Le blues de Radisson

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Odile Tremblay
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 décembre 2007

Mots clés : Benoît Pilon, Des nouvelles du Nord, Culture, Cinéma, Québec (province)

source films séville
On peut reprocher au film Des nouvelles du Nord son parti pris de montrer avant tout le côté ensoleillé des choses.

Benoit Pilon, le cinéaste de Roger Toupin, épicier variété et de Nestor et les oubliés, aime les gens qu'il met en scène et ceux-ci le lui rendent bien. Dès son premier long métrage documentaire, Rosaire et la Petite-Nation, il manifestait cette intimité peu commune avec les personnes filmées, qui oublient la caméra, se livrent corps et âme à celui qui leur fait face. Le réalisateur explore la marginalité de gens dépourvus de prétention, poètes de la vie pourtant, mais à leur insu.

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Des nouvelles du Nord
Réalisation et scénario: Benoît Pilon. Image: Michel La Veaux. Musique: Robert M. Lepage. Montage: René Roberge.
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Des nouvelles du Nord se déroule sur quatre saisons à Radisson et à Chisasibi, au pied des barrages de la Baie-James, qui attirent des travailleurs quelques années, avant qu'ils ne retournent vers leurs gratte-ciel et ne délaissent les terres du Nord. Là-bas, les Blancs sont les vrais nomades et les Cris, les enracinés d'un territoire inondé en partie par les barrages.

«Si tu savais comme on s'ennuie à la Manic», entonnait jadis Georges Dor. La même chanson se fredonne à Radisson. Mais on y vit pourtant, on s'y fait des amis, qui finissent par s'envoler comme des oiseaux migrateurs.

Benoit Pilon, comme à son habitude, met en scène de magnifiques personnages. En grande vedette: Pierrette Loiseau, la coiffeuse de Radisson. Elle a vu partir plusieurs Radissoniens, et des meilleurs. Cette dame au côté de son mari est un peu l'âme de la place, le foyer d'accueil pour tous ces déracinés qui se posent dans le coin, plantent parfois des arbres, et mettent un jour une pancarte «À vendre» sur leur terrain. Au suivant!

D'autres, comme la postière à la retraite Denise Pelletier, s'enfoncent là-bas, presque à leur corps défendant. Mais pour combien de temps? Michel Desjardins est une figure superbe, d'un naturel désarmant. Propriétaire d'un bar, féru de chasse et de pêche, il est souvent esseulé, sans âme soeur, à la fois critiqué et envié par ses concitoyens, avec le Nord dans la peau et des propos sans langue de bois qui font vibrer le micro.

On peut reprocher au film son parti pris de montrer avant tout le côté ensoleillé des choses. La douleur de Radisson, ce lieu artificiel, se sent, mais en sourdine. Celle de Chisasibi se voile encore davantage. Parmi les plus belles scènes du documentaire, cette série de portraits des vieux Cris de Chisasibi immortalisés par l'appareil du photographe Jimmy Sam. Tous ces visages croqués portent en eux une mémoire, une force et une souffrance qui transpercent l'écran, mais dont on ne connaîtra pas grand-chose. Côté amérindien, c'est la vieille Margaret Sam Cromarty, figure quasi mythologique veillant sur ses morts, savourant la compagnie du ciel et de la mer, qui témoigne pour son peuple cri, dont les coutumes ancestrales ont chaviré.

Des malheurs collectifs sont tus dans Des nouvelles du Nord. On devine, on suppute, le vent froid des neiges trop précoces murmure que ces terres transitoires sont des miroirs aux alouettes où nul ne peut se considérer vraiment comme chez lui. Radisson ne compte même pas de cimetière. Personne n'y meurt, veut la légende. Mais ces lieux de passage sont aussi des terrains de solidarité. Des nouvelles du Nord extirpe l'humanité de ces neiges et des rochers, avec une mélancolie qui survole tout mais ne se pose jamais.


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vivre dans le nord sans perdre le nord.... - par Karine Soares
Le mardi 18 décembre 2007 12:00

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