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Une stratégie électoraliste?

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Gabriel RACLE
Envoyé Le mardi 11 décembre 2007 09:00



S'il est une qualité que l'on ne peut dénier à Stephen Harper, c'est celle d'être un fin stratège et de manoeuvrer habilement pour tirer la couverture à soi ou pour tirer les marrons du feu (au sens moderne de l'expression, à savoir, parvenir à tirer avantage (les marrons), pour son compte personnel, d'une situation difficile (le feu), selon l'expression que l'on préfère. Ce qui est le cas actuel, avec la conférence de Bali et l'environnement.

S. Harper n'ignore pas que les jours de l'administration Bush sont comptés et que son remplacement par une administration démocrate risque de changer le cours des choses, c'est-à-dire la politique négativiste concernant l'environnement. Il vient d'ailleurs d'en avoir en exemple cuisant en perdant son allié australien, lors des élections qui viennent de se tenir dans ce pays. Le nouveau premier ministre s'est empressé de signer le Protocole de Kyoto et de participer à la rédaction de la déclaration finale de la conférence, avec l'Indonésie et l'Australie.

La question qui se pose est donc la suivante : Quel objectif poursuit S. Harper en suivant les États-Unis dans leur opposition à l'établissement d'objectifs chiffrés et en plaçant le Canada dans une triste position sur le plan international, comme un empêcheur de tourner en rond, dans un rôle de «marionnette américaine». La réponse est peut-être à chercher à l'interne, en analysant la façon dont le Premier ministre agit et réagit sur le plan de la politique intérieure. Son objectif majeur paraît assez clairement de gagner les prochaines élections et de former un gouvernement majoritaire, qui lui permettra d'imposer ses vues et ses idées sans obstacles sur sa route.

Je me suis déjà expliqué sur ce sujet dans Le Devoir.com dans un texte intitulé « Un grand maître de la psychopolitique? », le 3 mai 2006. Je m'efforçais de dégager, en quelques lignes, l'ensemble du programme politique de S. Harper. J'en extrais cette citation : «Ma réaction à l'article « Entente à l'arraché sur le bois d'oeuvre » (Le Devoir, 28 avril) s'intitulait « Une stratégie bien rôdée ». J'y indiquais que l'objectif de S. Harper était « tout simplement de gagner les prochaines élections et de former un gouvernement majoritaire lui donnant les mains libres pour mettre en oeuvre tous les éléments de son programme qui pour l'instant restent dans l'ombre ». Et pour ce faire, il prenait un certain nombre de mesures ayant un effet psychologique sur un électorat potentiel. » Cette citation donne la saveur de l'analyse que je proposais.

On pourrait la compléter par les stratégies utilisées par le Premier ministre pour décrédibiliser le chef du parti libéral, Stéphane Dion, en l'obligeant à avaler les couleuvres de son budget et de son « mini-budget » récent. Or, reconnaît à M. Dion sa compétence en matière d'environnement. L'affaiblir est donc utile dans une perspective électorale. Or, pour gagner ses élections, S. Harper a besoin d'un solide appui dans l'Ouest, où se trouve la plus grande source de pollution, avec les sables bitumineux. Ses positions molles n'ont pas de quoi inquiéter de ce côté. Avec ces mêmes positions, il peut faire valoir qu'il défend les activités industrielles de l'Ontario et donc des emplois. Il faudrait faire une analyse plus fine, mais en s'alignant sur les positions de Bush, S. Harper cherche certainement à se gagner un électorat plus sensible à son gagne-pain immédiat qu'à l'avenir de la planète. Et comme une nouvelle administration étatsunienne n'aura probablement pas le temps d'agir efficacement et ouvertement avant les élections fédérales canadiennes, S. Harper peut tenter de jouer sa carte. Reste qu'il joue sur une corde raide, car il aura du mal à convaincre les électeurs québécois de son action efficace en matière d'environnement, même en recherchant l'alliance de l'ADQ. Mais que va-t-il encore sortir de son chapeau d'ici le déclenchement des élections fédérales? Bien malin qui peut le prévoir.

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