Climat: optimisme prudent à Bali
Mots clés : environnement, protocole de Kyoto, conférence de Bali, Changements climatiques, Climat, Canada (Pays), Indonésie (pays)
Plusieurs dossiers progressent et l'après-2012 prend forme

Photo: Agence Reuters
Le ministre canadien de l'Environnement, John Baird, fera d'ailleurs partie du groupe. Il s'est envolé hier pour Bali, en avance sur plusieurs de ses collègues, sans doute pour contrer la mauvaise publicité que lui font les écologistes et la présence du chef de l'opposition et ancien président de la conférence de Montréal sur le climat, Stéphane Dion.
En conférence de presse, Yvo de Boer a dit espérer que les plénipotentiaires des différents pays «vont chercher à élaborer une entente qui définira les grandes lignes d'un futur pacte international sur le climat». L'allusion visait assez clairement le cartel de la résistance, États-Unis-Japon-Canada, qui tente de saborder les efforts de l'Europe pour mobiliser le reste de la communauté internationale derrière un pacte destiné à stopper à 2 degrés centigrades la hausse du climat durant le présent siècle, pour éviter qu'il ne devienne carrément hors de contrôle.
Pour y arriver, a-t-il précisé, un comité «restreint» de ministres représentatifs des forces politiques et économiques en présence devrait être constitué cette semaine pour se saisir du premier projet d'accord, élaboré au cours de la dernière semaine par les hauts fonctionnaires qui ont précédé les ministériels. Ce texte, loin d'être définitif, contient entre parenthèses toutes les propositions, les alternatives et les grands choix présentement sur la table.
C'est le texte de base qui devrait être l'objet des pourparlers formels à compter de ce matin au sein du Ad Hoc Working Group (AHWD), la principale table de négociation où s'élabore ce qu'on appelle déjà le «mandat de Bali», s'il finit par voir le jour.
Yvo de Boer et les grands groupes écologistes présents à Bali ne s'attendent pas à ce que les 192 pays qui ont ratifié la Convention sur les changements climatiques et les 176 qui ont ratifié le protocole de Kyoto se donnent d'ici vendredi des objectifs de réduction de leurs gaz à effet de serre (GES) pour la période 2012-2020.
Cette conférence, de l'avis général, constituera un véritable succès si elle détermine un processus de négociation fonctionnel, susceptible d'ici la fin de 2009 d'accoucher d'une stratégie internationale de lutte contre les changements climatiques, qui prendrait le relais des objectifs de réduction de la première phase du protocole de Kyoto.
Cette première phase (2008-12) ne contraint à des réductions réglementaires que les 36 pays industrialisés de l'annexe B du protocole. Les émissions historiques de ces pays expliquent l'essentiel de la hausse de la concentration du carbone atmosphérique, laquelle provoque le réchauffement en cours.
Le principal enjeu de la négociation de Bali consiste précisément à créer un cadre général pour que ces pourparlers accouchent d'une deuxième phase de réductions (2012-2020) qui impliquerait aussi, quoique de manière différente, les pays émergents ou en développement. D'autres pays devront dévoiler leurs couleurs, comme les États-Unis qui sont responsables de plus du tiers des concentrations de carbone atmosphérique mais qui boudent toujours l'effort international avec le Canada dans leur sillage.
D'autres enjeux
L'état-major de l'ONU craint de voir les négociations s'enliser à ce stade-ci dans des modalités techniques.
Ainsi, certains pays proposent d'élaborer des normes internationales de réduction, applicables à tous, selon des échéanciers variables dans le temps, comme dans le cas du protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone. D'autres maintiennent qu'il est plus souple de s'en tenir à des objectifs nationaux, qui tiennent compte des particularités de chacun.
Pour Yvo de Boer, il s'agit de questions prématurées, qu'il faut reléguer à la fin des pourparlers, l'essentiel étant de réaliser des progrès concrets dans les dossiers déjà sur la table.
En effet, la rencontre de Bali, qui réunit dans la capitale indonésienne plus de 10 000 personnes, dont des milliers de représentants de groupes écologistes, approfondit plusieurs dossiers sur lesquels des progrès réels auraient été accomplis au cours des derniers jours, selon le patron de la lutte contre le réchauffement.
