Mulroney tente de laver son honneur

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Hélène Buzzetti
Édition du vendredi 14 décembre 2007

Mots clés : Karlheinz Schreiber, Mulroney, Justice, Canada (Pays)

Les explications de l'ancien premier ministre sur l'argent reçu de Karlheinz Schreiber sont truffées de contradictions

Brian Mulroney a avoué hier aux membres du comité parlementaire avoir caché l'argent de Karlheinz Schreiber dans des coffrets de sûreté pendant six ans.

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Il voulait clarifier les choses une fois pour toutes, mais en comparaissant devant les parlementaires fédéraux hier, l'ex-premier ministre Brian Mulroney a contribué à les obscurcir davantage. Il a certes réussi à ébranler la crédibilité de Karlheinz Schreiber en exposant ses multiples contradictions, mais il a lui-même suscité bien des haussements de sourcils en avouant avoir placé dans des coffrets de sûreté les centaines de milliers de dollars comptant reçus de l'entremetteur, les abritant pendant six ans du regard du fisc. Il appert que la version de M. Mulroney est elle aussi truffée de contradictions.

Le passage de l'ex-premier ministre en comité parlementaire hier relevait de l'événement historique, aucun ex-chef de gouvernement canadien ne s'étant prêté à un tel exercice auparavant. Pour l'occasion, M. Mulroney était accompagné de son épouse Mila et de leurs quatre enfants, Caroline, Ben, Mark et Nicholas (respectivement âgés de 33, 31, 28 et 22 ans). Les fils ont serré la main de leur père, la fille l'a embrassé. La famille s'est ensuite assise trois rangées derrière M. Mulroney, hors du cadrage des caméras de télévision et en retrait des journalistes, nombreux dans la salle. Aucun n'a prononcé le moindre mot pendant les quatre heures de cette comparution; tous ont affiché un air stoïque.

M. Mulroney a décliné l'offre de prêter serment sur la Bible. Parlant d'abord d'une voix enrouée à peine audible, l'homme vieilli a pris de l'assurance à mesure que les heures s'écoulaient, s'emportant contre certains députés trop insistants et multipliant les envolées indignées ainsi que les sarcasmes. Le charme a opéré à quelques reprises, le politicien se valant les rires de la salle.

Brian Mulroney a commencé son témoignage par une longue déclaration de 29 minutes pendant laquelle il a fait cinq affirmations de poids. «Permettez-moi de tirer les choses au clair une bonne fois pour toutes. D'abord, je n'ai jamais reçu un sou de qui que ce soit pour des services rendus à qui que ce soit en rapport avec l'achat des 34 appareils Airbus par Air Canada en 1988. En deuxième lieu, je n'ai pas reçu un sou de Thyssen Industries ni de tout autre client de M. Schreiber pendant que j'étais premier ministre du Canada.» Il a ajouté qu'il n'avait ni avocat ni compte de banque en Suisse et que jamais il n'avait demandé à M. Schreiber de se parjurer en niant lui avoir versé de l'argent.

Ces affirmations, combinées à de multiples exemples où M. Schreiber avait fait des déclarations contradictoires selon le forum auquel il s'adressait, ont eu tôt fait d'ébranler la thèse selon laquelle M. Mulroney aurait touché des pots-de-vin pour avoir facilité la plus grosse transaction de l'histoire de l'aviation civile canadienne (1,8 milliard de dollars). Il s'agit d'un des objectifs du comité parlementaire sur l'éthique. «Comme vous l'avez constaté la semaine dernière, Karlheinz Schreiber est prêt à dire, à signer ou à faire n'importe quoi pour s'éviter l'extradition», a conclu M. Mulroney.

Des coffrets de sûreté

Brian Mulroney ne sort pas pour autant blanchi de cet exercice. D'abord parce qu'il a fait une troublante révélation hier: l'argent comptant qu'il a reçu de Karlheinz Schreiber a été placé non pas dans un compte de banque, ce qui aurait permis d'en suivre la trace, mais dans des coffrets de sûreté entièrement secrets. Ensuite parce que M. Mulroney a aussi changé sa version des faits quant aux raisons pour lesquelles il a été payé par l'homme d'affaires germano-canadien et pourquoi il n'a pas déclaré cet argent au fisc avant 1999.

