Roman étranger - Le quintette de Bologne

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Christian Desmeules
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 décembre 2007

Mots clés : altermondialistes, Wu Ming, Livre, Culture, Italie (pays)

Deux ovnis littéraires qui sont les produits dérivés d'un collectif d'auteurs italiens altermondialistes

Ils sont cinq et ils sont là pour le combat. Cinq Italiens vaguement situationnistes qui ont horreur des étiquettes, affectionnent les farces élaborées et les apparitions publiques en passe-montagnes -- même si l'identité des membres du collectif ne tient pas du secret. Un quintette joyeusement subversif de jeunes auteurs de Bologne qui, sous le pseudonyme de Wu Ming, a publié en commun quelques romans (dont Manituana, à paraître en français en 2008 chez Métailié), mais dont les membres ont également écrit des livres en solo, dont New Thing, de Wu Ming 1, et Guerre aux humains, de Wu Ming 2.

Expression chinoise signifiant «sans nom» ou «cinq noms», selon la prononciation, Wu Ming est aussi une signature très utilisée parmi les citoyens chinois qui demandent démocratie et liberté d'expression. Mais il s'agit avant tout, selon ses membres, d'un «refus de la machine qui fabrique des célébrités, dont l'auteur devient une étoile sur la chaîne de montage».

Un projet dont le noyau est la «colonne bolognaise» du Luther Blissett Project, un alias collectif recouvrant des centaines d'artistes, d'activistes et de farceurs, connu en Europe depuis une dizaine d'années pour ses activités de «contre-information homéopathique» et d'habiles canulars dans lesquels les médias, italiens en particulier, mais aussi la presse étrangère, se sont fait régulièrement piéger (voir à cet effet le site très complet du collectif activiste: www.wumingfoundation.com). Quatre des membres du Wu Ming, sous cette signature, avaient déjà tâté du roman avec Q., traduit en français (L'Îil de Carafa, Le Seuil, 2001).

Les romans étaient déjà traduits en anglais, en espagnol, en allemand et en néerlandais; le traducteur Serge Quadruppani attribue ce qu'il estime être un retard français aux «pesanteurs des systèmes de légitimation et de diffusion culturelles» hexagonales, mal armés, soutient-il, pour apercevoir la vraie nouveauté -- même lorsqu'elle crève les yeux.

Nouveauté de la new thing

1967, année éclectique. Tandis que les États-Unis sont secoués par des troubles raciaux et le feu roulant des manifestations contre la guerre du Vietnam, Che Guevara reçoit une balle dans la tête quelque part en Bolivie. C'est aussi une année sombre pour le free jazz américain, qui voit la mort de John Coltrane.

Une ébullition sociale indissociable de l'émergence d'un nouveau son jazz, le free jazz, où des solistes qu'on entend en arrière-plan s'appellent Malcom X, Stokely Carmichael et Black Panthers. «Comme eux, on déterrait la hache de guerre des siècles précédents, des haches de guerre timbrées, tonales et rythmiques.» C'est une partie de cette époque que fait renaître dans New Thing Wu Ming I, alias Roberto Bui, qui nous livre ici une histoire romancée et partielle, servie à la sauce électrique, des mouvements d'émancipation afro-américains.

Un portrait chinois à la trame vaguement policière dont la bande-son est réalisée par les pionniers d'un son nouveau en jazz, la «new thing», les Ornette Coleman, Cecil Taylor, Sun Ra, Albert Ayler, Archie Shepp, Don Cherry, Pharoah Sanders et bien entendu Coltrane, divinité et porte-étendard de ces «guerriers de la culture noire». Évoquant les dessous malpropres de la guerre larvée d'un gouvernement envers ses propres citoyens -- infiltrations, provocations, manipulations, sabotage et terrorisme psychologique --, New Thing imite à sa façon le langage du documentaire, de la vidéo-enquête et du «nouveau journalisme».

Guerre aux humains

Tout aussi saturé de références activistes et de dénonciation militante, Guerre aux humains, de Wu Ming 2 (Giovanni Cattabriga), est lui aussi un roman très éclaté. Au menu de cette fiction nouveau genre: combats extrêmes, survivalisme, immigrants clandestins, écoterroristes qui prennent pour cible les chasseurs, trafics illicites et mafia albanaise.

Bien décidé à fuir la société de consommation, voire à fonder une nouvelle civilisation -- pourquoi pas? --, Marco, nom de code «Walden», décide un jour de couper tous les ponts pour s'enfoncer dans la forêt, où il trouvera une grotte à sa mesure... et une jolie barmaid radiesthésiste du nom de Gaia qui y cherche son chien. Assez vite, la jeune femme et le «superhéros troglodyte», accompagnés d'un clandestin nigérian du nom de Sidney, découvriront un curieux chenil où se déroulent des activités assez louches merci.

Composé d'histoires croisées, servi par une écriture au style rapide, presque sténographique, Guerre aux humains est un roman d'aventure très éclaté qui pose certaines questions essentielles, notamment au sujet de l'organisation sociale et de la place de l'homme dans la nature.

Collaborateur du Devoir

***

NEW THING

Wu Ming 1

Traduit de l'italien par Serge Quadruppani

Métailié

Paris, 2007, 220 pages

GUERRE AUX HUMAINS

Wu Ming 2

Traduit de l'italien par Serge Quadruppani

Métailié

Paris, 2007, 348 pages`


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