Une fièvre raciste sévit en ex-RDA

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

AFP
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 décembre 2007

Mots clés : extrémisme, xénophobie, Racisme, Allemagne (Pays)

L'Allemagne est impuissante à y enrayer la xénophobie

Berlin -- Confrontées à une nouvelle vague d'agressions racistes en ex-RDA, les autorités allemandes semblent depuis la réunification impuissantes à endiguer la xénophobie ancrée dans l'est déshérité du pays.

Les insultes racistes sont si fréquentes en ex-RDA que les associations de terrain les considèrent comme une quasi-fatalité, contre laquelle des guides touristiques mettent en garde leurs lecteurs. Mais la situation s'est aggravée cette année. Les agressions physiques se sont multipliées dans cette partie de l'Allemagne où s'enracine désormais une extrême droite radicale représentée dans deux parlements régionaux par le parti néo-nazi NPD, et qui a ses réseaux culturels au sein de la jeunesse.

«Nous avons l'extrémisme de droite le plus violent d'Europe de l'Ouest», déplore le politologue Hajo Funke.

À Magdebourg, où deux Africains ont été molestés le week-end dernier, «on a en moyenne trois agressions par semaine et en général ça touche des étrangers», souligne le Groupe mobile de soutien aux victimes. Des victimes libanaises, vietnamiennes, afghanes. Des Indiens pourchassés en marge d'une fête populaire à Mügeln. La liste s'allonge, traduisant une poussée de fièvre raciste comme l'ex-RDA en a déjà connues plusieurs depuis la réunification.

La première, dès 1990. Puis une autre poussée à la fin des années 1990. Le chancelier Gerhard Schröder avait alors appelé au «soulèvement des gens bien», invitant la population à faire preuve de «courage civique». Des fonds ont été débloqués tous azimuts pour des programmes sociaux.

«De 2000 à 2003, il y a eu une amélioration, mais la pression est ensuite retombée et depuis 2004, c'est reparti à la hausse», déplore Hajo Funke.

«Depuis la réunification, il y a eu en Allemagne plus de 150 morts liés à des violences racistes et plus de 15 000 actes violents au total», avec un record en 2006, constate-t-il. Des agressions xénophobes ont aussi lieu dans l'ouest, mais le phénomène est bien plus grave en ex-RDA.

Les causes sont multiples, jugent les spécialistes. D'abord, «les déceptions économiques et sociales» de l'après-réunification, souligne Hajo Funke. Le chômage, deux fois plus élevé qu'à l'ouest, alimente la frustration d'une jeunesse désoeuvrée. Autre cause: le dépeuplement qui vide l'ex-RDA de ses élites et crée «une homogénéisation sociale et mentale», selon le sociologue Wilhelm Heitmeyer. Mais aussi le débat enflammé sur l'afflux de demandeurs d'asile qui a ouvert la porte à des amalgames. Ou encore l'héritage d'une RDA isolée, coupée des autres cultures.

«L'autoritarisme, l'antipluralisme, la pensée ami/ennemi sont restés après 1989 dans les mentalités», fournissant un terreau fertile aux idées d'extrême droite, relève le politologue Armin Pfahl-Traughber. «On trouve en ex-RDA une certaine paranoïa autoritaire, comme envers les juifs dans les années 20», renchérit Hajo Funke, alors même que l'est compte nettement moins d'étrangers que l'ouest.

L'État fédéral injecte désormais 24 millions d'euros par an pour des projets de lutte contre l'extrême droite. Pourtant, selon une étude de l'Université de Leipzig (est) publiée fin 2006, un quart des Allemands continuent d'avoir des préjugés xénophobes.

On trouve en RDA des séminaires «d'encouragement au courage civique». Des éducateurs font le tour des écoles. Mais pour Wilhelm Heitmeyer, «il faut que les élites locales se mobilisent: le directeur de la compagnie de bus, le pharmacien... Car la politique ne suffira pas.»

«Tant que la population trouvera légitime de faire des blagues sur les étrangers, cela

restera un problème de société, qu'on ne changera pas avec un programme de subventions», estimait récemment Jens Bullerjahn (SPD), vice-chef du gouvernement régional de Saxe-Anhalt.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com