La revue de fin d'année des Zapartistes

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Isabelle Paré
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 décembre 2007

Mots clés : humour, politique, Zapartistes, Information, Spectacle, Québec (province)

Un rendez-vous 100 % caustique

Christian Vanasse et François Parenteau

Photo: Pedro Ruiz

Quand le rythme effarant de l'actualité et la une des journaux dictent vos moindres rôles, le choix de vos têtes de Turc et les lignes de votre texte, il y a avantage à être vite sur ses patins. Si l'on se fie à l'échiquier politique des derniers mois, on peut dire que la sagace bande des Zapartistes a non seulement la gâchette rapide, mais aussi le coup de patin drôlement efficace.

Au train où les têtes tombent sur la patinoire politique, les Zapartistes sont en passe de devenir transformistes. Encore un brin mal à l'aise dans la peau d'un Stephen Harper élu seulement l'an dernier, François Parenteau, un des quatre fanfarons du cynique quatuor, est, 14 mois plus tard, presque en voie d'«harperisation».

Avec son casque de mobylette noir sur la tête, qui calque à merveille la très statique coiffure du chef conservateur, l'imitateur excelle aujourd'hui dans la peau de l'un de ses boucs émissaires préférés. À tel point que, lors d'un spectacle donné à Gatineau récemment, un des gardes du corps de Harper est resté bouche bée devant la ressemblance entre l'imitateur et son propre patron! «Je n'avais jamais pensé que je pourrais ressembler autant à Stephen Harper!», avoue d'emblée Parenteau.

Du solide à se mettre sous la dent

Dans un univers où la qualité de l'humour est souvent inversement proportionnelle à sa quantité, écouter la persifleuse revue politico-satirique de l'année des Zapartistes, c'est comme croquer dans une barre énergétique. Enfin du solide à se mettre sous la dent! Et le public a la dent longue puisque le groupe, qui se produisait trois soirs au Spectrum depuis trois ans, jouera cette année cinq soirs au Métropolis et cinq autres soirs à Longueuil, à Joliette, à Sherbrooke et à Québec.

Comme chaque année depuis 2003, les Zapartistes redonnent rendez-vous à leur public pour un menu décapant de fin d'année, avec quelques nouvelles têtes à se farcir. Leurs cibles de prédilection, les Harper, Dion, Charest, Duceppe, Dumont et compagnie, seront passées à la moulinette, bien sûr, mais ces chasseurs de têtes auront aussi de vieux cadavres à sortir du placard -- comme les Mulroney et Chrétien, affaire Schreiber oblige -- et aiguiseront leurs crocs sur de nouvelles victimes.

Parmi ces nouvelles proies, on nous servira du Pauline Marois à la sauce Jacques Brel, parodie sur l'air de Madame promène son c. sur les remparts de Varsovie, et un Sarkozy qui s'égalomane à lui-même. C'est que leur territoire de chasse préféré, l'arène politique, fut très généreux cette année.

En quelques mois, un Boisclair déboulonné, un Dion contesté sitôt couronné, une Marois empêtrée pour cause de château en banlieue et un Charest qui traîne son spleen à Québec en voyant Harper jouer à Ottawa le rôle de sa vie.

Pour Parenteau, la revue de fin d'année est un genre qui est là pour de bon, même si l'on retrouve souvent les mêmes têtes d'affiche à la Bourse de l'actualité. «C'est sûr qu'il y a plein de groupes qui font des revues de fin d'année, comme Rock & Belles Oreilles [RBO], qui se moque plus de la télé, ou celle du Théâtre du Rideau vert, plus culturelle. Mais nous, on a notre créneau. On reste différents parce qu'on fait surtout de la politique, avec un mince dosage de culturel», dit-il.

Cette année, on ne pourra éviter les déboires de la commission Bouchard-Taylor et les incontournables accommodements raisonnables, un refrain sur les algues bleues et les viaducs qui s'effondrent, la déconfiture de Kyoto et un brin de xénophobie en direct de Hérouxville, à en croire les quelques extraits présentés récemment aux journalistes de Québec.

«Il n'y a pas que la réaction des Québécois face aux immigrants qui a marqué le débat sur les accommodements raisonnables. Il y a aussi tout le mouvement des Québécois qui ont voulu ramener la religion à l'école. Juste de représenter l'éventail des errances idéologiques véhiculées pendant la commission Bouchard-Taylor, c'est très jouissif!», lance Parenteau.

L'humour en direct

Si le pur jus de 2007 est récolté par les Zapartistes tout au long de l'année, jusqu'à la toute dernière minute des sketches et des gags viendront s'ajouter à cette revue cinglante. En fait, plusieurs idées se développent même sur scène, par la magie du flash, assure François Parenteau. Au moment de mettre sous presse, l'équipe, qui était à une semaine de la première à Longueuil, envoyait encore des bribes de texte à Brigitte Poupart, l'un des membres du groupe, retenue en Italie pour terminer un contrat.

