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L'Âge des poutres
N'en déplaise à la kyrielle des critiques qui ont démoli le film et le réalisateur. «Film de trop», a-t-on pu lire en France. Film décousu dans Le Devoir de ce week-end!
M'a fait penser à Fellini pour la magie. Écriture fine. Labrecque est épouvantable! Quel acteur de toutes les gammes. Les actrices sont belles. On rit. On pleure. On pense. La critique sociale est à double sens. Images du Bas-du-Fleuve touchantes. Scène d'une pomme pelée si lentement au milieu du trafic de l'enfer quotidien.
Jean-Marc nous dit, en effet, que nous vivons un temps de désintégration. Je n'estime pas que ce propos rejoint la droite «lucide». Façon de dire autrement que nous sommes au coton dans la Belle Province! Il y a bien une sclérose, une amiantose, quelque chose qui cloche du côté du droit administratif, là où s'exerce le pouvoir discrétionnaire des fonctionnaires. Les fonctionnaires, policiers, professeurs, médecins compris, ou simples commis et agents, s'occupent de la prunelle de nos yeux, comme le dit Michel Chartrand, c'est-à-dire nos enfants, nos vieux parents.
Mais on rogne. Ou bien on niaise avec du feng shui pour remonter le moral des troupes!
Depuis la tache à Thatcher, le pouvoir politique en Occident trouve que l'État libéral a trop de gras. Et puis à gauche, qu'est-ce que l'on propose de radicalement populaire? Plus d'État pour le bien commun?
Nous avons tous une vie trop compliquée pour les dirigeants «socio-économiques», ces «efficaces» champions de l'endormitoire politique, ces conservateurs imbéciles qui «livrent la marchandise», mais à qui? Pour qui? Pourquoi? Pour faire rouler l'économie, chantait Dédé!
Les solutions ne viendront peut-être pas de la politique. Ça me semble être un élément de réflexion et de désillusion persistant chez Denys Arcand.
Ma blonde aussi a adoré ce film. Plus que Les invasions barbares. Des spectateurs ont applaudi après la séance! Je ne vois pas cela souvent.
Ce film n'est peut-être pas parti pour gagner un Oscar. On s'en fout! Il a une facture à la fois très moderne et «trop» québécoise. On ne demande pas non plus au meilleur réalisateur québécois de frapper des grands chelem à tous les coups. Qu'il veille seulement au grain!
Il nous montre un jardin où une tête blanche n'est pas emmurée à l'hospice... Arcand se sali les mains et pousse une brouette de paille. C'est nécessaire, la paille, pour renchausser. L'hiver viendra. Le printemps vaincra imperceptiblement! Enfin, peut-être bien.
