Colombie - Les FARC acceptent de libérer l'assistante d'Ingrid Betancourt

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Guy Taillefer
Édition du mercredi 19 décembre 2007

Mots clés : FARC, otage, libération, Enlèvement, Colombie (Pays)

Clara Rojas, ex-directrice de campagne d'Ingrid Betancourt.

Photo: Agence France-Presse

La guérilla colombienne des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a annoncé hier, contre toute attente, la libération de trois otages, parmi lesquels figure Clara Rojas, ex-directrice de campagne d'Ingrid Betancourt. Un geste de bonne volonté offrant une rare occasion d'apaisement, et que le président colombien Alvaro Uribe ne doit pas laisser passer, a estimé Hervé Marro, président du comité de soutien à Ingrid Betancourt en France.

Les FARC ont annoncé l'ordre de libération dans un communiqué publié hier à La Havane par l'agence de presse cubaine Prensa Latina. La guérilla a annoncé que seraient libérés Mme Rojas, son fils Emmanuel, conçu en captivité avec un guérillero, ainsi qu'une parlementaire colombienne, Consuelo Gonzalez. Clara Rojas a été enlevée par la guérilla marxiste le 23 février 2002, en même temps que la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ex-candidate à la présidentielle en Colombie. Selon Prensa Latina, les trois otages seront remis, à une date pour le moment inconnue, «à M. Chávez ou à toute personne désignée par le président vénézuélien».

Les FARC affirment qu'il s'agit d'un geste de «reconnaissance» envers les familles des otages, ainsi qu'envers Hugo Chávez et la sénatrice colombienne d'opposition Piedad Cordoba, ex-médiateurs dans le dossier des otages, dont la mission a été annulée par Bogotá. En août, M. Uribe avait mandaté M. Chávez et Mme Cordoba pour mener une médiation avec les FARC dans le but d'obtenir la libération de 45 otages, dont Mme Betancourt. Le président colombien a mis fin à cette mission le mois dernier, accusant Chávez d'avoir outrepassé ses prérogatives et donné trop de visibilité politique aux FARC.

Le fait que Mme Rojas, une avocate âgée de 44 ans, soit sur le point d'être libérée a immédiatement relancé les rumeurs circulant depuis quelques jours au sujet d'un possible transfert de Mme Betancourt au Venezuela. Des rumeurs dramatisées par la diffusion, le 30 novembre dernier, d'une vidéo montrant Mme Betancourt amaigrie et fatiguée, la première preuve depuis 2003 qu'elle était toujours en vie. «Ici, nous vivons comme des morts», écrivait-elle dans une lettre poignante adressée à sa famille.

Ces rumeurs ont toutefois été démenties hier par la sénatrice Cordoba qui a affirmé à Washington qu'Ingrid Betancourt était toujours aux mains des FARC. «J'ai des informations disant qu'elle est aux mains des FARC en Colombie. Qu'elle soit au Venezuela [...] je ne le crois pas», a déclaré la sénatrice, qui a indiqué être aux États-Unis pour discuter avec des parlementaires du cas des trois otages américains retenus par les FARC.

La balle dans le camp d'Uribe

La libération de Mme Rojas s'inscrit dans les laborieuses tractations menées entre Bogotá et la guérilla pour parvenir à un échange de prisonniers dans le cadre d'un «accord humanitaire». Ingrid Betancourt et les trois Américains font partie du groupe d'otages «politiques» de 45 personnes que la guérilla, la plus importante du pays avec 17 000 hommes, se dit prête à échanger contre 500 rebelles emprisonnés, ce à quoi se refuse le gouvernement colombien.

Les FARC, par la voie de leur secrétariat -- leur instance dirigeante --, ont par ailleurs rejeté dans le même communiqué le plan proposé il y a quelques jours par le président Alvaro Uribe portant sur la création d'une «zone de rencontre» pour engager les négociations, jugeant l'offre «improvisée et inacceptable». Ils ont de nouveau exigé que les pourparlers se déroulent dans les municipalités colombiennes de Florida et Pradera, et que ces dernières soient démilitarisées pour une période de 45 jours.

Dans ce contexte, le quotidien colombien El Tiempo estimait, hier, que «divers indices montrent que quelque choses se passe» en rapport avec un éventuel accord humanitaire. Selon l'analyse du quotidien, c'est à la suggestion de «politiques nationaux et internationaux» que la guérilla a décidé de faire pression sur M. Uribe en libérant un petit groupe d'otages. Pour toute réaction, le gouvernement colombien a mis en doute l'engagement des FARC.

Sur les ondes de VTV, la télévision publique vénézuélienne, Lorenzo Delloye, le fils de Mme Betancourt, a salué ce «pas vers un accord humanitaire» de la part de la guérilla. «Désormais, le gouvernement de Colombie doit répondre favorablement», a-t-il affirmé.

À Paris, Hervé Marro a immédiatement appelé le président Uribe à faire un geste qui soit à la hauteur de celui des FARC. «On a un geste de bonne volonté des FARC, c'est ce qu'on attendait depuis longtemps», a-t-il déclaré. Pour M. Marro, il est important qu'Alvaro Uribe fasse «tout de suite un geste de bonne volonté en acceptant de démilitariser une zone avec l'appui de la communauté internationale, qui lui est acquis puisque la France s'est engagée avec beaucoup de pays d'Amérique latine».

L'ancienne candidate socialiste Ségolène Royal a vu dans cette annonce «un signe d'espoir». Priée sur i-Télé et France Info de dire si ces libérations étaient liées à l'intervention du président Nicolas Sarkozy, elle a répondu: «C'est difficile de le dire, mais tant mieux s'il a pu avoir une action positive.»

La détention de Mme Betancourt et de sa directrice de campagne ont suscité une vive émotion en France, où le président Nicolas Sarkozy s'est beaucoup impliqué dans le dossier. À l'Élysée, on s'est «réjoui» de l'annonce-surprise d'hier, mais «on attend la confirmation». Bernard Kouchner, ministre des Affaires extérieures, doit «bientôt» se rendre en Colombie pour poursuivre les efforts français de médiation.


Avec l'Agence France-Presse et Reuters


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