muscle contre les idéaux

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Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Envoyé Le mercredi 19 décembre 2007 06:00



Un autre dossier où ce qui est dit est moins important que ce qui est fait.
Un autre dossier où les entre-lignes sont plus importants que le texte. Il faut bien lire entre les lignes.

Peu après la hausse de ton royal de Juan Carlos, Uribe retire à Chávez sa mission de médiation avec les FARC.
Pourtant, tout allait bien. Sans que l'on puisse savoir pourquoi, les preuves de vie que Chávez avait presque promis pour sa visite à Sarkozy, ne sont pas au rendez-vous.
Imaginez que ces preuves l'aient été. La crédibilité du maudit Chávez aurait été étincelante.
Depuis le début, il était évident que la nomination par Uribe de Chávez comme négociateur était un piège pour ce dernier.
Même Washington "approuvait"! C'est tout dire!

Le dénouement prévu était évident, on souhaitait faire perdre la face ou même la vie à ce Chávez de malheur. Cependant, Chávez, militaire, négociateur et stratège, a été plus fort que prévu. Les négociations assistées de Mme Piedad Cordoba, allaient bon train, l'espoir était plus que présent, un heureux dénouement pouvait être envisagé.
C'est alors que Uribe, invoquant une raison d'ingérence dans les affaires internes de Colombie (toute raison était bonne!) retire le dossier des otages à Chávez avant qu'il ne soit trop tard et que tout finisse bien.

Une fourberie de la part d'Uribe. Un geste contraire à sa parole. Un affront, une trahison, pour Chávez.
Le discours de Mme Cordoba devant les sénateurs colombiens en disait long
( http://www.piedadcordoba.net/ipw-web/portal/cms/modules.php?name=News&file=article&sid=2398 ). Elle partageait (et partage toujours) le point de vue de Chávez. Elle s'est, elle aussi, sentie complètement trahie par le président colombien et accusée d'être une terroriste.

La bonne foi du président Uribe est douteuse. On peut aussi se demander si Uribe décide vraiment de l'agenda des événements. C'est un secret de polichinelle que le gouvernement colombien n'est pas totalement autonome. Ses politiques sont dictées. La corruption est endémique. La Colombie est le seul endroit encore contrôlé par les ÉU.
Elle reçoit environ 600 millions de $ annuellement, en "aide-militaire" pour soutenir le plan Colombie officiellement appelé « Plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l'État ».

Par cette libération prochaine, la manoeuvre des FARC est double. Ils veulent évidemment poursuivre le dialogue si longtemps refusé ainsi que laver l'image du principal négociateur et artisan de ce déblocage, Hugo Chávez.

Tous ceux de bonne foi, espèrent un retour de Chávez. En tête de liste, la famille d'Ingrid Bétancourt. Chávez fait avancer les négociations, tandis que Uribe n'envisage que l'option militaire. Uribe et les États-Unis craignent un dénouement négocié. Un dénouement qui déboucherait sur une solution politique, démocratique.

Après plus de 40 ans de lutte armée, les FARC, à l'instar de plusieurs groupes de gauche latino-américains, souhaitent parvenir à obtenir un processus électoral pour que la population puisse trancher entre les vues néolibérales du gouvernement actuel et l'option "bolivarienne" des FARC.
Le choix de la population risque d'être, comme l'ensemble de l'Amérique latine, un choix socialiste pour parvenir à une meilleure équité sociale.

La balle est définitivement dans le camp d'Uribe.
Une fois de plus, c'est la lutte du muscle (les armes) contre les valeurs humaines.

Il est évident que la libération des otages et des prisonniers, accompagnée d'une amnistie des guérilleros et le déclenchement d'élections permettant aux anciens FARC de se présenter, mettrait un terme à ces décennies de massacres.
Mais, veut-on la paix?

Du côté de la guérilla, je crois bien que oui. Marulanda (chef et fondateur des FARC) se fait vieux (77 ans), l'état major des FARC est fatigué, 40 ans de guérilla!
Mais, du côté du gouvernement colombien et surtout de Washington, le dialogue avec les FARC et la fin de la guerre est le prélude à la perte d'un autre pays.

Washington ne se fera pas évincer aussi facilement de son dernier bastion sud-américain. Malgré toute la bonne volonté démontrée par les FARC ainsi que par les négociateurs voulant sauver des vies et en arriver à la paix, je crois qu'un massacre demeure toujours plus probable.

Lorsque Washington et les gros intérêts financiers ne sont pas loin, je suis toujours pessimiste. J'ai l'impression qu'une attaque militaire d'envergure est prête. La seule protection des FARC demeure la détention de Mme Bétancourt.
Si les FARC avaient accepté de livrer leur célèbre otage dans cette zone isolée proposée par Uribe, aussitôt que Mme Bétancourt aurait été en sécurité, que les FARC auraient été, en bonne partie, décapités.

Le dossier évolue, mais le dénouement demeure incertain.

Il faut continuer à se demander qui est vraiment honnête et qui veut vraiment la paix?



Serge Charbonneau
Québec


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