«Je l'ai déposé dans un coffre-fort à la maison», a déclaré M. Mulroney à propos du premier versement touché à Mirabel en août 1993, alors qu'il était encore député de la Chambre des communes. Idem pour celui reçu en 1994 dans un hôtel de New York. Il soutient ne pas avoir touché à cet argent avant 1999, quand il a payé ses impôts canadiens. «Cela devenait, à ce moment-là, mon argent. C'est alors que je me suis permis de m'en servir. Ce n'était pas dans un compte, c'était dans ce qu'on appelle un coffret de sûreté [aux États-Unis].» Ainsi, il n'aurait pas contrevenu à la loi, qui oblige de déclarer toute somme de plus de 10 000 $ qu'un voyageur transporte avec lui à l'étranger.

Par ailleurs, ce ne sont plus 300 000 $ que M. Mulroney a reçus de Karlheinz Schreiber mais plutôt trois versements de 75 000 $, pour un total de 225 000 $. Jamais auparavant son porte-parole Luc Lavoie n'avait apporté cette précision. Seul un ami de longue date, Pat MacAdam, en avait fait mention dans un message télécopié en 2004, une version des faits jamais reprise par le clan Mulroney.

La justification de cette somme souffre aussi d'une contradiction. M. Mulroney a affirmé hier qu'il s'était engagé à faire la promotion à l'étranger des véhicules blindés de la compagnie Thyssen, représentée par M. Schreiber à l'époque. Cela n'avait rien à voir, a-t-il insisté, avec la promotion de l'entreprise de pâtes alimentaires de M. Schreiber, comme celui-ci l'affirmait.

Pourtant, c'est Luc Lavoie qui, le premier, avait fourni cette explication en 2003, lorsque l'existence des paiement avait été révélée. «C'était pour aider M. Schreiber avec son entreprise de pâtes et pour organiser un certain nombre de rencontres avec des gens d'affaires internationaux», avait déclaré M. Lavoie au Globe and Mail.

M. Mulroney a affirmé que l'argent devait servir à payer ses dépenses lors de ses déplacements à l'étranger. Il dit s'être rendu en Chine et aux États-Unis, avoir rencontré François Mitterrand en France et Boris Eltsine en Russie pour promouvoir ces blindés. Au total, il aurait dépensé 45 000 $ en trois ans. Il a dit avoir fait un compte rendu verbal d'une heure à M. Schreiber à propos des démarches entreprises en son nom.

Et le fisc?

Il n'est pas illégal de toucher des sommes en argent liquide. M. Mulroney a affirmé n'avoir déclaré ces sommes pour fins d'impôt qu'en 1999. Il dit avoir déclaré la totalité du montant (225 000 $) sans avoir déduit les dépenses légitimes encourues, des dépenses pour lesquelles il affirme ne plus avoir de reçus. Pourquoi? Là encore, ses explications se contredisent.

Au début de son témoignage, l'ex-premier ministre a affirmé avoir jugé que son contrat avec M. Schreiber était terminé dès 1995, lorsque l'homme d'affaires a été nommé dans la fameuse lettre d'Ottawa destinée à la Suisse et dans laquelle MM. Mulroney et Schreiber étaient accusés d'avoir fraudé le peuple canadien.

«Lorsque M. Schreiber s'est retrouvé accusé dans cette même lettre à la Suisse, évidemment, tout mon contrat avec lui s'est brusquement et immédiatement arrêté», a-t-il affirmé. Logiquement, il aurait dû à ce moment-là faire un bilan, déduire les dépenses des avances reçues sur honoraires et déclarer le reste au fisc en tant que revenus. Il ne l'a pas fait. Pourquoi? Plus tard au cours de son témoignage, il a offert une explication quelque peu différente.

Ce serait finalement l'arrestation de M. Schreiber par la GRC, en 1999 à Toronto, qui l'aurait abasourdi. «Cela a sérieusement mis en doute ma relation avec lui, a raconté l'ex-premier ministre. J'ai cru que la meilleure façon était de déclarer le montant en entier comme étant des revenus, et ce, même si je l'avais plutôt utilisé pour des dépenses [...]. Ainsi, j'ai demandé à mes conseillers de contacter les autorités fiscales et de s'assurer que la totalité de la somme touchée dans cette transaction privée soit déclarée et que tous les impôts et taxes applicables soient payés.»