Ainsi, Yvo de Boer a-t-il fait état hier de «progrès» dans le dossier de l'«adaptation» aux changements climatiques, dans celui des transferts technologiques et dans la «capacité de réponse» aux perturbations du climat. Pour les plus petits pays en développement, les programmes onusiens permettant de développer une capacité de réponse à la brusquerie et à l'intensité des changements en vue -- on pense par exemple aux inondations et aux tornades de plus en plus fréquentes et dévastatrices -- constituent l'unique bouée à court terme d'un problème dont ils ne sont pas responsables.
Pour l'ONU, la protection des forêts primaires, que l'on coupe dans l'hémisphère Sud autant qu'en forêt boréale canadienne, constitue une double priorité. Ces coupes systématiques libèrent d'importantes quantités de carbone. Par contre, non seulement la protection de ces forêts sera bénéfique pour la planète, mais elle pourrait aussi rapporter des investissements importants de la part des pays occidentaux, qui pourraient financer la protection de ces forêts par l'achat de crédits d'émissions ou financer la modernisation industrielle de ces mêmes pays par des transferts technologiques et des investissements majeurs.
Selon Yvo de Boer, «la nécessité d'offrir aux pays en développement des incitatifs pour générer des réductions d'émissions constitue un impératif incontournable pour eux, tout autant que la reconnaissance de leur rôle actuel» dans la lutte contre le réchauffement. Le financement de ces aides va cependant constituer un défi que la conférence de Bali n'a pas encore abordé vraiment, faute de temps, a-t-il dit.
Obstacles à la négociation
Pour Yvo de Boer, le principal défi de la conférence repose néanmoins sur «des discussions substantielles sur les objectifs et principes qui doivent encadrer les discussions après Bali».
Ces pourparlers, a-t-il affirmé, sont déjà bien orientés par l'accord de principe intervenu plus tôt cette année avec plusieurs pays industrialisés en vue de préparer Bali. On y a évoqué la nécessité de réduire de 25 à 40 % les émissions de GES des pays industrialisés d'ici 2020 pour contenir la hausse du climat à 2 degrés centigrades.
La Chine, l'Inde et le Brésil accepteraient vraisemblablement de discuter de modes moins contraignants de réductions si les pays occidentaux, États-Unis en tête, acceptaient de s'engager à fond dans des réductions contraignantes substantielles. Mais les États-Unis ne semblent pas prêts à s'engager dans cette voie, du moins tant que l'administration Bush occupera la Maison-Blanche, ce qui pourrait en inciter plusieurs à retarder la véritable négociation après le changement de garde prévu à la Maison-Blanche, tout comme cela vient de se produire en Australie, qui vient de se joindre à l'effort international après avoir boudé pendant des années le protocole de Kyoto.
Le Canada dit qu'il n'acceptera aucun objectif contraignant si Washington et Pékin n'en font pas autant. Mais d'ici un an, le Canada pourrait bien devenir le seul pays de la planète à bouder l'effort international, ce qui réduirait à néant le peu de réputation qui lui reste en matière d'environnement depuis qu'il a fait avorter la conférence de Carthagène sur les OGM et qu'il refuse de signer le protocole finalement arraché malgré son opposition. Quant au Japon, qui craint de voir ses principaux concurrents bénéficier de règles moins sévères, il aligne pour l'instant sa position sur la leur.
L'existence de deux voies de négociation parallèles réduit aussi l'efficacité des pourparlers.
Les 36 pays de l'annexe B du protocole de Kyoto doivent en principe jeter à Bali les bases du prolongement de la période de réductions au sein du «Ad Hoc Working Group» et conclure leurs discussions avant la fin de 2009. Mais les 140 autres signataires du protocole peuvent faire aboutir leur réflexion un an plus tard, une position dont la Chine ne démord pas. Les pays émergents peuvent ainsi attendre de voir ce que les pays industrialisés vont se donner comme fardeau de réductions avant de s'impliquer eux-mêmes dans la bataille du climat.
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