Opinion

Guignolée et précarité

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Nadia Fahmy-Eid, Historienne

Édition du mardi 11 décembre 2007

Mots clés : Françoise David, guignolée, Festival et fête, Pauvreté, Québec (province)

Je veux remercier Françoise David pour cet article publié récemment dans Le Devoir et intitulé À la veille des guignolées: «eux» et «nous». À la veille de Noël, Mme David nous rappelle que les guignolées, si utiles soient-elles, ont une portée plutôt limitée. Trop limitée pour contribuer à nous donner bonne conscience devant les graves problèmes de pauvreté qui affectent notre société.

Événement haut en couleur, aux allures festives et surtout bien médiatisé, la guignolée a certes l'avantage d'attirer notre attention sur le sort des individus et des groupes sociaux les plus démunis dans notre société dite d'abondance. Mais dans ce cas comme dans bien d'autres, l'arbre risque de cacher la forêt! Le don d'un panier rempli de victuailles, offert une fois l'an aux personnes qui vivent la pauvreté, ne peut nous faire oublier que, durant les 364 autres jours de l'année, les problèmes de pénurie alimentaire auxquels ces mêmes personnes font face ne sont pas réglés pour autant.

Ce que Mme David nous rappelle, avec raison, c'est que chaque panier de la guignolée, même le mieux garni, demeure au fond un cadeau précaire et, dans une certaine mesure, illusoire. Au fond, il y manque certains éléments essentiels, que l'on pourrait qualifier de biens à caractère durable -- du même ordre que le développement durable que visent désormais nos sociétés.

Quelle pauvreté?

Ces éléments devraient être constitués surtout de politiques et de mesures sociales adéquates destinées à lutter sérieusement contre la pauvreté, celle-là qui continue à sévir dans nos sociétés riches. Pauvreté des familles et des individus dits «bénéficiaires» des prestations de la sécurité du revenu; «sécurité» et «bénéfices» tellement limités qu'ils contribuent à maintenir dans un état de dénuement et d'insécurité permanente nos concitoyens qui sont censés en bénéficier.

Pauvreté des familles monoparentales, à la tête desquelles on retrouve le plus souvent des femmes, et pour lesquelles l'aide étatique reste très limitée. Pauvreté de certains groupes d'aînés dont les maigres revenus n'arrivent pas à leur assurer un niveau de vie décent et à qui nos gouvernants n'ont pas grand-chose de plus à offrir. Enfin, pauvreté moins déclarée, mais tout aussi réelle, des travailleurs (le plus souvent non syndiqués) qui doivent compter uniquement sur un salaire minimum nettement insuffisant, encore plus s'ils ont plusieurs personnes à charge (comme c'est le cas d'un grand nombre de travailleurs immigrés).

Or, il est certain qu'à partir de lois et de programmes sociaux plus adéquats, on pourrait lutter plus efficacement qu'on ne l'a fait jusqu'ici contre ces multiples formes de pauvreté. Mais il faudra collectivement accepter, bien sûr, d'y mettre le prix. Un prix certes plus élevé que celui que nous y avons mis jusqu'ici. Et, disons-le tout de suite, il ne s'agit pas là de visions utopiques, irréalistes, élaborées par quelques doux rêveurs qui se trouvent à croire encore au père Noël.

Après tout, il y a des sociétés scandinaves qui se sont engagées dans cette voie de lutte contre la pauvreté depuis plusieurs décennies. Il y a, plus près de nous encore du point de vue de la culture et du niveau de vie, l'exemple de la société française actuelle dont les politiques sociales sont depuis longtemps plus généreuses que les nôtres.

Toutefois, le projet de société évoqué ici suppose qu'à Québec, comme à Ottawa, nous accordions notre confiance aux partis politiques qui se disent prêts à s'engager dans cette voie d'équité et de solidarité et non à ceux qui ne trouvent rien de mieux à nous proposer que la promesse stérile de futures réductions d'impôts. Pour ces derniers, les guignolées demeureront toujours un objectif suffisant.


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