Les députés bloquiste et néo-démocrate Serge Ménard et Joe Comartin, tous deux avocats, ont cuisiné M. Mulroney sur cette question, faisant enrager l'ex-premier ministre. Pour les députés, il semble que M. Mulroney ait tenté d'échapper au fisc.

«Je ne suis pas convaincu qu'il avait l'intention de déclarer cet argent et [qu'il l'aurait fait] n'eût été certains incidents qui se sont produits», a déclaré M. Comartin. «J'aimerais savoir comment Revenu Canada a traité ce cas, si des pénalités pour retard ont été imposées. Cela nous aiderait à déterminer s'il a fraudé l'impôt.» M. Ménard a abondé dans ce sens, mais plus subtilement. «C'est dangereux de dire des choses contre Brian Mulroney!», a-t-il expliqué. Les députés ont réclamé les déclarations de revenus de l'ex-premier ministre, mais celui-ci a refusé de les fournir.

Pas d'enquête publique

M. Mulroney a par ailleurs paru moins chaud à l'idée d'ouvrir une enquête publique compte tenu des contradictions de M. Schreiber. «J'ai demandé une commission royale d'enquête, mais lorsque vous examinez les preuves que vous avez désormais... », a-t-il laissé tomber sans compléter sa phrase. Les députés, tous partis confondus, ne partagent pas cet avis. Toutefois, les conservateurs estiment que le comité parlementaire sur l'éthique devrait mettre fin à ses travaux.

«Je crois que notre comité a des capacités limitées à pousser plus avant cette enquête», a dit le député Russ Hiebert immédiatement après la séance du comité. M. Hiebert lisait une déclaration dactylographiée alors qu'il n'a pas accès à un ordinateur dans la salle du comité, ce qui laisse croire que le texte a été rédigé à l'avance ou alors qu'il a été préparé par quelqu'un d'autre. Les trois partis d'opposition souhaitent convoquer une quarantaine de témoins supplémentaires.

Notons par ailleurs que M. Mulroney a nié avoir eu des difficultés d'ordre financier lorsqu'il a quitté la vie politique en 1993, comme l'avait déclaré son porte-parole Luc Lavoie il y a trois semaines. Cette affirmation avait valu à M. Mulroney d'être caricaturé en gentleman mendiant.


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Tout un fuseau de fil blanc - par Pierre-S Lefebvre
Le vendredi 14 décembre 2007 17:00

Dis moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es! - par Mme et M. JMR et IJ
Le vendredi 14 décembre 2007 13:00

La diversion - par Louis Lapointe
Le vendredi 14 décembre 2007 13:00

L'enfer est toujours pavé de bonnes intentions...! - par Maurice Monette (monmau@globetrotter.net)
Le vendredi 14 décembre 2007 12:00

Mulroney au Banquier: l'image de l'année - par jacques noel
Le vendredi 14 décembre 2007 11:00

Un scandale en chasse toujours un autre... - par Pierre Samuel
Le vendredi 14 décembre 2007 11:00

Pas de fumée sans feu... - par Pierre Rousseau
Le vendredi 14 décembre 2007 10:00

"Mulroney, Schreiber, Thibault... les commandites.... ?... Bof ! - par Marcel (Fafouin) Blais
Le vendredi 14 décembre 2007 10:00

Ne pas être cynique... - par Michel Brassard
Le vendredi 14 décembre 2007 10:00

Il n'y a pas de fumée sans feu - par Jacqueline Bordeleau
Le vendredi 14 décembre 2007 09:00

Est-ce que Luc Lavoie a été congégié? - par jacques noel
Le vendredi 14 décembre 2007 08:00

Mulroney nous prend pour des valises - par Michel Leclaire (leclaire.michel@sympatico.ca)
Le vendredi 14 décembre 2007 08:00

Bel effort, mais insuffisant et pas convaincant! - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le vendredi 14 décembre 2007 07:00

Ça a brasssé en haut - par Gilles Bousquet
Le vendredi 14 décembre 2007 07:00

Une enquête complète doit avoir lieu - par Michel Lebel
Le vendredi 14 décembre 2007 04:00

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