Opinion
Quand Mario Dumont parle des autochtones
Mots clés : Assemblée nationale, légende de Glouskap, Mario Dumont, Autochtone, Parti politique, Québec (province)
Voyant se dégonfler le ballon des accommodements, Mario Dumont s'est dit qu'il lui fallait trouver autre chose lui permettant de réclamer la tenue d'une commission d'enquête et, avec un peu de chance, de déclencher une couverture médiatique grand format du type de celle que nous avons subie l'automne dernier.
Mario en remet: «La place prépondérante doit être donnée au patrimoine chrétien», sans se rendre compte que c'est aussi l'opinion des promoteurs du cours. Alors, pourquoi tout ce cirque? Le député péquiste Alexis Wawanoloath (Abitibi-Est) a réagi correctement, mais le soutien de son parti ne paraît pas avoir été marquant.
Les récits des grandes genèses
Imaginons un seul instant la réaction de Mario si un député d'origine inuite, algonquienne ou iroquoise avait présenté le mystère chrétien de la Nativité dans un même style stand-up comic, se riant d'une jeune vierge du Moyen-Orient assise sur un âne et exposant à son copain charpentier le mystère de sa grossesse, que celui-ci avait sur le coeur depuis un bon moment déjà. Quelques jours plus tard, après la naissance du bébé dans une étable chauffée au boeuf, le couple reçoit la visite de trois fêtards montés sur autant de chameaux. Ils prétendent avoir été conduits jusque-là par une drôle d'étoile que personne n'a vue avant ou après ces événements.
Les quelques récits autochtones mentionnés dans le projet de cours d'éthique et de culture religieuse n'ont pourtant rien à envier à celui que les fidèles entendront raconter du haut de la chaire des églises de toutes les Hérouxville du Québec au cours de la nuit du 25 décembre. Ils relèvent du même genre que les récits du Nouveau Testament chrétien, lesquels ne sont, comme ceux du judaïsme et de l'islam, que des versions plus ou moins tardives et modifiées des grandes genèses apparues en Mésopotamie quelques millénaires avant l'ère chrétienne.
Merci quand même
À force d'invoquer nos enracinements rustiques dans la terre du Québec et d'opposer notre autochtonie francophone à tout le reste de l'univers, il devait un jour arriver que quelqu'un finisse, sans même s'en rendre compte, par faire publiquement la démonstration que nous avons été la seule vague d'immigrants à entrer dans la vallée du Saint-Laurent avec l'intention d'y «assujettir, soumettre et faire obéir tous les peuples de la dite terre [...] et de les amener [...] à la foi et à la religion catholique, apostolique et romaine» (extrait du mandat donné à Samuel de Champlain).
Merci quand même à Mario Dumont pour ce coming out involontaire quant à l'incapacité absolue, chez plusieurs d'entre nous, de parler des Indiens à l'indicatif présent. Et si l'arrivée d'immigrants persiste à lui donner des cauchemars, je lui suggère un stage de survie et d'humour auprès d'un peuple autochtone de son voisinage. [...]