Car l'improvisation devant public, affirme Parenteau, produit parfois les meilleurs punchs. Comme ce jour où, clonant Stephen Harper, il s'est mis spontanément à éviter le micro chaque fois qu'il devait prononcer les mots «réchauffement climatique», déclenchant les fous rires de la salle.

Longévité politique oblige, depuis leur création en 2001, les Zapartistes s'acharnent souvent sur les mêmes têtes. La source de leur inspiration finira-t-elle par se tarir? Non, assure Parenteau, qui affirme que les humoristes évoluent avec les politiciens.

À l'instar d'un Jean-Guy Moreau, dont la parodie du maire Drapeau a surpassé le personnage lui-même, Parenteau dit transformer sa caricature de Charest au gré des humeurs du chef libéral. Au fil des ans, le personnage s'est affiné, métamorphosé. «Aujourd'hui, je le fais plus retors, amer et ratoureux que nono. Il y a un petit côté méchant qui a grandi en lui.» Même portrait pour Mario Dumont, longtemps personnifié en pantin désarticulé par Christian Vanasse, qui prendra désormais des airs d'adolescent attardé, à l'ego surdimensionné par la victoire.

Et la gauche, dans tout cela, en prend-elle aussi pour son rhume? À quand une série de gags décapants sur le couple Françoise David et Amir Khadir? «On ne peut nier notre aspect militant de gauche, et c'est sûr qu'on aimerait bien que les gens voient les politiciens comme on les voit. Mais ça n'empêche pas que nos chansons les plus hilarantes sont sur Québec solidaire ou sur le PQ», lance Parenteau, un souverainiste convaincu qui a déjà reconnu être plus près idéologiquement de Québec solidaire que des politiques néolibérales de Bernard Landry.

Dans la prochaine livrée du quatuor, Pauline Marois goûtera plus souvent qu'à son tour à la médecine zapartiste, tout comme Boisclair et Bernard Landry, dit-il, en se mettant tout de go à gesticuler comme l'ancien chef péquiste, en cours d'entrevue dans un café du Plateau Mont-Royal. Et la magie opère. Même pas chauve ni rondelet comme Landry, Parenteau se métamorphose à l'instant, devient ce qu'il n'est pas, d'abord en s'imprégnant des idées, des tics de langage et de la gestuelle landryesque, ponctuée de quelques dictons latins. Et le tour est joué.

«On a eu beaucoup de difficulté à camper Marois, c'est ce qui a fait qu'on y est arrivé lentement. Mais elle n'est pas mieux que les autres. Elle a aussi ses défauts. Pour l'instant, sa chance, c'est d'être la dernière cartouche du PQ! Alors tout le monde au PQ ferme sa gueule», ajoute le sarcastique humoriste.

En effet, la capacité d'incarner un personnage dicte le plus souvent la ligne de tir des Zapartistes. On ressort à satiété du cimetière de l'actualité les Chrétien et Mulroney, que les Zapartistes excellent à parodier. «On a dans nos placards tout un cimetière de personnages que l'on aime bien et qui sont prêts à revenir à tout moment», confie Parenteau.

À l'inverse, il y a de ces types téflon qu'on arrive plus difficilement à camper, comme Poutine, Bush ou même Gérald Tremblay, admet le membre des Zapartistes. «Il y a parfois des sujets qu'on aime mais qu'on n'arrive pas à placer dans nos spectacles. Certains personnages sont durs à camper. Par exemple, on n'arrive toujours pas à faire le maire Tremblay de façon satisfaisante. Mais on y travaille!», dit-il.

À l'heure où l'humour est partout, à la radio, à la télé, sur les cellulaires, dans la pub, sur Internet et presque dans notre assiette, la bande de drôles de zigues hésite à faire le saut au petit écran. Un premier spectacle, diffusé à Radio-Canada, les a laissés, disons, perplexes. «La télé, on ne court pas après cela. Notre expérience ne nous a pas convaincus. On n'aime pas être contraints par un format. C'est le contact direct qui nous allume. Et juste l'idée d'avoir des publicités contredit ce qu'on fait. Il y a une indépendance dans notre travail qui est primordiale et je crois qu'on pourrait la perdre [à la télé]», dit Parenteau, qui s'imagine mal se retrouver sur le Web aux côtés d'un castor de Bell Canada.

Pour l'instant, l'adrénaline de la scène suffit à nourrir le groupe, dont les membres, François Parenteau, Christian Vanasse, Brigitte Poupart et Nadine Vincent, ont moult autres activités. Parions qu'ils seront là quelques années encore pour désarçonner les bien-pensants et jeter un peu de fiel sur l'année politique. «C'est une gang tellement l'fun que je pourrais faire ça encore 10 ans!», lance Parenteau.

Gérald Tremblay ne perd rien pour attendre...


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Vive l'humour québécois ! - par Gilles Bousquet
Le samedi 15 décembre 2007 09:00

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