Al-Qaïda frappe l'ONU à Alger

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AFP , Reuters
Édition du mercredi 12 décembre 2007

Mots clés : ONU, attentats suicide, Al-Qaïda, Terrorisme, Organisme international, Algérie (Pays)

Deux attentats suicide auraient fait plus de 60 morts, dont une dizaine d'employés des Nations unies

L'ONU a été directement visée par l'un des deux attentats suicide commis hier à Alger. L'explosion a touché les bureaux du Programme des Nations unies pour le développement et ceux du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. L'autre attentat s'est produit près du siège du Conseil constitutionnel algérien.

Photo: Agence Reuters

Deux attentats à la voiture piégée commis hier à Alger, revendiqués par al-Qaïda au Maghreb, ont fait au moins 62 morts et 177 blessés, selon des sources hospitalières, tandis qu'un nouveau bilan officiel donné en début de soirée faisait état de 27 morts, dont plusieurs étrangers.

L'une des explosions visait le siège du Conseil constitutionnel, dans le quartier de Ben Aknoun. L'autre s'est produite dans le quartier de Hydra, à proximité d'un commissariat et de bureaux algérois du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Dix employés des Nations unies auraient péri dans ces attentats et plusieurs autres sont portés disparus, selon une porte-parole de l'ONU à New York. «Nous pensons maintenant que le bilan pour les employés de l'ONU est de dix morts», a dit Marie Okabe. «D'autres n'ont pas donné de leurs nouvelles», a-t-elle ajouté. «Je n'ai aucun doute que l'ONU était visée», a déclaré à la BBC le haut- commissaire Antonio Guterres.

Les membres de la diaspora algérienne à Montréal étaient consternés hier. «Nous sommes sous le choc, a dit Rachid Boudjarane, président du Regroupement des Algériens du Canada. Nous étions déjà passés par là, mais il y avait eu une accalmie depuis quelque temps. Il y a bien eu quelques attentats commis récemment en Algérie, mais il n'y en avait pas eu de cette ampleur depuis longtemps. Nous pensions être sortis de cette situation.»

«Les gens qui ont fait cela sont des criminels. Il n'y a aucune explication. Un criminel est un criminel, peu importe sa philosophie, a-t-il ajouté. Nous ne comprenons plus. Nous pensions que l'Algérie avait trouvé un certain calme et un début de démocratie, certes imparfaite, mais qui pourrait la mener vers un avenir un peu plus radieux.» On trouve à Montréal environ 40 000 Algériens d'origine, soit les quatre cinquièmes de tous ceux vivant au Canada.

Cet attentat ravive le souvenir de celui qui a détruit les locaux des Nations unies à Bagdad en août 2003, faisant 22 morts, dont le chef de la mission onusienne, Sergio Vieira de Mello.

Ces attentats ont été vigoureusement condamnés par la communauté internationale, l'ONU qualifiant l'attaque de «lâche» et d'«abjecte». «Les mots ne peuvent exprimer mon sentiment de choc, d'indignation et de colère après l'attentat terroriste commis contre la mission de l'ONU à Alger», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

Washington a condamné «l'attaque perpétrée contre le bureau des Nations unies par les ennemis du genre humain qui s'en prennent à des innocents. Les États-Unis sont au côté des Algériens et des Nations unies confrontés à cette violence insensée», a dit un porte-parole de la Maison-Blanche.

Pour sa part, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, qui a qualifié les attentats d'«actes odieux contre des civils», a émis l'espoir «que les responsables de cet acte horrible seront traduits en justice», selon les termes d'un communiqué.

Le président français Nicolas Sarkozy a «condamné fermement» des «actes barbares et odieux», lors d'un entretien téléphonique avec le président Bouteflika.

A Moscou, le président russe Vladimir Poutine a fustigé «un crime abominable», assurant que la Russie était prête à coopérer avec l'Algérie en matière de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme.

Le 11 du mois

Plusieurs attentats ou tentatives d'attentats sont survenus un 11 du mois, ce qui serait, selon certains, une forme d'hommage aux attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Ainsi, le 11 avril 2002, un attentat suicide était commis devant une synagogue de Djerba en Tunisie. Plusieurs trains madrilènes ont été ensanglantés le 11 mars 2004, et des bombes ont fait 33 morts à Alger le 11 avril dernier, un mois jour pour jour après un attentat suicide dans un café Internet de Casablanca. Le 11 juillet dernier, enfin, un kamikaze avait fait exploser un véhicule en Kabylie, près d'une caserne, tuant huit personnes.

La branche d'al-Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI, ex-GSPC algérien) veut unifier les groupes armés islamistes de Tunisie, d'Algérie et du Maroc, ainsi que ceux du Sahel.

La BAQMI est dirigée par Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossaab Abdelouadoud, qui s'est donné pour modèle le Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui, tué en Irak par l'armée américaine. Elle a introduit en Algérie l'attentat suicide, qui n'avait jamais été utilisé avant elle par les groupes armés.

La BAQMI a revendiqué successivement les opérations suicides contre le palais du gouvernement au centre d'Alger et un commissariat de la banlieue est, l'attentat commis le 11 juillet contre une caserne à Lakhdaria, ainsi que les opérations suicides de Batna (est) contre le cortège du président Abdelaziz Bouteflika et une caserne de garde-côtes à Dellys.

Selon des experts algériens de l'antiterrorisme, la BAQMI a changé de mode opératoire en constituant des commandos de kamikazes formés de jeunes recrues des quartiers pauvres des grandes villes, où les islamistes restent actifs. Les autorités algériennes, prises au dépourvu, peinent à trouver une parade efficace. M. Zerhouni l'a confirmé hier en appelant la population à la vigilance.

L'ex-GSPC est une dissidence salafiste (retour aux sources originelles de l'islam) d'un des groupes les plus sanguinaires du mouvement armé islamiste algérien, le Groupe islamique armé (GIA).

Abelmalek Droukdel a éliminé progressivement, politiquement ou physiquement, les «émirs» qui voulaient déposer les armes pour bénéficier du «pardon» de l'État dans le cadre de la réconciliation nationale prônée depuis 1999 par le président Bouteflika et mise en oeuvre à partir de février 2006.

L'un des fondateurs du GSPC, Hassan Hattab, rival de Droukdel, vient de se rallier à cette politique en se rendant aux autorités.


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