À qui profite la fusion des Bourses?

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Antoine Robitaille
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 décembre 2007

Mots clés : Bourse de Montréal, Monique Jérôme-Forget, Économie, Gouvernement, Canada (Pays), Québec (province)

Québec -- La Bourse de Montréal a vivement nié, hier, que l'opération de «regroupement» avec la Bourse de Toronto, annoncée lundi, ait donné lieu à des opérations d'initiés, comme cela avait été évoqué plus tôt à l'Assemblée nationale.

Toutefois, des informations jugées «inquiétantes» par la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, ont été présentées en Chambre hier matin par le député péquiste de Rousseau, François Legault. Ce dernier, qui a refusé de parler de «délits d'initiés», a cependant souligné que «les dirigeants de la Bourse de Montréal» ont acheté un grand nombre d'actions et des options «dans les mois qui ont précédé l'annonce». «C'est eux autres qui négociaient», et qui ont finalement accepté qu'au conseil d'administration de la future Bourse unifiée, il n'y ait que «cinq administrateurs sur 18» en provenance de Montréal, a-t-il dénoncé. Or ces dirigeants vont faire de «gros profits personnels», a pesté le député, qui se demandait qui protégeait «l'intérêt supérieur du Québec» dans cette affaire.

La ministre a répondu que ce n'était certainement pas elle qui allait «défendre les richissimes de la Bourse de Montréal». Elle a rappelé qu'elle avait demandé à l'Autorité des marchés financiers (AMF) d'organiser des audiences sur le sujet, audiences qui pourraient avoir lieu en février. Hier, Radio-Canada révélait que l'ancien premier ministre Jacques Parizeau avait la ferme intention de se présenter à ces audiences pour dénoncer le «regroupement».

Par ailleurs, l'actuelle ministre des Finances a lancé un «bien sûr que ça m'inquiète» bien senti, au sujet des informations. Elle a souligné au crayon gras que l'AMF «surveillait» cette transaction non encore bouclée et que cet organisme avait la capacité de faire annuler cette transaction. Selon elle, l'AMF surveille cette transaction «depuis déjà un certain temps». Bien sûr, la Bourse de Montréal est devenue une entreprise publique, a-t-elle souligné. Par conséquent, il est peu surprenant que les membres du conseil d'administration défendent d'abord «l'intérêt des actionnaires, dont ils sont».

Gains importants

C'est le 2 août que le président de la Bourse, Luc Bertrand, avait acheté 150 000 actions à 33 $, a souligné M. Legault. Or, dans l'entente annoncée lundi, la Bourse de Toronto a annoncé qu'elle offrira 39 $ pour chaque action. Le gain de M. Bertrand sera de quelque 1,5 million de dollars. D'autres membres du conseil ont fait de même. Refusant de «porter un jugement», M. Legault a toutefois lancé: «Il est peut-être temps que la ministre [...] se rende compte que quelqu'un doit défendre les intérêts supérieurs du Québec», car les «intérêts personnels» semblent privilégiés ici. M. Legault croit que le gouvernement devrait prendre des mesures pour s'assurer que les produits dérivés restent à Montréal pour longtemps. «Quand je vois des titres comme "Montréal can kiss it's exchange good-bye" dans le Globe and Mail, ça m'inquiète.»

Le responsable des communications de la Bourse de Montréal, Jean-Charles Robillard, a qualifié les allégations de non fondées hier. M. Robillard soutient qu'au moment où les opérations ont été effectuées, la Bourse n'était pas en «pourparlers ni en négociation avec une tierce partie». De plus, selon lui, puisque les opérations ont été effectuées «entre initiés possédant les mêmes informations, il ne pouvait s'agir d'opérations d'initiés».

Le 2 août, ce sont deux anciens membres de la direction qui avaient annoncé leur départ: Philippe Lumeau, premier vice-président et directeur des opérations, ainsi que Louise Laflamme, première vice-présidente exécutive, qui ont vendu leurs blocs d'actions à M. Bertrand ainsi qu'à M. Jean Turmel, président du conseil. C'est une «transaction transparente», a insisté M. Robillard.

Plus de pouvoirs à l'AMF

Par ailleurs, la ministre Jérôme-Forget a annoncé hier que son gouvernement donnera plus de pouvoirs à l'AMF pour éviter d'autres histoires comme celle de Norbourg. Elle a déposé hier le projet de loi 64, qui vise entre autres à punir davantage les «fraudeurs à cravate», mais aussi à encourager le public à mieux s'occuper de ses placements. L'AMF aura de nouveaux pouvoirs d'enquête pour pouvoir intervenir auprès des firmes présumées délinquantes dès qu'elle soupçonne une malversation.

S'il est adopté, le projet de loi permettra à l'AMF d'obtenir plus facilement des informations en provenance des vérificateurs de compagnies, habitués à se réfugier derrière le secret professionnel. En cas de malversation, l'AMF pourra prendre le contrôle total de la firme délinquante. «Jusqu'à récemment, les fraudes économiques et financières touchaient les plus aisés de notre société. Aujourd'hui, l'épargne d'une vie de gens modestes peut disparaître en 24 heures», a-t-elle noté, en racontant qu'un de ses amis avait perdu 100 000 $ dans l'aventure Norbourg.

Avec La Presse canadienne


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