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Stratégie?

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Gabriel RACLE
Envoyé Le jeudi 13 décembre 2007 06:00



La question qu'il faut se poser est toujours la même. Pourquoi le Premier ministre a-t-il décidé brusquement de court-circuiter les responsabilités de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) et de lui faire porter le blâme de la pénurie d'isotopes, alors que la responsabilité réelle en revient à Énergie atomique du Canada limitée (EACL)?
Parce que le sujet s'inscrit parfaitement dans la ligne et dans la stratégie politiques de Stephen Harper. Le manque d'isotopes, avec ses conséquences pour des malades, est un sujet psychologiquement sensible, puisqu'il atteint concrètement des personnes et émeut la sensibilité générale... et donc celle de futurs électeurs.
Il y a donc là une occasion en or d'intervenir bruyamment et « énergiquement » et de mettre ainsi en lumière le soin qu'il prend de la population. Cette façon de toucher directement la population - et donc des électeurs potentiels - est une caractéristique de la manière d'agir du Premier ministre, qui est passé maître dans l'art de manier la psychopolitique. Dans le cours normal des choses, le problème du réacteur de Chalk River aurait dû se régler techniquement depuis fort longtemps, si un suivi correct de cette question avait été fait, en contraignant EACL à exécuter les travaux nécessaires.
La dramatisation de cette question avec une loi votée en urgence par le Parlement sert les intérêts électoraux du chef du parti conservateur, qui pourra l'inscrire au moment opportun au tableau de ses réalisations. Dès les premiers pas de S. Harper et de son « art » de gouverner, il est apparu clairement qu'il est passé maître, seul ou à l'aide de conseillers, dans l'utilisation de la psychopolitique, au sens où il utilise ou annonce des mesures ayant un impact psychologique direct sur les citoyens, afin d'atteindre son objectif de réélection. Sans entrer ici dans une analyse plus détaillée, qui serait nécessaire et intéressante, on peut constater que, globalement, S. Harper cherche à l'évidence à mettre l'électorat ou une fraction significative de celui-ci de son côté, en introduisant délibérément la psychologie dans son programme politique ou dans ses interventions. De ce point de vue, il se distingue incontestablement de Paul Martin et de son gouvernement, qui manquait par trop de conseillers compétents dans ce domaine. L'incapacité actuelle apparente du parti libéral semble présager qu'il aura du fil à retordre s'il veut s'imposer aux prochaines élections, face à un adversaire aussi retors.

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