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La dignité baffouée

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J. Lacoste-le Bourhis
Envoyé Le jeudi 13 décembre 2007 09:00



Tout a commencé par une décision plus que douteuse de notre vénérée Caisse de dépôt qui a remis la clé de fonds communs à un malfrat répugnant de ses connaissances du nom de Vincent Lacroix (ancien employé ou contractuel de l'institution si je ne m'abuse) dans un marché si mal ficelé qu'il équivalait à remettre à l'insu des épargnants, le contenu intégral de leur coffre-fort - placé symboliquement dans ce qui avait la résistance antimagouillage des enveloppes brunes - que le bonhomme s'est empressé lui de dissimuler à la vue des honnêtes gens. Que notre ex-vénérée Caisse soit parvenue par la suite à convaincre le ou les représentants de ceux qui la poursuivaient de lui épargner le douloureux affront de se voir clouer au piloris lors d'un procès où elle avait à mon humble avis de bonnes chances d'être condamnée à rembourser les épargnants floués, voilà qui en dit plus long sur la longueur et la viscosité de ses tentacules.que sur son courage social et son sens des responsabilités. Après avoir provoqué un effroyable cataclysme, on se cache la tête dans les sables bitumineux en espérant que cela ne tache pas trop notre joli plumage. En vain. Car il y aura toujours des petits rigolos venus de nulle part pour nous remettre sur la sellette (ou le nez dans vous savez quoi).

Je lisais votre article et j'étais encore une fois bouleversé par le destin de toutes celles et ceux qui ont vu leurs rêves de retraite envolés. La justice semble impuissante à forcer le vampire à remettre le sang dans les veines des victimes qu'il a anémiées et conduites pour certaines mêmes au seuil de la mort. L'argent des gens est devenu par banale opération de blanchiment ni plus ni moins que son argent. Un jour peut-être le triste sire ira faire un petit séjour en prison, mais à dix, vingt, trente, voir cinquante millions de dollars de revenus par année d'incarcération ainsi légitimés, il serait sot de se plaindre de la rugosité des draps. D'ailleurs, son lit, il ne manquera pas de le quitter au sixième de sa peine... si jamais il est condamné, s'entend !

Je connais Gilles Viel depuis toujours. Nous nous sommes très peu vus depuis la fin de nos études. J'en ai gardé le souvenir d'un honnête homme, intègre jusqu'à la pointe des ongles, droit comme un chêne, parfait gentleman, aimable, serviable et aimé de tous. Il y a une dizaine d'années, il a organisé un conventum pour tous les anciens de la défunte Académie de Québec (devenue Cégep Ste-Foy). C'est avec beaucoup de plaisir que je l'ai retrouvé tel qu'en lui-même, déjà père de six enfants, communiquant tout sourire par radiation sensible son immense chaleur. Ce que je pensais de lui, de son éthique, m'a alors été confirmé par plusieurs qui eux avaient eu la chance de le fréquenter. De voir que la carrière de cet homme intègre, son image de marque, sa réputation d'investisseur rigoureux a été indirectement entachée par les agissements d'un vaurien fini, m'attriste profondément.

Et cela m'amène à penser que la part de responsabilité collective dans ce dramatique fiasco est des plus grandes. Nous ne pouvons rester les bras croisés et assister sans broncher, comme des clones de l'escroc Lacroix, au naufrage de tant de vies dont le seul crime aura été d'avoir eu la naïveté de croire que leurs avoirs placés prudemment étaient en sécurité et pouvaient leur assurer une retraite sinon confortable du moins digne et à l'abri de l'indigence. Je crois que nous devons inciter nos politiciens à intervenir comme ils le font régulièrement en notre nom pour dédommager les victimes de l'acte barbare dont ils ont été, sont et seront pour le reste de leurs jours, les innocentes victimes.

Jean-Paul Le Bourhis
synopsis@xplornet.com

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