Un jugement exemplaire
Mots clés : Autorité des marchés financiers, culpabilité, Vincent Lacroix, Économie, Justice, Québec (province)
C'était le jugement que l'on attendait. Le juge Claude Leblond a reconnu la culpabilité de Vincent Lacroix à toutes les accusations portées par l'Autorité des marchés financiers. Coupable 51 fois! À ce jugement exemplaire, il faut espérer que s'ajouteront des peines tout aussi exemplaires qui inciteront tous les fiduciaires qui gèrent les fonds de petits comme de grands investisseurs à la plus grande responsabilité.
L'Autorité des marchés financiers entend requérir une peine de prison et des amendes au nom de l'exemplarité pour dissuader d'autres gestionnaires de fonds d'imiter Vincent Lacroix. La peine encourue sera cependant relativement légère. En théorie, Lacroix pourrait être condamné à 255 ans de prison puisque les peines maximales de cinq ans moins un jour prévues pour chacun des
51 chefs d'accusation sont cumulables. Les accusations ayant été portées en vertu des dispositions de la Loi sur les valeurs mobilières, il serait étonnant que le juge Leblond inflige à l'ex-p.-d.g. de Norbourg une peine plus sévère que celle qu'il encourrait en vertu, cette fois, des dispositions du Code criminel.
Des poursuites criminelles devraient être engagées contre Vincent Lacroix. Elles serviraient à montrer qu'un crime économique n'est pas un simple délit, mais un crime tout aussi grave qu'un vol à main armée. Cela, les victimes de Lacroix le savent et le ressentent fort bien. La Gendarmerie royale du Canada a entrepris une enquête parallèle à celle de l'AMF qui ne semble pas aboutir. Vingt-huit mois après le début de l'affaire Norbourg, ce corps de police est totalement muet, tout comme il l'est dans d'autres causes de même nature. Pensons ici aux poursuites qui ne viennent toujours pas contre les participants au scandale des commandites. Choquant!
Beaucoup de reproches ont été faits à l'AMF pour n'avoir pas agi de façon préventive dans ce scandale. La conclusion de ce procès redorera quelque peu son blason puisqu'elle y a présenté une preuve magistrale. Il lui appartient maintenant de déployer tous les efforts possibles pour que les investisseurs floués retrouvent au moins une partie de leur argent. Des recours collectifs ont été entrepris qui dureront des années, sans garantie de résultats. N'y aurait-il pas une autre voie à suivre pour compenser ne serait-ce qu'en partie ces victimes?
Parmi les leçons à tirer de l'affaire Norbourg, il y a certainement la nécessité de mettre en place un mécanisme de protection. Le nombre d'épargnants détenant des fonds de placement n'a cessé de croître. Ils sont devenus des produits de consommation au même titre que bien d'autres. Les agences de voyage assurent les voyageurs contre les fraudes et les faillites. Pourquoi les sociétés de gestion de fonds collectifs ne feraient-elles pas de même? Ce ne sont pas les moyens qui leur manquent.
La multiplication des scandales financiers illustre la nécessité d'assurer une surveillance accrue pour protéger les épargnants. Le gouvernement du Québec déposera prochainement un projet de loi qui visera à renforcer les pouvoirs de l'AMF et à donner plus de mordant aux mécanismes de dissuasion. Tant mieux! Mais il ne s'agit pas tant de faire peur aux fraudeurs que de s'assurer que tous les intervenants du monde des placements arrivent à se concerter autour d'un seul objectif, celui de bien servir les intérêts des épargnants.
bdescoteaux@ledevoir.com
Vos réactions
Exemplaire? - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le mercredi 12 décembre 2007 17:00
Une autre farce monumentale - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 12 décembre 2007 15:00
@ M. Jacques Noel - par Gilles Bousquet
Le mercredi 12 décembre 2007 13:00
Ce n'est pas chez les pauvres... - par Fernand Turbide
Le mercredi 12 décembre 2007 11:00
255 ans de prison? - par jacques noel
Le mercredi 12 décembre 2007 08:00
Lumière rouge - par Gilles Bousquet
Le mercredi 12 décembre 2007 03:00

