L'anglais serait plus payant que le français pour les immigrants

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La Presse canadienne
Édition du vendredi 14 décembre 2007

Mots clés : Charles Castonguay, commission Bouchard-Taylor, Immigration, Langue, Québec (province)

Même au Québec, l'anglais est finalement plus payant que le français, au travail, pour les immigrants, a conclu le chercheur Charles Castonguay hier devant la commission Bouchard-Taylor.

Le réputé professeur (retraité) du département de mathématiques et statistiques de l'Université d'Ottawa, qui a développé une expertise des questions démographiques, a tiré cette conclusion hier devant la commission sur les accommodements raisonnables.

Après une analyse poussée des statistiques sur la langue et les revenus au fil des ans, il en arrive à la conclusion que, pour les immigrants, il est encore plus rentable d'apprendre l'anglais que le français, et ce, même au Québec.

Selon les statistiques présentées, le revenu des hommes allophones unilingues anglais a crû beaucoup plus vite que le revenu des hommes allophones unilingues français entre 1990 et 2000 au Québec. Même constatation pour les femmes allophones.

«De toute évidence, si l'immigrant ne connaît que l'anglais, il réussit mieux à décrocher un emploi à la hauteur de ses aspirations, en particulier un emploi qui paie bien, qu'un immigrant qui ne connaît que le français», a résumé M. Castonguay.

Le professeur se demande si on n'est pas en train de reproduire, chez les allophones, le même vieux fossé qui existait, il y a quelques décennies, entre francophones et anglophones au Québec.

«Est-ce qu'on est en train de former, à même la population allophone, un sous-prolétariat de langue française qui va remplacer les coupeurs de bois et les porteurs d'eau qu'étaient les francophones vis-à-vis de l'ancienne population britannique?» a commenté M. Castonguay.

Flammèches

Son témoignage devant la commission Bouchard-Taylor a donné lieu à quelques flammèches avec le coprésident Gérard Bouchard, après que le professeur Castonguay eut reproché à la commission de refuser de publier les études des experts qu'elle a consultés, notamment en matière linguistique et démographique.

M. Bouchard n'a pas apprécié d'être ainsi critiqué. Il avait déjà indiqué que ces études seraient publiées à la toute fin des travaux de la commission, afin de soustraire ces chercheurs de la pression médiatique.

M. Castonguay aurait apprécié les avoir avant de témoigner, pour pouvoir débattre des conclusions sur lesquelles se base la commission. «Si vous ne pouvez supporter la chaleur, sortez de la cuisine», lui a répliqué en anglais le professeur Castonguay.


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