Opinion

Quand l'ignorance mène à l'insulte

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Louis Rousseau, Professeur au département de sciences des religions de l'UQAM

Édition du lundi 17 décembre 2007

Mots clés : écoles, Mario Dumont, Parti politique, Religion, Québec (province)

Décidément, M. Mario Dumont, par ignorance et tir à l'aveugle politicien, démontre par l'absurde l'urgence d'introduire le programme d'éthique et de culture religieuse dans la formation de tous les jeunes citoyens et citoyennes du Québec.

Il y a plus de 400 ans, lorsque les premiers contacts entre les voyageurs français et les autochtones de la côte atlantique ont commencé, les personnages de Glooskap et de Malsom étaient les jumeaux héros d'un magnifique récit de création qui permettait aux diverses nations algonquiennes de réfléchir à certaines des conditions les plus fondamentales de l'existence: pourquoi la terre est-elle si généreuse pour les humains en leur donnant la jouissance des plantes et des animaux?

Pourquoi l'accès à la nourriture peut-il par ailleurs s'avérer fragile et limité à l'extrême, à l'occasion? Pourquoi de la jalousie et de la compétition entre les hommes la mort peut-elle constamment surgir alors que de l'esprit de l'homme naissent les admirables règles de la culture et de la société? Ce récit très riche de sens était vraisemblablement connu de tous les autochtones habitant l'actuel comté de Rivière-du-Loup où se trouve le territoire d'une des nations reconnues du Québec, les Malécites.

Les deux héros du récit -- qu'expliquera à son père la fille de Mario Dumont -- sont aussi connus de toutes les nations de culture iroquoiennes, dont les Wendaté de l'Ancienne-Lorette. Sagard nous en a rapporté une courte version apprise lors de son séjour en Huronnie (1624) et aujourd'hui encore ils font partie de la mémoire traditionnelle des Mohawks avec lesquels nous vivons.

Puisque le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse vise à développer la capacité de se positionner personnellement sur des questions éthiques et de développer une compétence pratique de dialogue, la fille de M. Dumont pourra peut-être aider son père à découvrir la valeur du respect à l'égard des descendants des premiers occupants du pays qui sont encore bien vivants, avant d'assumer la tâche bien plus difficile d'entrer dans un dialogue égalitaire.

Oh! J'oubliais! Peut-être M. Dumont pourra-t-il en profiter pour relire avec sa fille les trois premiers chapitres de la Genèse biblique d'une manière moins fondamentaliste que celle dont il a fait preuve à l'assemblée nationale en citant les aventures de Glooskap. Car c'est d'abord de la méconnaissance des Grands Récits juifs et chrétiens dont le nouveau programme veut tirer les jeunes citoyens. La ministre de l'Éducation oeuvre ici pour l'avenir d'une société moins ignorante. M. Dumont jusqu'ici se spécialise dans la communication réussie de l'ignorance. Où loge donc Mme Marois?


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