À voir à la télévision le samedi 15 décembre - Le monarque de l'animation française

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André Lavoie
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 décembre 2007

Mots clés : animation, Cinéma, France (pays)

Paul Grimault figure parmi les grands noms de l'animation française, mais il avait mieux à faire que de promouvoir sa popularité. Cinéaste méticuleux, artisan persévérant, voire obstiné, il effectue ses premiers pas professionnels en décoration et, peu de temps après, en publicité. C'est à cette époque, dans les années 1930, qu'il fait la rencontre, déterminante, de Jacques Prévert; le poète et scénariste n'allait pas qu'inspirer Marcel Carné (Les Enfants du paradis) ou Jean Renoir (Le Crime de monsieur Lange).

C'est en 1947 que Grimault et Prévert décident d'adapter La Bergère et le Ramoneur, un conte de Hans Christian Andersen destiné à devenir le premier long métrage d'animation du cinéma français. Devant le résultat final, en 1953 (un film mutilé et bâclé qui ne ressemble en rien à leur vision du cinéma), ils le désavouent. Dix ans plus tard, Grimault rachète le négatif et, en 1967, toujours avec la collaboration de Prévert, il retouche chaque image, transforme l'intrigue et achève le travail... en 1980. Et pour bien marquer une rupture avec l'oeuvre honnie d'autrefois, c'est sous le titre Le Roi et l'Oiseau qu'il redonne vie à l'univers de cette belle bergère et de ce charmant ramoneur.

À la fois inspiré de l'imagerie médiévale et d'un univers concentrationnaire digne de George Orwell, Le Roi et l'Oiseau nous livre une fable tout autant amusante qu'inquiétante sur les dérives du pouvoir et, bien sûr, la force du rêve. Dans ce monde de beautés discrètes et raffinées -- la technique de Grimault n'est jamais racoleuse --, les oiseaux font montre d'une grande ingéniosité pour déjouer la tyrannie d'un souverain prétentieux. Alors que le film ressemble parfois à des tableaux de maîtres, des personnages se libèrent de l'emprise des toiles, figures supposément figées pour l'éternité. Tous sont portés par une poésie inimitable et réconfortante, celle de Prévert, décédé en 1977, soit trois ans avant la sortie du film. Il aurait vu à quel point la longue attente et ce travail de moine en valaient vraiment la peine.

Cinéma / Le Roi et l'Oiseau, Télé-Québec, 18h30


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