Les fonds angoissants

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Serge Truffaut
Édition du lundi 10 décembre 2007

Mots clés : finances, pétrole, subprimes, Économie, États-Unis (pays)

C'est un secret de Polichinelle que les argentiers des nations industrialisées sont quelque peu angoissés par la dégringolade des subprimes. À cette mésaventure financière vient de se greffer un tracas. Son nom? Les fonds souverains. Soit ces entités créées par des États, notamment les producteurs de pétrole, pour acheter des millions et des millions d'actions de compagnies et non plus les classiques bons du Trésor, notamment américains. Cette mutation financière inquiète passablement.

Durant des décennies, les personnes chargées de la gestion des pétrodollars ou des surplus monétaires de nations privilégiant une administration janséniste de l'économie, on pense à Singapour, accordaient une place prépondérante aux obligations des États, surtout celles imprimées à Washington. Entre autres conséquences, cette affection pour les titres américains favorisait le maintien de la valeur du dollar quand elle ne la dopait pas. C'est à retenir, cette affection n'est plus en vogue.

Ce détournement d'attention s'explique par un appétit plus prononcé pour des rendements plus élevés que ceux inhérents aux bons du trésor. En effet, les forts en thème de l'économie ont constaté qu'au cours des récentes années, les fonds souverains étaient plus enclins que jamais à acquérir des paquets d'actions. Leur sphère de prédilection? Les banques.

Tour récemment, cette évolution des moeurs s'est conjuguée avec le spectaculaire lorsque la caisse d'Abou Dhabi est venue à la rescousse de Citigroup. Dans les mois qui viennent, cet émirat du golfe Persique détiendra davantage de droits de vote de Citigroup que quiconque. Au cours de l'année écoulée, les divers émirats qui forment les Émirats arabes unis ont investi dans Airbus, la première banque d'Afrique du sud, dans l'immobilier à Londres, New York et Paris en plus de devenir propriétaire du London Stock Exchange en association avec un autre émirat.

Lorsqu'on fait l'addition des titres acquis par les souverains, on constate que la somme de leurs actifs sous gestion est désormais supérieure à celle des... fonds d'investissement! C'est dire combien ils sont montés en puissance au cours des deux dernières années. C'est d'ailleurs cela qui dérange certains acteurs économiques et surtout certains responsables politiques. On s'explique.

Grosso modo, ces fonds souverains se divisent en deux catégories. Il y a ceux qui, comme celui d'Abou Dhabi, n'hésitent pas à être actionnaire majoritaire ou actionnaire de référence. Dans le cas de Singapour, c'est bien simple: l'objectif est d'être toujours majoritaire. Puis il y a ceux qui, à l'instar de la Norvège, veulent demeurer minoritaires afin de ménager justement les susceptibilités des gouvernants.

Toujours est-il que ce remue-ménage financier dérange. À tel point qu'au cours du mois d'octobre, les ministres des Finances du G7, et non du G8, ont éprouvé le besoin de rencontrer les patrons des fonds souverains afin que leurs intentions soient précisées. Car il est vrai que ces institutions cultivent le secret pour tout ce qui a trait à leurs diverses activités. Qui plus est, certaines d'entre elles s'immiscent, moyennant débours évidemment, dans des compagnies dont les activités sont jugées délicates ou stratégiques. On pense notamment aux technologies.

Quoi d'autre? Quelques-uns de ces fonds s'intéressant de plus en plus, et c'est tout à fait normal, aux économies émergentes comme le Brésil, on craint à Washington que la déviation des investissements que cela suppose n'entame davantage la valeur du dollar. Et qu'après coup, les États-Unis soient dans l'obligation de redoubler d'efforts pour importer davantage de capitaux.

Ce qui agace les Occidentaux, les États-Unis au premier chef, énerve au plus haut point un pays en particulier: la Chine. Échaudée par la vive réaction du Congrès américain lorsqu'elle avait envisagé l'acquisition de la majorité des titres de la pétrolière Unocal, la Chine fait bien attention à ne pas aiguiser le réflexe protectionniste des Américains, par ailleurs beaucoup plus marqué que ne veulent l'admettre les adeptes du néolibéralisme. Selon les Chinois, les Américains n'ont qu'eux à blâmer. Leur argument? Leur indiscipline budgétaire.

En l'état actuel des choses financières, il faut s'attendre à ce que les partisans d'une réglementation visant à limiter le rôle des fonds souverains montent de plus en plus fréquemment au créneau. Après avoir louangé les vertus de la main invisible, voilà qu'ils souhaitent le recours à la manière forte. Paradoxal.


Vos réactions


Les convictions profondes de M.Truffaut... Le devoir est-il rendu à droite - par Michel Leclaire (leclaire.michel@sympatico.ca)
Le lundi 10 décembre 2007 08:00

Pas paradoxal. - par Mario Tremblay
Le lundi 10 décembre 2007 08:00

Après Chavez... De retour en terre connue. - par Normand Desjardins
Le lundi 10 décembre 2007 01:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com