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Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Envoyé Le lundi 10 décembre 2007 10:00



« Tous les morts, c'est terrible, mais on s'habitue », c'est comme un difficile médicament à avaler, c'est terrible mais on s'habitue aussi. Je ne peux m' « habituer » à de telle phrase. Combien même cela est dit par une « grande » reporter. C'est plus qu'une question de dignité, c'est une question d'humanité. On ne peut s'habituer à la mort, c'est pourquoi dans nos sociétés occidentales, elle est si évacuée, invisible. On ne sait plus si quelqu'un meurt de nos jours. Les corbillards sont comme les voitures des stars ou des politiques avec des vitres fumées et bien sombres. La mort est impudique dans nos parages plus que le sexe. En 10 ans de guerre en Algérie avec des morts et des bombes quotidiennes comme des prières, je n'ai jamais pu m'habituer. Une cinquantaine d'années plus tard, j'y pense même plus, ça pense et ça vit en moi tel un cauchemar irréversible. Un gros bruit et me voilà presque parterre à mettre mon épouse en-dessous mes bras. Un cri et pleurs d'enfant me font sentir des larmes glisser le long de mes joues. La guerre offre des cicatrices qui se ferment si mal. Il n'ya pas d'onguent pour la guérison.
Je trouve si indécent les professionnels des médias même s'ils sont sincères de nous parler ainsi. Comme si, mine de rien, ils étaient heureux, voire contents, de devenir les héros du stylo plutôt que de la gâchette d'un fusil. On disait bien mitrailler avec une caméra, non? Au cours de la guerre libanaise/Israélienne, je n'ai jamais eu besoin de ce « grands » reporters qui « s'habituent » pour savoir ce qui s'y passait parce que nous avions la chance de voir des blogues de jeunes adolescents des deux pays qui se parlaient avec peur, effroi mais aussi espoir de ce que faisaient leurs parents dans leur pratique de la haine. Nous ne sommes plus dans l'univers des vrais et grands reporters de la grande époque Indochinoise, Viêt-Nam, 1939-1945 etc. Désormais, le vent de la planète avec son odeur pestilentielle mortelle passe par le web non seulement dans les journaux où on « s'habitue ».
Les « grands » reporter devraient méditer sur que qu'écrivit le poète 'Abdallâh bin 'Anama al-Dabî face à la ruine, celle dont on ne peut s'habituer, celle de la véritable déréliction :
« Quand je vis la demeure désertée, je n'en eus
Pour réponse que l'exil et les cendres.
Ne restent que traces des demeures,
Comme si L'ENCRE AVAIT FAIT RETOUR À L'ENCRIER. »
Il devient urgent d'envisager une manière de lutter contre la dépossession de l'être même de l'homme pour ne jamais « s'habituer » à l'insoutenable.

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