Opinion
Au-delà de la charité... la justice
Mots clés : Noël, Justice, Pauvreté, Québec (province)
La fête de Noël approche et avec elle se multiplient les guignolées et collectes d'argent en faveur des plus démunis. D'année en année, ces événements témoignent d'un élan de générosité, mais surtout de la persistance de la pauvreté chez nous. Malgré l'adoption de déclarations, voire même d'une loi proposant l'élimination de la pauvreté, cette situation demeure le lot quotidien d'une part importante de la population et l'on constate que l'écart entre riches et pauvres ne cesse de croître.
La pauvreté est construite, elle résulte de décisions prises ou d'absence de décisions de la part de nos gouvernements, de nos entreprises, de nos institutions.
En 1989, la Chambre des communes adoptait à l'unanimité une résolution stipulant que la pauvreté des enfants serait chose du passé en 2000. Et depuis 1991, le Canada et le Québec ont connu, sans interruption, une période de prospérité. Pourtant, encore aujourd'hui, un enfant sur six vit dans la pauvreté. Ses parents vivent dans la pauvreté, principalement les jeunes familles monoparentales sous la responsabilité de femmes, qui sont de surcroît souvent victimes de violence et de discrimination.
Le gouvernement fédéral croule sous les milliards d'excédents budgétaires mais, une fois de plus, le récent énoncé budgétaire du ministre des Finances exclut tout apport significatif additionnel pour soutenir la construction de logements sociaux, les programmes d'intervention sociale en matière d'itinérance ou toute autre mesure visant concrètement à faire reculer la pauvreté.
À la fin de 2002, l'Assemblée nationale du Québec a adopté à l'unanimité la loi 112 visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. L'objectif de faire du Québec en 2013 l'une des nations industrialisées comptant le moins de personnes en situation de pauvreté ressemble toutefois à un voeu sans réelle portée et ne sera pas atteint si le gouvernement persiste dans ses orientations actuelles.
En effet, le maintien du salaire minimum nettement en dessous d'un revenu décent, le refus d'ajuster les prestations d'aide sociale à un niveau équivalant au seuil de faible revenu ainsi que le refus d'indexer pleinement ces prestations font que des milliers de familles demeurent prisonnières de la pauvreté et de l'exclusion.
Une question de droits
La lutte contre la pauvreté est une question de respect des droits humains, notamment le droit à un niveau de vie suffisant que le Canada et le Québec se sont engagés à atteindre en adhérant en 1976 au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
Ce pacte de l'Organisation des Nations unies (ONU) a pour objet de mettre en oeuvre la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ainsi, le droit de vivre dans un logement décent est tout aussi lié à la dignité humaine que le sont les droits à la vie, à la liberté et à la sûreté de même que celui d'être protégé contre la torture.
Or, depuis 1993, l'ONU a, à trois reprises, constaté au Canada et au Québec des violations systématiques des droits protégés par ce pacte. Tout récemment, le rapporteur spécial de l'ONU sur le logement décent a dénoncé le manque d'accès à un logement convenable de même que le phénomène d'itinérance dans un des pays possédant l'une des plus importantes richesses collectives du monde.
Face à l'irresponsabilité de nos gouvernements et leur absence de respect à l'égard des droits économiques, sociaux et culturels, des réseaux de solidarité tentent d'atténuer les effets de la pauvreté en sollicitant des actes de charité. En répondant à cette sollicitation, il faut être conscient que cette solution est stérile si elle n'est pas accompagnée de changements structurels pour véritablement éradiquer les violations de droits humains à l'origine de la pauvreté. Car la charité est souvent justifiée comme étant la seule réponse à une fatalité.
Des mesures concrètes doivent être prises pour garantir l'exercice réel des droits tels que le droit à un niveau de vie suffisant pour soi-même et sa famille, incluant un logement convenable, le droit à la sécurité sociale, le droit à l'éducation, l'accès aux soins de santé et de services sociaux en pleine égalité, le droit à des conditions de travail justes et favorables. Nous en appelons à nos concitoyens et à nos élus pour faire passer la pauvreté de l'univers de la charité, où on voudrait bien la cantonner, à celui de la justice qui la considère pour ce qu'elle est vraiment: le non-respect de droits reconnus.
Ce texte a été signé par la Ligue des droits et libertés, Amnistie internationale de même qu'une soixantaine d'organisations syndicales, religieuses, étudiantes et communautaires vouées à l'éducation populaire autonome, à la solidarité internationale, à l'accès à la justice, à la défense des droits des femmes, des personnes handicapées, des personnes assistées sociales, des locataires, des intervenants en santé mentale. La liste des signataires apparaît sur ce site (www.amnistie.ca).

