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Honteux? Non. Honnête.

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Claude Guay
Envoyé Le dimanche 16 décembre 2007 00:00



Une de mes amies m'avait dit:"Surtout pas le paté chinois!" Elle m'avait suggéré le Cipaille, celui que fais sa mère, mais qu'elle même ne pratique guère, faute de temps. Elle m'avait tout de même avoué que la veille, elle avait fait du paté chinois pour le souper et qu'elle regrettait un peu d'avoir du laisser son mari et sa fille prendre ce qui en restait pour leur diner du lendemain.

Les véritables mets nationaux sont les plus simples, les plus communs, les plus bêtes. N'essayez pas de vous nourrir exclusivement de caviar : le met est prestigieux -(on en produit d'ailleurs de l'excellent au Témiscaminque) -, mais, même avec du champagne, ça ne nourrit pas son homme. On ne mourra jamais de faim si on se contente de paté chinois.

Enfin, je n'ai pas honte, je ne me sens pas du tout dévalorisé de dire que j'en mange et que j'aime. Messieurs Zampa et Moreau ont peut-être des gouts différents , mais "De gustibus et coloribus non disputandum" comme on disait au moyen-age. Le fait d'aimer le paté chinois ne fait pas de moi un esprit moins cultivé que ne l'est, par exemple, celui qui préfère le bouilli. Et qu'est-ce que c'est que cette histoire de vérité? Est-ce qu'au Lac St-Jean, les vrais ne mangent que des tourtières et des bleuets? Est-ce qu'un vrai québécois n'a qu'une seule racine? Et "cuisine colonisée", qu'est-ce que ça veut dire? ? Mes ancêtres directs étaient effectivement des colons et c'est avec leur cuisine de colons que j'ai grandi. Qu'ils se soient nourris de paté chinois ne les a pas empêchés de grandir intellectuellement et moralement et de contribuer tout autant (sinon plus)que les bébé-boomers à cette révolution tranquille qui a fait le Québec moderne.

On peut ne pas être d'accord avec la majorité et je respecte ceux-là qui (comme moi, d'ailleurs) aurait préféré une autre plat, un met plus prestigieux, s'il en existait. Mais, dans cette matière, il était et il demeure impossible de satisfaire tout le monde et son père. Le choix de l'autre mérite le respect tout autant que le sien, d'autant plus qu'il n'y a pas là matière à fouetter un chat.

Bon appétit.

Claude Guay

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