Cinéma - Un autre mariage poids moyen
Mots clés : Noah Baumbach, Margot at the Wedding, Cinéma, Culture, États-Unis (pays)

Margot at the Wedding
Réalisation et scénario: Noah Baumbach. Avec Nicole Kidman, Jennifer Jason Leigh, Jack Black. Image: Harris Savides. Montage: Carol Littleton. États-Unis, 2007, 91 min.
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Margot (Nicole Kidman) s'était pourtant promis d'être irréprochable au mariage de sa soeur Pauline (Jennifer Jason Leigh). Elles ne se parlaient plus depuis un an, mais l'annonce de l'événement a forcé Margot à enterrer la hache de guerre, une guerre dont les motifs demeureront inexpliqués. Elle revient dans la maison familiale, bien loin de Manhattan, là où Pauline vit en compagnie de son futur époux, Malcolm (Jack Black), un glandeur professionnel. Accompagné de son fils Claude (Zane Pais) et ayant volontairement laissé son mari (John Turturro) à la maison, l'écrivaine new-yorkaise ne peut s'empêcher de porter un jugement sévère sur celui qui entrera officiellement dans la famille.
Les retrouvailles donnent d'abord lieu à des effusions de joie, grâce au vin blanc et à quelques pétards, mais les rancoeurs d'autrefois ne tardent pas à refaire surface. Celles-ci sont souvent noyées dans une foule de petits drames du quotidien que Baumbach a le talent de collectionner, et qui semblent surgir de son journal intime et non d'un quelconque manuel de scénarisation. D'une expédition risquée au sommet d'un arbre à des chicanes de voisinage dignes d'une tragédie grecque, les familles dysfonctionnelles en mal de prétextes pour de nouvelles disputes trouveront ici matière à inspiration.
Ce portrait cruel, où l'on cause sexualité sans se censurer devant des adolescents qui ne pensent qu'à ça, donne l'impression d'être filmé par le trou de la serrure. Aucun personnage n'est particulièrement sympathique; on semble même s'efforcer de paraître sous son plus mauvais jour. À ce jeu, personne ne réussit aussi bien que l'épatante Jennifer Jason Leigh, capable d'éclipser une star quelque peu plastifiée comme Nicole Kidman ou de donner plus de talent qu'il n'en possède à un cabotin sans charisme comme Jack Black.
Cette authenticité, farouchement cultivée par Noah Baum-bach d'un film à l'autre, ne nous préserve pas d'un manque d'enthousiasme à adhérer à ce petit monde d'intellos névrosés, ou de péquenots qui rêvent de changer de caste. Le film donne parfois l'impression d'un miroir déformant à cause de sa facture brouillonne et fébrile, celle d'un vieux film de famille à la pellicule rayée. D'autres y verront le triste spectacle d'une race à laquelle ils sont fiers de ne pas appartenir, tandis que les groupies et les disciples de Chanel suivront sans conditions Nicole Kidman, dont la présence symbolise toute la schizophrénie du cinéma indépendant américain actuel: faire des grimaces à Hollywood tout en jouant dans leur cour pour y piquer quelques stars en mal de substances... «auteuristes». Tant mieux si plusieurs s'aventurent sur les sentiers escarpés de Noah Baumbach grâce à sa présence mais, aussi prestigieuse soit-elle, une liste d'invités n'est pas tout dans le succès d'un mariage.
Collaborateur du Devoir
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