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Mettre les voiles...
« Sous d'autres couleurs moins belles que ces simples voiles, où le corps se dessine encore, la passion s'offre dans les villes, et souvent si laide, si répugnante-la passion vorace qui veut la vie, qui veut perpétuer la vie par tous les recommencements. Plus haut, plus loin, sous les apparences de l'esprit, sous les sourires les mieux étudiés, dan les salons les plus corrects, comme ici près de la fontaine du désert, se trahira encore la violence d'un appétit qui enflamme les yeux, qui altère la voix, qui fait passer une ombre blanche sur les lèvres frémissantes... » C'était hier, encore aujourd'hui, ce jeu érotique nous vient de l'Islam. Eux, dans le quotidien de la vie, dans la justice et l'injustice des rapports humains, la sensualité se pare de mille formes. Nous, dans les cinémas clos ou les images de magazine (c'est arabe makhâzin, « dépôts », « bureaux »), dans les sites web pornographiques (mais là c'est grec, tiens donc?), dans les pubs, chez les jeunes filles pré-pubères croisées par centaine dans nos rues. De ces jeunes filles libérées de l'Occident qui n'ont pas « l'éclair d'un brusque sourire, où éclate librement l'ardeur des sens. » ni « une ombre blanche sur les lèvres frémissantes...»
On nous parle de voile à savoir si c'est démocratique ou non? On veut s'autoriser de son ignorance qui fait violence à autrui : « Le bâtonnier n'a rien dit sur le foulard, féministe ou pas. » Le bâton nie ou non, reste à attendre la réponse. Avons-nous si peur de l'étrangeté à ce point et allons-nous devoir étouffer toutes traditions millénaires sous prétexte que la modernité met tout le monde, comme à l'armée comme dans les marchés, sous le même signe? Égalité, dit-on, non? Un verre de vin par jour pour les femmes, deux pour les hommes. Les femmes musulmanes peut-être sont-elles trop réelles sous le voile; les femmes occidentales peut-être ne sont-elles pas si réelles dans la représentation que l'on veut d'elles? Il est à remarquer que les femmes occidentales sont devenues une image avant tout (comme la Vierge Marie ou Marie couche-toi là), avant d'être une réalité, nue, dans notre lit. C'est l'image d'elle que nous aimons non leur réalité. Pour sur que dans ce sens le voile dérange comme s'il n'y avait plus de réalité, ni de vérité, à dévoiler.
