Opinion
Libre opinion - La crise de l'éducation
Mots clés : école, communauté, Gouvernement, Éducation, Québec (province)
Lettre à la ministre de l'Éducation
Si l'école est inscrite comme «institution», c'est qu'elle se situe au coeur de l'organisation de nos sociétés, au même titre que la famille, car elle remplit un rôle fondamental. Elle assume, comme principale responsabilité à l'égard de la société, l'éducation et l'épanouissement de ses membres.Par exemple, en tant qu'institution, l'école québécoise porte en elle les traces d'un passé religieux qui définit encore aujourd'hui les luttes du présent en plus de chercher à se coordonner en vue d'un futur confronté à des transformations démographiques et ensuite, à un avenir accéléré par notre fascination à l'égard des technologies et l'incontournable recherche de progrès.
Des questions fondamentales et rudement complexes se dressent depuis longtemps devant nous, parents, instituteurs et citoyens, des questions éthiques notamment, quant au futur accéléré et les mutations structurelles lourdes de conséquences auxquelles nous faisons face maintenant. C'est donc dire que la «crise» de l'école québécoise n'est en rien liée à notre sacro-sainte identité québécoise, mais s'avère plutôt structurelle, c'est-à-dire qu'elle est déterminée par la mouvance globale des sociétés qui se transforment unidimensionnellement selon des pressions économiques.
Par conséquent, au Québec comme dans de nombreux pays maintenant, les enjeux liés à l'éducation concernent moins l'enrichissement de la jeunesse par l'entremise de la culture et des savoirs, que le fait de s'assurer de former des travailleurs compétents et flexibles, bien que cette formation par compétence s'effectue au prix d'un appauvrissement culturel déjà bien ancré.
Effectivement, la formation continue, devenue la pierre angulaire des sociétés occidentales, s'avère une nécessité non seulement pour les entreprises, mais également pour quiconque veut «maintenir sa valeur» sur le plan professionnel. Dans un autre registre, la mort annoncée des sciences humaines et leurs salaires de crève-faim ne fait qu'illustrer l'orientation assumée de nos sociétés archi-technologisées. En effet, à quoi pourrait bien servir, en tant qu'individu, de se questionner et de chercher à savoir des choses inutiles sur le plan technique alors que tout va tellement vite et que le futur semble déjà programmé à nous programmer?
Malheureusement, l'école québécoise est actuellement embourbée dans une autre «crise» de l'éducation, et celle-là, à saveur de tragicomédie politique, n'en finit plus de finir. Que les enfants n'aient désormais besoin que de compétences afin de réussir leur vie passe mal, mais passe encore. Les savoirs sont ainsi relégués à l'arrière-banc de la pédagogie: il me semble que nous sommes collectivement, de toute façon, plutôt bien disposés à l'égard de l'illettrisme.
Mais que face à une réforme scolaire qui tend de plus en plus à se déboulonner, à se déboussoler, à s'«approximativer», bref à se réformer d'elle-même, nous restions pantois, la farce commence à bien faire! J'ai appris récemment que dès la IIIe secondaire, c'est-à-dire dès l'âge de 14 ans, les élèves seront amenés à choisir d'eux-mêmes (mais surtout, sous la pression de leurs parents) leur parcours pédagogique, notamment en ce qui à trait au choix des mathématiques.
Si le parent peut déterminer, au détriment du jugement professionnel du professeur, le parcours scolaire de son enfant, à quoi sert l'école alors? Être de plus en plus au service de l'enfant, est-ce véritablement lui rendre service? Il faudrait peut-être m'éclairer un peu plus quant à mon rôle: suis-je un enseignant, un accompagnateur dans l'acquisition de compétence de l'enfant ou un simple objet de divertissement?
Évidemment, à voir les notes transformées en lettres, pour ensuite être changées en cotes, pour finalement -- comble de la gymnastique évaluative imposée aux professeurs -- être ramenées à des notes, dans de telles conditions, je ne ferais pas tellement confiance à l'école en ce qui a trait à l'orientation de mon enfant. C'est à se demander si la schizophrénie est maintenant le mot d'ordre lancé au système d'éducation.
Que nous, c'est-à-dire les enseignants, soyons disposés à gaver les incongruités du «ministère des Loisirs de l'éducation» (pardonnez le lapsus), rien ne me surprend plus. Que les enseignants se taisent devant la mascarade qui se déroule sous leur nez, c'est une chose, mais que les enfants deviennent les pantins d'une Assemblée partie à la chasse d'une rassurante majorité électorale passe très, très mal à mes yeux. Pendant ce temps, j'ose vous le rappeler, les années passent, et les défis collectifs se font de plus en plus pressants. Si le ridicule tuait, Madame la Ministre, j'imagine que vous vous sentiriez bien seule au sommet de votre névralgique ministère.

